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Commissaire Vénère : De plus en plus de pompiers agressés

Publié le 27 septembre 2018

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L'événement de la semaine : Le décès d’un soldat du feu, à la suite d’une attaque au couteau il y a dix jours, reflète la dure réalité à laquelle cette profession est confrontée.

Mardi 4 septembre, deux sapeurs-pompiers interviennent dans une maison de Villeneuve-Saint-Georges (Val-de-Marne), dans le cadre d’une mission de
« secours à personne ».

C’est une mère de famille qui a prévenu le Samu, expliquant que son fils, en rupture de traitement, faisait une crise de démence.

Dans un premier temps, les deux pompiers tentent de raisonner le déséquilibré, qui sort du pavillon avec eux afin de discuter avant d’expliquer qu’il a oublié quelque chose à l’intérieur.

C’est alors qu’ils sont attaqués sauvagement par le malade, d’ailleurs déjà connu pour ses antécédents psychiatriques, ce dernier en ayant profité pour se saisir de deux couteaux de cuisine.

Après les avoir poignardés à plusieurs reprises, l’agresseur de 31 ans est maîtrisé puis interpellé par la police.

Mais les deux jeunes pompiers, transportés en hélicoptère à l’hôpital Percy, à Clamart (Hauts-de-Seine), sont, eux, dans un état d’urgence absolue. Geoffroy Henry, âgé de 27 ans, succombe à ses blessures dans la soirée, alors que son collègue de 34 ans, grièvement blessé, s’en tire miraculeusement.

Depuis, dans les rangs de la profession, on ne décolère pas.

La Fédération autonome des sapeurs-pompiers réclame un accompagnement des forces de l’ordre lors des interventions à risque, qui sont de plus en plus nombreuses, comme l’a confirmé le ministre de l’Intérieur, Gérard Collomb, sur BFM TV deux jours après l’incident.

« Il y a une montée des attaques de pompiers dans certains quartiers. Cela pose un problème extrêmement grave à notre société. »

Dont acte…

Flambée

Commissaire qu’en pensez-vous ?

Les « secours à personne » constituent-ils la majorité des interventions des pompiers ?

Comment expliquer que ces deux jeunes gens soient intervenus sans l’aide de la police alors que l’agresseur était potentiellement dangereux ?

Qui décide de faire accompagner des soldats du feu par les forces de l’ordre ?

Les agressions de pompiers sont-elles en augmentation constante ? Pourquoi ?

Les pompiers sont-ils formés pour affronter cette flambée de violence ?

N’y a-t-il pas aussi un manque de moyens et d’effectifs ?

 Leur mission est avant tout de secourir

  • Les « secours à personne » constituent-ils la majorité des interventions des pompiers ?
    Oui, ils représentent environ 80 % des actions. Les pompiers interviennent sur les incendies, les accidents corporels sur la voie publique, mais aussi pour les demandes de secours à domicile : malaises, personnes ne répondant pas aux appels… Ce sont eux qui jugent de l’urgence médicale et qui demandent l’intervention du Samu, pendant qu’ils stabilisent un malade ou un blessé.
     
  • Comment expliquer que ces deux jeunes pompiers soient intervenus sans l’aide de la police alors que l’agresseur était potentiellement dangereux ?
    Ce type d’intervention n’est pas rare pour les sapeurs-pompiers, et ils sont assez souvent confrontés à des personnes agitées, excitées, sous l’effet d’une maladie ou de l’alcool. L’intervention systématique des pompiers et de la police a cessé depuis déjà de nombreuses années. Autrefois, c’était la règle : lorsqu’une situation était jugée difficile, des renforts policiers étaient requis pour réaliser l’opération la moins risquée possible. C’est une mesure qu’il faut réhabiliter en priorité.
     
  • Qui décide de faire accompagner des soldats du feu par les forces de l’ordre ?
    En général, le préfet du département, puisqu’il a autorité sur les secours et les forces de l’ordre. À Paris, c’est le préfet de police. Actuellement, ce sont les secours qui sollicitent l’appui des forces de l’ordre lorsqu’ils sont confrontés à de tels incidents. À mon sens, la systématisation de ces « binômes » devrait être décidée par le ministre de l’Intérieur. L’accompagnement ne devrait pas être « sélectif » mais généralisé, d’autant que la police intervient très souvent aussi parce que sa présence est rendue nécessaire par les faits eux-mêmes.
     
  • Pourquoi les agressions de pompiers sont-elles en augmentation ?
    En effet, on a dénombré 2 280 agressions en 2016, contre 1 939 en 2015. En cause : une violence latente qui se manifeste de plus en plus, surtout dans les quartiers difficiles, mais aussi les conditions de vie ardues de bien des gens, qui peuvent avoir une répercussion sur leur comportement, induisant alcoolisme et toxicomanie. Le Code pénal prévoit une sanction de 3 ans de prison et 45 000 euros d’amende pour l’agression d’un pompier, mais de telles peines ne sont jamais prononcées.
     
  • Les soldats du feu sont-ils formés pour affronter cette flambée de violence ?
    Pas précisément : leur mission n’est pas de faire régner l’ordre, mais de secourir. Leur formation, éprouvante et complète, porte surtout sur les qualités physiques et morales leur permettant d’affronter des situations difficiles, en vue de protéger des vies humaines et des biens.
     
  • N’y a-t-il pas aussi un manque de moyens et d’effectifs ?
    Oui, bien sûr. Les hommes sont très souvent en intervention, et une caserne peut se trouver dépourvue (trois pompiers seulement étaient présents à Villeneuve-Saint-Georges le jour des faits). Il faut dans ce cas avoir recours à d’autres hommes de casernes avoisinantes. Le problème réside dans le fait que les pompiers suppléent certaines missions de police, car elle aussi est en sous-effectif. C’est un cercle vicieux…

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Une situation qui empire chaque jour davantage

Les cas d’agression de sapeurs-pompiers se multiplient, et nous n’avons pas de réponse efficace des pouvoirs publics, qui ne cessent de répéter que la situation est « inquiétante » ou « préoccupante », ce que nous savons depuis des années.

Malgré cela, elle empire encore davantage chaque jour.

Le cas de Villeneuve-Saint-Georges ne peut être assimilé aux « caillassages » ou autres agressions que l’on connaît, exercés par des voyous.

Il se situe dans le cadre d’une intervention de secours à personne à risque, à l’image de celles effectuées par police-secours et avant que le Samu ne soit créé.

Il n’en demeure pas moins qu’actuellement, la sécurité des pompiers n’est absolument pas assurée et que les effectifs de police interviennent a posteriori, souvent lorsque les délinquants ont déjà pris la fuite.

Une telle situation ne peut durer, et l’on attend une décision efficace dans les meilleurs délais, plutôt que des lamentations ou de vagues promesses.

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