France Dimanche > Vie pratique > Commissaire Vénère : Coronavirus, les forces de l’ordre en première ligne

Vie pratique

Commissaire Vénère : Coronavirus, les forces de l’ordre en première ligne

Publié le 30 avril 2020

Pas ou peu de masques, un confinement à faire respecter et des quartiers où la tension est toujours présente… policiers et gendarmes tâchent de s’adapter.

Depuis la mise en place du confinement, au sein des forces de l’ordre, la colère monte chaque jour un peu plus, face au manque de masques à disposition pour effectuer les contrôles et se préserver ainsi de toute contamination au Covid-19. Alors que l’épidémie s’aggrave en France, le syndicat Alliance appelle les policiers à ne plus se mettre en danger et à cesser le travail.

Il faut dire que le 31 mars dernier, sur LCI, le ministre de l’Intérieur n’a pas fait grand-chose pour calmer le jeu. À défaut de protection, Christophe Castaner les encourageait toujours à privilégier les mesures barrière rappelant que les masques, qui sont prioritairement envoyés au personnel soignant, ne devaient être portés qu’en présence d’un cas symptomatique.

Au 1er avril, quelque 5,8 millions de contrôles ont été effectués – à l’aide de drones, à pied et même à cheval ! – et 359 000 procès-verbaux dressés depuis l’instauration du confinement obligatoire le 17 mars, preuve que les forces de sécurité intérieure n’ont pas chômé.

Avec 10 000 agents à l’arrêt pour suspicion de Covid-19, dont 350 testés positifs et un sous-officier décédé, policiers et gendarmes paient déjà un lourd tribut à la maladie.

Ce contexte tendu ne facilite pas leur tâche. Dans les banlieues sensibles, où le confinement est hélas peu respecté, elle est même rendue impossible tant la situation est devenue explosive. Comme à Nanterre, dans les cités Pablo Picasso, Petit Nanterre, Zilina ou Vieux Pont, où les gardiens de la paix qui tentent de verbaliser se font agresser. De Saint-Denis à Toulouse, en passant par Nogent-sur-Oise, Cannes ou Villiers-sur-Marne, les accrochages entre récalcitrants – le plus souvent des délinquants déterminés à continuer leurs trafics de stupéfiants – et personnes dépositaires de l’ordre public se multiplient.

Et par peur d’un embrasement généralisé des banlieues comme en 2005, les préfets les inciteraient désormais à ne pas faire de trop de zèle…

Le principe d’égalité foulé aux pieds

  • Comment expliquer le chiffre très important de PV dressés pour non-respect du confinement ?
    Ce montant n’est pas excessif, au vu de la quantité de contrôles opérés et de la légèreté avec laquelle bon nombre d’individus s’affranchissent des directives de confinement. Ce sont des millions de personnes qui ont été contrôlées, ne l’oublions pas, avec des consignes de tolérance zéro, sauf pour les banlieues bien évidemment…
     
  • À quelles amendes s’exposent ceux qui sortent de chez eux sans motif valable ?
  • Et qu’en est-il en cas de multirécidives ?
    Il s’agit d’une contravention de 4e classe qui peut atteindre 750 euros, et dont l’amende forfaitaire est fixée à 135 euros. En cas de récidive, le décret du 28 mars chiffre à 200 euros – majorés à 450 euros en cas de non-paiement dans les délais – cette contravention de 5e classe. L’amende peut être notifée directement par les forces de police. Si plus de trois violations sont constatées dans les 30 jours, il s’agit d’un délit passible de 6 mois de prison et de 3 750 euros d’amende, ou de travaux d’intérêt général.
     
  • Peut-on contester une amende pour non-respect du confinement ?
    Bien évidemment, toute contravention est loisible d’être contestée, quel qu’en soit le motif. Le Code de procédure pénale prescrit les conditions de contestation.
     
  • Ne faudrait-il pas mettre en place des contraventions bien plus dissuasives ?
    Je rappelle ce dogme essentiel : tous les citoyens sont censés être égaux devant la loi. Sans quoi il est difficile d’admettre le principe de la verbalisation. Ceci posé, bien évidemment, on devrait faire preuve de plus de sévérité.
     
  • Ne faudrait-il pas adopter une doctrine de tolérance zéro dans les zones sensibles avec des infractions de mise en danger de la vie d’autrui ?
    C’est une évidence, mais avec un gouvernement qui n’ose pas faire respecter la loi, la situation ne sera jamais maîtrisée. Ce comportement de l’État ne pousse pas les forces de l’ordre à s’impliquer, au risque se voir ensuite reprocher des actes de violences par ce même gouvernement.
     
  • Que pensez-vous des pays comme la Chine ou Taïwan, qui utilisent la géolocalisation pour contrôler la population ?
    Dans ces pays, les mesures autoritaires n’ont pas de difficulté à être mises en application et donnent souvent des résultats très positifs. N’oublions pas qu’il s’agit de solutions drastiques où la liberté des individus passe au second plan pour privilégier la sauvegarde de la santé publique.
     
  • Pourquoi ne pas prévoir pour les forces de l’ordre une alternative aux masques, comme un système de protection en Plexiglas, par exemple ?
    Le gouvernement « met à l’étude », « envisage une solution », « répondra prochainement ». Mais rien de concret ! C’est maintenant qu’il faut prendre des dispositions.
     
  • Agents et gendarmes peuvent-ils exercer un droit de retrait ?
    Il n’existe aucun droit de retrait pour les forces de l’ordre, que leur statut empêche également de faire grève.
     
  • Quelles incidences comporte la loi du 23 mars 2020 sur l’état d’urgence sanitaire ?
    Ce texte volumineux permet de faire face aux situations d’urgence. Sur leur territoire, les préfets peuvent prendre des mesures de restriction des libertés individuelles : interdiction des réunions, limitation de la circulation des citoyens, etc. Le gouvernement, quant à lui, légifère par ordonnances (validées par le Parlement) dictées par l’évolution sanitaire.

Des policiers délaissés !

En tant que policier retraité, je suis très en colère : ne pas faire appliquer la loi dans les zones sensibles par crainte d’embrasement, place les citoyens dans une situation d’inégalité qui rend caducs les procès-verbaux dressés jusqu’à présent, puisque le gouvernement fait des concessions vis-à-vis de certains et en refuse à d’autres. Invoquer la crainte d’un embrasement est pour moi la preuve d’une lâcheté totale qui se double d’un mépris profond envers les forces de l’ordre, mépris qui se manifeste dans bien d’autres circonstances. Monsieur Macron nous a proclamés en état de guerre, à lui de donner les moyens d’appliquer sa politique. Les « zones sensibles » n’ont qu’à être occupées par l’armée, les récalcitrants « colmatés » par la force et les violences réprimées. Nous sommes bien l’un des rares pays à se cacher derrière son petit doigt pour ne pas faire respecter les lois. D’une manière générale, les forces de police sont « lâchées » par le gouvernement, qui a même tendance à leur faire payer les conséquences de ses propres ordres. Depuis mon service militaire, au début des années soixante, et mon entrée dans la police, il s’agit de la pire période vécue par nos policiers et gendarmes, non pas à cause des citoyens, mais du gouvernement.

À découvrir