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Commissaire Vénère : Christian Quesada, de la gloire à la prison

Publié le 18 avril 2019

Mis en examen pour “corruption de mineur” et “détention et diffusion d’images pédopornographiques”, le champion des “12 coups de midi !” avait déjà eu affaire à la justice pour des faits similaires.

C’est un véritable coup de tonnerre qui vient de s’abattre sur les 12 coups de midi ! laissant les fans du jeu de TF1 et son animateur Jean-Luc Reichmann sous le choc. Mercredi 27 mars, Christian Quesada, qui a participé 193 fois à l’émission et remporté plus de 800 000 euros de gains, est mis en examen pour « corruption de mineur » et « détention et diffusion d’images pédopornographiques ».

C’est peu après son départ du jeu de TF1 que les gendarmes de la brigade de recherches de Belley (Ain) ont commencé à s’intéresser de plus près à ce père de deux enfants.

En mai 2017, une adolescente explique avoir dialogué sur Internet avec un homme qui lui aurait demandé de se dénuder. Christian Quesada est vite identifié, mais réside alors rarement en France. Et ce n’est donc seulement que le 25 mars dernier que les gendarmes de Belley sont intervenus chez lui afin de l’interpeller.

Ils découvrent alors des centaines d’images et vidéos de mineurs et d’enfants subissant des viols et agressions sexuelles dans les ordinateurs de l’intéressé, des fichiers qu’il aurait échangés avec d’autres internautes. Le père de famille, mis en garde à vue, reconnaît les faits avant d’être placé en détention provisoire.

Mais à mesure que l’enquête suit son cours, l’on apprend que le champion de 54 ans avait déjà eu affaire à la justice pour des faits similaires. L’homme avait fait montre d’un comportement déviant envers des mineurs en 2001, 2003 et 2009. Donc bien avant de devenir le recordman des participations à l’émission de TF1.

Le procureur de la République de Bourg-en-Bresse, Christophe Rode, a confirmé l’existence du casier judiciaire chargé de Christian Quesada, notamment pour des faits de « corruption de mineur », « détention d’images pédopornographiques » et d’« exhibition ».

Ce personnage récemment médiatisé, qui avait raconté son incroyable parcours dans une autobiographie évoquant son enfance difficile et son parcours de SDF, avait bien sûr éludé son trouble passé judiciaire.

Pour les inconditionnels de l’émission, la pilule est aujourd’hui très dure à avaler.

Ce que disent les textes

  • Le risque de récidive lié au passé judiciaire de Christian Quesada explique-t-il la décision du juge des libertés et de la détention (JLD) de le placer en détention provisoire ?
    La mise en détention provisoire pour ce genre de délit n’intervient que rarement. Cependant, les différentes affaires pour lesquelles le champion de ce jeu télévisé a été poursuivi et condamné, prouvent que celui-ci ne s’est pas amendé. C’est donc probablement ce qui a motivé cette décision du JLD, qui vise également à éviter un éventuel trouble à l’ordre public.
     
  • Comment expliquer qu’un homme au casier judiciaire aussi chargé ait pu participer à l’émission “Les 12 coups de midi” ?
    La participation à une émission télévisée ne nécessite pas de produire son casier judiciaire. Une société de production comme Endemol n’a d’ailleurs aucun droit d’exiger d’un candidat qu’il le dévoile pour participer à un jeu. D’autant que, en l’absence d’un cumul de peines supérieur à 5 ans, celles-ci sont automatiquement effacées du bulletin n° 3, le seul accessible aux particuliers, au bout de 10 ans. Les bulletins 1 et 2 sont, eux, réservés aux autorités.
     
  • Qu’encourt Christian Quesada à la suite de sa mise en examen pour corruption de mineur ?
    Les propositions à caractère sexuel à un mineur de 15 ans, selon l’article 227-22-1 du code pénal, sont punies de 2 ans de prison et de 30 000 euros d’amende – et de 5 ans et 75 000 euros d’amende si elles ont été suivies d’une rencontre. Dans le cas présent, Quesada n’ayant pas rencontré la plaignante, la première sanction s’applique, car il lui demandait de se dévêtir et de lui envoyer des photos dénudées, outre ses propositions sexuelles.
     
  • Et qu’en est-il de la détention d’images pédopornographiques ?
    L’article 227-23 du code pénal prévoit une peine de 5 ans de prison et 75 000 euros d’amende pour la détention et la diffusion de telles images – portée à 7 ans de prison et 100 000 euros d’amende si leur diffusion s’adresse à un public indéterminé via un réseau de communication électronique. Or plusieurs milliers de photos pédopornographiques ont été découvertes et sont assorties d’une présomption de diffusion. L’enquête devra déterminer si cette diffusion est avérée, à qui, voire à quel réseau Quesada pouvait appartenir.
     
  • Le fait qu’il soit récidiviste risque-t-il d’avoir un impact sur la décision du tribunal ?
    Au sens judiciaire du terme, Quesada n’est pas considéré comme ayant commis cette infraction en récidive légale, en raison du temps écoulé depuis la dernière condamnation. Toutefois, le tribunal sera en possession du relevé intégral des condamnations présent sur le bulletin n° 1 du casier judiciaire et constatera sans doute qu’il est « coutumier » de ce genre de délit, ce qui ne devrait pas l’inciter à l’indulgence. J’ai remarqué que les pédophiles « replongeaient » dans la majorité des cas. Quesada ne fait sans doute pas exception.
     
  • Pourquoi les réseaux pédophiles sur Internet ne sont-ils pas davantage réprimés ?
    Les services spécialisés dans la cybercriminalité ne peuvent être présents sur tous les sites, lesquels sont d’ailleurs souvent protégés par des codes d’accès complexes. Les plaintes et signalements sont donc une source essentielle pour détecter de tels réseaux.
     
  • Comment signaler un contenu internet représentant une atteinte sexuelle sur un mineur ?
    Le portail internet-signalement.gouv.fr du ministère de l’Intérieur est destiné à recevoir tout signalement qui peut constituer une atteinte sexuelle sur mineurs.
     
  • Quelles sont les brigades spécialisées en charge de traquer ces cybercriminels ?
    La Gendarmerie nationale dispose d’un centre d’images pédopornographiques et mène ses investigations en collaboration avec la Police nationale par le biais de l’Office central pour la répression des violences faites aux personnes.
     
  • Et pour le cyberharcèlement dont sont de plus en plus victimes les jeunes internautes ?
    La plateforme Pharos du ministère de l’Intérieur à la charge de traiter tous les faits de pédophilie et de pédopornographie. S’ils sont avérés, les services territoriaux sont contactés et font appel au procureur de la République compétent pour diligenter une enquête.

C’est un prédateur sexuel

Un tel comportement n’est pas excusable. Même s’il ne s’agit ici « que » de photos et de vidéos, cet individu fait selon moi partie des prédateurs sexuels qu’il convient de neutraliser. Pour les services de police, traquer ce type de délinquants n’est pas chose aisée, à moins qu’ils n’interviennent sur un réseau déjà surveillé. Sinon, seules les dénonciations de victimes permettent de réunir assez d’éléments pour les confondre. La saisie des ordinateurs sert alors de preuve irréfutable, lorsque les clichés répréhensibles sont découverts sur les disques durs. Ce qui permet aussi de retrouver les autres membres du réseau qui correspondent entre eux. Par ailleurs, les propos échangés entre Quesada et la plaignante seront aussi exhumés en tant qu’éléments à charge.

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