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Vie pratique

Commissaire Vénère : Alerte aux pickpockets !

Publié le 21 novembre 2019

Des bandes organisées constituées de mineurs ont fait du métro parisien leur terrain de chasse avec un objectif : détrousser les touristes…

C’est un chiffre alarmant qui reflète la triste réalité d’un fléau en train de gangrener la capitale : les vols à la tire qui sont en hausse de 32 % depuis le début de l’année ! Les pickpockets organisés en bandes ont en effet fait des sites touristiques, mais surtout du métro, leur terrain de jeu. Sur la ligne 6 qui relie Nation à la place de l’étoile, le fléau est tel que le personnel de la RATP doit régulièrement prévenir les voyageurs que des voleurs sillonnent les stations et les trains. Très agressifs, ils n’hésitent plus maintenant à faire preuve de violence.

Le 21 octobre dernier, en fin d’après-midi, une altercation s’est produite entre un groupe de jeunes voleuses en train de passer à l’action sur le quai et une conductrice de rame qui tentait d’intervenir à la station Charles-de-Gaulle-étoile. Ce jour-là, il n’y a pas eu, fort heureusement, de coups et blessures graves, mais tout aurait pu déraper très vite… Cet axe qui dessert la tour Eiffel et le Trocadéro n’est pas le seul où les touristes risquent de se faire détrousser.

La ligne 2, qui déverse tous les jours à la station Anvers une foule compacte de visiteurs venus pour admirer le Sacré-Cœur, n’est pas en reste. Ici, en quelques secondes à peine, ces malfrats sont capables de faire main basse sur tout ce qui a de la valeur, sans même que les victimes s’en aperçoivent : portefeuilles, sacs à main, bijoux, avec un penchant pour les montres…

Mais attention, il n’y a pas qu’à Paris que sévissent ces voleurs. En province, dans les gares, les centres commerciaux et autres lieux très fréquentés, c’est tout aussi risqué et la plus grande vigilance est plus que jamais de mise.

Dans la pratique…

  • Comment sont organisés ces réseaux de pickpockets qui utilisent des mineurs ?
    Ce sont des réseaux très organisés dont les têtes pensantes sont souvent à l’abri dans leur pays, avec la complicité passive de leurs autorités. Des familles entières sont « expédiées » sur notre territoire avec pour impératif de faire transiter les fonds, notamment en Roumanie. Ces familles tirent certes des bénéfices conséquents de cette activité, mais l’essentiel de son produit est perçu par des chefs mafieux.
     
  • Pourquoi les mineurs arrêtés sont-ils systématiquement relâchés ?
    Leur minorité les place en position d’impunité. Si la majorité pénale est fixée à 18 ans, il n’y a pas d’âge minimal fixé par la loi pour engager la responsabilité pénale d’un mineur – qui peut donc être reconnu coupable d’une infraction. Or, ce délinquant, même multirécidiviste et qui peut avoir plusieurs identités, ne peut être sanctionné comme un adulte. Il relève du juge des enfants ou d’un tribunal pour mineur, qui applique les sanctions en fonction de son âge…
     
  • Quelles sont leurs techniques ?
    La dernière en date est celle du sac troué qui comporte deux ouvertures. Les sacs à dos, en bandoulière ou transversal possèdent aussi deux ouvertures par lequel les pickpockets passent leur main – le sac faisant écran – pour dévaliser leurs victimes.
     
  • Que font-ils de leur butin ?
    Pour le cas où ils seraient interpellés, ils ne gardent jamais sur eux les biens volés. En général, ils communiquent par téléphone ou à vue avec des individus anonymes, loin des victimes : un, deux ou trois adultes récupèrent le butin qu’ils dissimulent en surface.
     
  • Certains de ces mineurs sont enregistrés sous vingt-cinq identités, comment est-ce possible ?
    Parce qu’ils n’ont aucune pièce d’identité. Il faut donc les signaliser (photos empreintes digitales et ADN), mais cela prend du temps et les délais de rétention sont trop courts. Il faudrait les étendre au moins à 24 heures.
     
  • Quels sont les dispositifs mis en place pour tenter d’éradiquer le phénomène ?
    Sur le terrain, il y a les équipes de la Brigade des réseaux ferrés, des agents de la police nationale en civil, des membres des BAC, ainsi que des agents de la sécurité RATP en uniforme… Si tous ces services collaborent bien mieux qu’on ne le pense, ils sont vite connus des voleurs, ce qui entrave leur action. La RATP a aussi mis en place des messages audio diffusés dans les stations à risques.
     
  • Pourquoi la vidéosurveillance semble-t-elle inefficace ?
    Elle enregistre des images de délinquants qui ne sont pas « logés », puisqu’ils résident dans des campements et sont extrêmement mobiles. Seul le flagrant délit peut être efficace.
     
  • Quels sont les conseils pour se prémunir des pickpockets et des vols à la tire ?
    Ne pas laisser apparaître d’objets de valeur à la vue, mais comme la mode est d’avoir en permanence des téléphones souvent coûteux en main, le risque est grand de se les faire chaparder. Pour le reste, ne pas laisser apparaître, voire porter des bijoux, garder le moins possible de liquide sur soi et conserver sa carte bancaire hors du portefeuille.
     
  • Que faire si l’on s’est fait détrousser ?
    Il faut déposer plainte, du moins pour sa propre assurance si l’on en a une, mais le résultat judiciaire s’avère quasi nul pour les raisons indiquées ci-dessus.

La loi française est beaucoup trop laxiste envers les mineurs

J’ai dû faire face au problème des pickpockets dans les années 90, lorsque j’étais en poste dans le VIIIe arr. parisien. Ce n’est donc pas nouveau. Avec mes équipes, cela nous semblait déjà très difficile à juguler. Il est vrai que la plupart de ces voleurs à la tire sont des mineurs d’origine roumaine, et la loi française concernant les délinquants mineurs est particulièrement « douce ». Pourtant, la « minorité pénale » est à 13 ans et j’estime que la justice devrait se montrer beaucoup plus sévère. Mais j’ai le très net sentiment que ce n’est pas à l’ordre du jour. Les services de police font ce qu’ils peuvent, mais la classe politique et la justice ne se sentent pas du tout concernés. La justice est tout aussi laxiste envers les délinquants majeurs qui ne reçoivent que des peines de prison avec sursis.

Lorsque j’étais en activité, nous retenions ces mineurs le plus possible, car les parents ne se présentaient pas pour les récupérer, et pour cause, nous les aurions aussitôt convaincus d’incitation de mineurs à commettre ces délits.


D’où un travail de longue haleine pour remonter les filières. Sans oublier que la Roumanie ne collabore pas du tout.

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