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Vie pratique

Combattre le cholestérol sans médicament

Publié le 18 février 2015

En changeant son mode de vie, en s’alimentant mieux et en bougeant plus, on lutte efficacement contre l’ennemi de nos artères : le cholestérol.


NOTRE EXPERT

“Adopter la diététique idéale
peut faire chuter le taux de
mauvais cholestérol
jusqu’à 30 %”
Pr Éric Bruckert,
endocrinologue
à l’hôpital de la Pitié-Salpêtrière,
à Paris

Près d’un tiers des Français ont un taux de « mauvais » cholestérol, appelé LDL (lire encadré ci-dessous), trop élevé. En cause : une alimentation très riche, la sédentarité, le surpoids, l’obésité et l’hérédité. Le cholestérol est pourtant un lipide indispensable à l’organisme, mais il peut devenir l’ennemi de nos artères.

« En excès il augmente “l’encrassement artériel” et donc le risque de problèmes cardio-vasculaires : infarctus du myocar­de ou accident vasculaire cérébral (AVC), explique notre expert, le Pr Éric Bruckert. L’hypercholestérolémie se caractérise par un taux de cholestérol dans le sang supérieur à 2 ou 3 g/l selon l’âge, le sexe et l’état de santé de chacun. Plus la personne présente de facteurs de risque, plus la probabilité d’avoir des problèmes cardio-vasculaires est élevée, et plus le taux de cholestérol doit rester bas. » Alors, si vous avez plus de 50 ans, du diabète, de l’hypertension artérielle, de l’obésité abdominale, une alimentation déséquilibrée ou que vous êtes fumeur ou encore sédentaire, attention !

Il existe, bien entendu, des médicaments pour faire baisser le LDL : les statines (lire encadré page de droite). Mais en changeant un peu son mode de vie, on arrive aux mêmes résultats et on s’épargne bien des effets secondaires.
Cholestérol

1  Manger autrement

La diète méditerranéenne, riche en céréales complètes, fruits et légumes frais, légumineuses (haricots, fèves, pois, lentilles…), fruits à coque (amandes, noix, noisettes…) et séchés (raisins de Corinthe, figues, abricots…), est réputée faire baisser le taux de mauvais cholestérol.

« Il est prouvé que la consommation d’au moins 5 portions de fruits et légumes par jour diminue de 8 % le taux de LDL, précise Éric Bruckert. Tout comme celle de noix, noisettes et amandes. Quant aux produits à base de stérols végétaux (margarines, yaourts…), ils abaissent de 10 % ce taux. »

Ce régime méridional comprend aussi beaucoup de poisson, produits laitiers fermentés, huile d’olive, herbes aromatiques, ail, oignon et jus de citron. Indispensable également, le remplacement des graisses animales par des végétales : « Cette mesure fait baisser de 12 à 16 % le taux de LDL. » Concrètement, il s’agit de limiter, voire arrêter, la consommation de viande, de charcuterie, de produits laitiers tels que le fromage, la crème et le beurre, ce dernier pouvant être remplacé par des huiles végétales (colza, olive, lin, tournesol).

Deux exceptions à cette règle : on peut manger du poisson, qui contient pourtant des graisses animales ; en revanche on évite l’huile de palme hydrogénée, une graisse végétale riche en acides gras « trans » nocifs pour les artères, que l’on trouve dans de nombreux biscuits et pâtes à tartiner.

2 Bouger et maigrir

« L’activité physique modérée, à raison d’une demi-heure de marche par jour, entraîne une baisse de 5 % du taux de mauvais cholestérol, précise notre expert. Et une perte de 5 % de son poids entraîne une diminution de 10 % de son taux de LDL. »

3 Surveiller sa tension

L’hypertension artérielle est un facteur de risque d’accident cardio-vasculaire. On parle d’hypertension lorsque la pression la plus haute (ou systolique) est supérieure à 140 mm de mercure ou la pression la plus basse (ou diastolique) dépasse 90 mm. L’hypertension est favorisée par l’excès de sel, d’alcool, le surpoids et l’obésité.

4 Arrêter de fumer

Le tabac entraîne une baisse du HDL, le « bon » cholestérol, et altère la paroi des vaisseaux. « Un paquet de cigarettes par jour, c’est 10 % de HDL en moins », précise le Pr Bruckert. Toutefois, l’arrêt du tabac fait remonter le bon cholestérol au bout de deux ans, et le risque d’infarctus rejoint alors celui d’un non-fumeur.

5 Limiter l’alcool

« L’alcool, surtout à des doses importantes, favorise la prise de poids, notamment au niveau de l’abdomen. Il diminue le bon cholestérol tout en augmentant le mauvais », conclut Éric Bruckert.

TEMOIGNAGE

Témoignage“Mon taux a baissé grâce à une meilleure alimentation”
Jimmy, 65 ans, Strasbourg (Bas-Rhin)

« Il y a une dizaine d’années, on m’a diagnostiqué un excès de cholestérol. Mon médecin m’a prescrit des statines, mais, comme je suis viscéralement méfiant à l’égard des médicaments, j’ai vite abandonné. Grâce à une alimentation équilibrée, à laquelle mon épouse veille, j’ai réussi à maintenir un taux correct. Je réserve les frites et les plats en sauce à mes passages au restaurant, et surveille mon poids. Toutefois, je suis bon vivant et ne peux me passer d’un peu de fromage, vin ou douceurs. Je compense en faisant de l’exercice : je joue au foot tous les dimanches matins, fais du vélo et de la randonnée. »

Statines ou pas ?

En février 2013, Philippe Even, pneumologue, avait jeté un pavé dans la mare au sujet des statines, ces médicaments anticholestérol utilisés en prévention des maladies cardio-vasculaires. Il affirmait dans un ouvrage controversé, La vérité sur le cholestérol, que « les statines seraient dangereuses, prescrites abusivement » et remettait en question leur efficacité. Depuis, certains se montrent méfiants et arrêtent même leur traitement.

Mais une récente étude a montré que l’arrêt des statines provoquerait 1 159 décès par an en France. Certes, ces médicaments présentent de possibles effets secondaires (troubles hépatiques et digestifs, maux de tête, insomnies, allergies cutanées, œdèmes, etc.) dont les plus fréquents sont des douleurs musculaires et des crampes
qui touchent 5 % des personnes sous traitement.

Toutefois, « les statines ont fait leurs preuves et permettent de réduire le LDL-cholestérol de 15 à 30 % et de diminuer de 25 à 30 % le risque d’accident cardio-vasculaire », précise notre expert.

Que faire ? « La Haute autorité de santé recommande de mettre sous statines toute personne qui a un taux de LDL supérieur à 1,90 g/l dans le sang. C’est au médecin d’évaluer la menace d’un problème cardio-vasculaire. Les personnes pour qui le risque est élevé, comme celles qui ont une hypercholestérolémie familiale, doivent continuer à prendre des statines, rappelle le Pr Bruckert. Mais pour les patients à faible menace, suivre un régime alimentaire suffit la plupart du temps. »

Livre 1À LIRELivre 2

Contrôler son cholestérol
pour les nuls

et “La Cuisine anticholestérol
pour les nuls

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Florence Heimburger

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