France Dimanche > Vie pratique > Charlotte Rampling, ma soeur, ma douleur...

Vie pratique

Charlotte Rampling, ma soeur, ma douleur...

Publié le 6 février 2016

  Si sa beauté et son talent l’ont hissée au firmament du 7e art, Charlotte Rampling a connu son lot de drames. Dans son livre de souvenirs Qui je suis, la sulfureuse héroïne de Portier de nuit revient sur la tragédie qui la hante encore : le suicide de Sarah, sa sœur chérie.  

Une sœur dont l’actrice a été très proche pendant toute son enfance. Petite fille, Charlotte n’avait pas d’amies : son père, Godfrey Rampling, colonel de l’armée britannique, était muté chaque année dans une nouvelle garnison. « Nous avons déménagé sept fois en treize ans. Dans ces conditions Sarah était ma seule grande amie », écrit-elle.
Le lien entre les deux jeunes filles est d’autant plus fort que la blonde Sarah est une enfant fragile qui réclame bien des attentions. Bien que celle-ci soit son aînée de trois ans, c’est Charlotte qui se comporte en grande sœur.

Charlotte Rampling et sa soeur Sarah
L'actrice et sa grande soeur Sarah

« Sarah était choyée, embrassée… il fallait prendre soin d’elle. J’ai ce souvenir de beauté à quoi se mêlaient la maladie, la fatigue et ces paroles : “Charlotte, occupe-toi de ta sœur” », se rappelle-t-elle.
Les deux inséparables reçoivent leurs amis dans la maison de leurs parents à Westwood. Tout le monde rit, danse, chante, écoute de la musique. Charlotte et Sarah se produisent même dans des spectacles de music-hall.
Le destin va pourtant les séparer. Au cours d’un voyage en Amérique du Sud, en 1963, Sarah fait la connaissance d’un riche et bel éleveur argentin, Carlos. À la surprise générale, ils se marient une semaine après leur rencontre.
Hélas, le 14 février 1966, c’est le drame : Sarah meurt en Argentine, à 23 ans. Ce jour-là, alors que Charlotte rentre chez ses parents, elle est accueillie dans le jardin par son père qui lui lance brutalement : « Your sister is dead » [ta sœur est morte, ndlr].

Ce n’est que trois ans après le décès de sa sœur que Charlotte apprendra la tragique vérité : Sarah s’était en fait donné la mort après avoir accouché prématurément d’un petit garçon. « Quand j’ai demandé à mon père pourquoi il avait gardé un tel secret, il m’a dit : “Cela aurait tué ta mère si elle l’avait su !” »
Lorsque, des années plus tard, la comédienne demande au colonel de lui montrer des photos de famille, il lui avoue qu’il les a mises dans un sac et jetées sur le trottoir. Charlotte est bouleversée : l’enfance, l’adolescence, les heures lumineuses avec sa sœur ont à jamais disparues.
Jusqu’à ce jour où un « petit homme à chapeau » sonne à son domicile et lui propose de lui remettre contre espèces sonnantes tous ses souvenirs de jeunesse. L’actrice peut alors se réapproprier son passé. Ce n’est pourtant que beaucoup plus tard qu’elle trouvera le courage d’ouvrir la malle en fer où elle a enfermé ces trésors.
Charlotte Rampling n’a jamais été sur la tombe de Sarah. C’est seulement après avoir fui la Grande Bretagne et s’être installée en Italie, puis en France, qu’elle fera enfin son deuil.

« Il m’a fallu de longues traversées du désert avant que je ne verse ma première larme, pour devenir enfin une femme soulagée par une souffrance trop continue », avoue-t-elle.

Qui je suis de Charlotte Rampling

Elle n’a hélas pas fini de pleurer. L’actrice vient en effet de perdre son compagnon, l’homme d’affaires Jean-Noël Tassez.

Gwenaëlle Keskaven

Un tragique secret de famille

Au fil des pages, Charlotte Rampling ouvre pour la première fois les portes de son jardin secret et dévoile avec pudeur les blessures de son passé. Elle évoque son enfance au sein d’une famille où « le cœur est un coffre » et sa relation quasi fusionnelle avec Sarah, sa sœur adorée, trop tôt disparue. Un livre très poétique qui vous émeut parfois aux larmes.

« Qui je suis », de Charlotte Rampling, aux éditions Grasset, 15€.

À découvrir