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Commissaire Vénère : Alerte sur les arnaques aux placements financiers en ligne

Publié le 17 octobre 2019

Dans un contexte tendu où le Livret A et l’Assurance Vie rapportent peu, des épargnants se laissent tenter par des sites internet très alléchants. A leurs risques et périls…

Un milliard d’euros ! C’est ce que les épargnants français ont perdu en plaçant leur argent dans de faux produits financiers proposés en ligne au cours des deux dernières années. Une somme mirobolante perdue par ceux qui se sont fait gruger.

D’où la sonnette d’alarme tirée de concert par l’Autorité des marchés financiers (AMF), le parquet de Paris et la Banque de France, qui ont décidé de s’unir pour combattre ce phénomène affolant qui ne cesse de ruiner des petits épargnants à la recherche de placements rémunérateurs en cette période de taux bas.

« C’est un fléau qui fait des milliers de victimes », a expliqué Robert Ophèle, président de l’Autorité des marchés financiers au Parisien. Et frappe, en grande majorité les seniors : les plus de 50 ans représentant 80 % des victimes de ces arnaques. La plus grande vigilance est donc de mise face à ces escrocs qui sévissent sous d’habiles couvertures et qui peuvent même faire intervenir, pour se rendre encore plus convaincants de faux agents du fisc ou de faux magistrats ! Appliquant des techniques de manipulation mentale pour plumer leurs proies jusqu’à la moelle, ils ne s’imposent aucune limite.

Et ça marche ! La personne bernée se laisse convaincre d’ouvrir un compte sur un site internet frauduleux et d’y verser de l’argent. C’est seulement au moment de récupérer son investissement qu’elle réalise la supercherie.

« Nous faisons face à de véritables professionnels de l’escroquerie. Des organisations très élaborées qui opèrent depuis l’étranger », précise Rémy Heitz, procureur de la République de Paris dans le Parisien. Il s’agit donc d’ouvrir l’œil, et le bon !

Quelques conseils avisés

  • Où se renseigner avant de se lancer dans un placement financier sur Internet ?
    L’AMF (Autorité des marchés financiers) et l’ACPR (Autorité de contrôle prudentiel et de résolution) tiennent chacune leurs « listes noires » des sites douteux ou non autorisés à commercialiser leurs produits, régulièrement mises à jour. On peut consulter les sites suivants : Assurance-banque-épargne : www.abe-infoservice.fr ou téléphone : 0811 901 801 ;  AMF : www.amf-france.org ou téléphone 01 53 45 62 00 ; ACPR : acpr.banque-france.fr
     
  • Quel est le mode opératoire des escrocs du web concernant les placements financiers ?
    Ils se présentent comme établis en France, ce qui est faux bien entendu. Ils présentent leur société comme très sérieuse, expérimentée et bien placée sur les marchés. Ils font référence au faible rendement des produits financiers proposés par les établissements bancaires ou boursiers. L’ouverture vers d’autres produits non maîtrisés par les victimes ouvre un vaste champ de propositions alléchantes et l’appât du gain fait le reste.
     
  • Comment s’y prennent-ils pour inciter leurs proies à investir ?
    Le processus est toujours le même : un site internet vous promet des rendements attractifs, sans être exagérés (ce qui pourrait provoquer de la méfiance). Vous remplissez un formulaire de contact en laissant votre numéro de téléphone, et des escrocs vous rappellent avec, la plupart du temps, un numéro apparemment français.
     
  • Dans quels domaines proposent-ils leurs faux placements ?
    Ce sont surtout les diamants, les placements dans le vin, les forêts, les bitcoins, les terres rares, ou même les cheptels de bovins. Ces sites frauduleux proposent un éventail de placements diversifiés permettant d’étaler les sommes à investir.
     
  • Où sont basés ces escrocs ?
    La Côte d’Ivoire, et plus particulièrement Abidjan, tient la palme des sites frauduleux et des escroqueries en ligne en tous genres. Mais les pays de l’Est et d’Asie ne sont pas en reste.
     
  • Comment arrivent-ils à berner aussi facilement leurs cibles ?
    Les escrocs se dissimulent sous le couvert de fausses sociétés, usurpent des identités qui «donnent confiance » : institutions financières, cabinets d’avocats, magistrats, organes officiels de l’état, etc. Ce sont de véritables organisations mafieuses qui connaissent parfaitement les rouages financiers, d’où la nécessité de s’informer au préalable.
     
  • Où disparaît l’argent détourné ?
    L’argent est viré sur des comptes bancaires de banques installées dans la zone euro et disparaît dans le même temps dans des pays où la coopération judiciaire est moins fluide avec la France, voire inexistante. Le cheminement des fonds est difficilement traçable, car il transite, par des sociétés écrans, vers ce qu’on appelle les paradis fiscaux.
     
  • A qui s’adresser si l’on soupçonne une tentative d’escroquerie ?
    Le mieux est de le signaler à un service de police ou de gendarmerie qui disposent chacun de services de cybercriminalité. Il faut se munir de tous les éléments recueillis pour permettre une enquête judiciaire plus efficace.
     

La plus grande méfiance s’impose

Je suis bien conscient que les sites frauduleux en ligne offrent de vastes possibilités d’escroquerie, sans aucun risque pour leurs auteurs qui se situent toujours hors de nos frontières, donc de nos services judiciaires. Si l’on souhaite investir, il faut faire preuve d’une extrême vigilance, et ne pas perdre de vue que des placements souvent présentés comme très avantageux, voire mirifiques, n’existent pas. Sinon pourquoi les organismes bancaires se priveraient-ils d’offrir de tels services ?

Aux seniors qui seraient tentés, je dirais : ne souscrivez jamais en ligne des placements dont vous n’avez pas la connaissance parfaite. Si des placements sont possibles dans des domaines divers, vins, pierres précieuses, œuvre d’art, il faut être certain qu’il s’agit d’un site français, présentant une société implantée sur le territoire et répondant à des critères de fiabilité certains. Les produits proposés ont toute l’apparence d’un sérieux commercial mais proviennent en réalité de l’étranger. La méfiance, je dirais même la défiance, s’impose et je conseille avant tout engagement de se renseigner auprès des autorités françaises.

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