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Commissaire Vénère : Affaire Matzneff, l’onde de choc

Publié le 20 février 2020

Révélant avoir été sous l’emprise de l’écrivain Gabriel Matzneff alors qu’elle n’avait que 14 ans, Vanessa Springora a provoqué une déflagration avec son livre “Le consentement”, publié chez Grasset.

Dans ce récit terrifiant, l’écrivaine et éditrice raconte l’emprise, notamment sexuelle, qu’a exercée sur elle l’auteur Gabriel Matzneff dans les années 80. Elle avait alors 14 ans et lui, 50, mais dans le monde de l’édition où il était de bon ton de distinguer littérature et morale, cette relation semblait presque banale… « Vous êtes quand même un collectionneur de midinettes ! », plaisante Bernard Pivot, en s’adressant à l’écrivain dans l’émission littéraire Apostrophes.

« Midinettes », un ton complaisant pour parler de jeunes filles mineures. Nous sommes en mars 1990, Gabriel Matzneff est venu présenter son nouveau roman et ne cache pas son attirance pour les adolescentes. Sur le plateau, des extraits de ses « exploits » provoquent des gloussements amusés parmi les autres invités. Sous l’alibi de la littérature, on admire la pédocriminalité. Une séquence aujourd’hui scandaleuse. Trente ans ont passé, l’écrivain n’a jamais été inquiété. Jusqu’au témoignage effrayant de la directrice des éditions Julliard qui a voulu « prendre le chasseur à son propre piège »…


La loi concernant La pédophilie

L’article 222-22-1 du Code pénal définit l’ensemble des infractions sexuelles commises sur des mineurs de 15 ans. Cela va d’une peine de cinq ans d’emprisonnement et 75 000 euros d’amende, à dix ans d’emprisonnement et 150 000 euros d’amende, si circonstances aggravantes (ascendance ou autorité sur la personne) il y a.

  • Ne devrait-on pas durcir la loi contre les délinquants qui ont des relations sexuelles avec des enfants de moins de 15 ans, âge légal de la majorité sexuelle ?
    Notre Code pénal est largement pourvu dans ce domaine, mais ce qui pêche, c’est l’application qui en est faite par les magistrats et ce sont ces derniers qu’il faut pointer du doigt, puisqu’ils n’appliquent pas les textes à leur disposition.
     
  • Ne faudrait-il pas remonter l’âge légal de la majorité sexuelle voté en 1982 sous l’égide de Jack Lang ?
    La majorité sexuelle déduite de l’article 227-25 est fixée à 15 ans. Mais ce principe a été largement détourné par le gouvernement Mitterrand dans les années 80, qui donnait au consentement d’un mineur de 15 ans une conception très permissive qui a largement contribué au développement de ce fléau.
     
  • Comme le souligne Vanessa Springora dans Le Consentement, est-ce qu’on peut parler de consentement quand un adulte abuse de son influence morale pour obtenir des faveurs sexuelles ?
    Bien évidemment, non. Même si ces faveurs sont obtenues par la persuasion et des manœuvres non violentes. Ces prédateurs usent de leur pouvoir sur des sensibilités vulnérables qu’il appartient à la justice de sanctionner sans complaisance.
     
  • Comment peut-on tolérer aujourd’hui que dans l’église des enfants aient subi pendant des années des attouchements de la part de prêtres, sans que l’institution ecclésiastique ne s’en émeuve ?
    L’église catholique s’est murée dans un silence plus que coupable, car elle n’admettait aucune ingérence dans ses « affaires ». Elle considérait que ce n’était qu’une « légère » entorse à ses préceptes et se contentait de faire de simples remontrances à ces prêtres dévoyés. On en voit le résultat catastrophique aujourd’hui. Rappelons que le pape François a aboli le « secret pontifical » le 17 décembre dernier.
     

    Tolérance zéro pour les pédophiles !

    Pour la pédocriminalité, la réponse judiciaire doit être : tolérance zéro. Pour avoir éliminé le premier réseau pédophile en France, en 1981, j’ai conservé une répulsion viscérale pour ce genre de prédateurs qui ne s’attaquent qu’à des victimes vulnérables et qui sont dans l’incapacité de leur opposer un refus. Ces criminels détruisent psychologiquement « leurs proies ».

    J’ai trouvé des écrits, à l’époque émanant de professeurs, d’intellectuels divers, dans la même veine que le triste sire Matzneff, sauf que ceux-là, j’ai pu les faire incarcérer. Il est vrai que le monde littéraire ou artistique a toujours manifesté en raison d’un état d’esprit « libertaire » une complaisance coupable envers ces malades sexuels. Héritage de 1968 où l’on prônait une liberté sexuelle débridée et une morale trop permissive, dont les milieux littéraires faisaient un large écho. Gabriel Matzneff a donc profité de cette mansuétude coupable et même Bernard Pivot s’était « amusé » de cette tendance. C’est dire la difficulté que nous, policiers, avons eue à faire admettre cette pédocriminalité. Heureusement, les temps ont changé.

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