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Commissaire Vénère : “Gilets Jaunes”, les slogans “anti-flics” qui passent mal

Publié le 25 mai 2019

Les récents appels aux suicides à l’encontre des forces de l’ordre ont soulevé une vague d’indignation.

«Suicidez-vous, suicidez-vous ! » Lors de l’acte XXIII de la mobilisation des « gilets jaunes », samedi 20 avril, à Paris, de nombreux manifestants se sont laissé aller à crier ces slogans à l’adresse des forces de l’ordre pour exprimer leur haine « anti-flic ». En province, certains sont même allés plus loin, comme cet homme de 52 ans, habitant de Caussade, dans le Tarn-et-Garonne, qui n’a pas hésité à écrire sur sa camionnette : « Flic suicidé a [sic] moitié pardonné ».

Cette même inscription violente, entre autres, « ornait » la façade de la gendarmerie de Landivisiau dans le Finistère. À Rennes (Ille-et-Vilaine), un tag tout aussi virulent a même été découvert sur les murs de Sciences Po : « Un flic, une balle, justice sociale ». Depuis, dans les rangs de la police, c’est l’indignation générale. On évoque des propos « inhumains, abjects ».

Il faut dire qu’en ce moment le malaise au sein des forces de l’ordre est palpable. Certains policiers en grande détresse psychologique en arrivent même à des extrémités avec pas moins de 28 suicides à déplorer depuis le début de l’année 2019. Cette question soulève de puissantes inquiétudes, d’autant qu’un rapport sénatorial publié en juin 2018 a relevé que le taux de suicides dans la police était supérieur de 36 % à celui de la population générale. De quoi tirer la sonnette d’alarme…

Ce que disent les textes

  • Le nombre de suicides dans la police a-t-il vraiment augmenté ?
    Le nombre des suicides annuels connaît des variations épisodiques, avec un pic de 70 décès en 1996. Année qui reste la plus noire de ces dernières décennies. Il faut reconnaître qu’avec près de 30 suicides depuis le début de l’année 2019, il y a tout lieu de craindre une année sombre. Reste que, depuis vingt ans, le nombre de suicides fluctue entre 30 et 60 par an : 68 en 2018, 55 en 2014, 36 en 2016, 50 en 2017. 1996, tel que je l’ai vécu, a apporté une modification profonde des conditions de travail, avec des changements de cycles horaires, d’affectation d’office, etc. Ce qui a conduit à un burn-out chez de nombreux fonctionnaires. Et l’ajout des difficultés personnelles a parfois pu conduire à sa complication extrême : le suicide.
     
  • Certains agents se plaignent des cadences infernales et surtout d’une hiérarchie très pesante. Qu’en est-il vraiment ?
    Je ne peux pas affirmer le contraire. Chaque fois que des événements graves se produisent, les forces de l’ordre sont taillables et corvéables à merci. Les repos et congés sont supprimés, tandis que le nombre d’heures de service augmente de façon inquiétante. J’ai connu cette situation en 1968, pour les attentats des années 80, puis ceux du début des années 90. Pour ce qui est de la hiérarchie, j’avoue que sa présence s’est alourdie administrativement, sans partage réel des missions du personnel, contrairement à ce que nous faisions avant les années 90.
     
  • Cette détresse psychologique est-elle le résultat des manifestations de “gilets jaunes” qui mobilisent samedi après samedi des agents de la force publique ?
    Le mouvement des « gilets jaunes » ne saurait en être la cause exclusive, mais il y participe sans nul doute. Car l’importance numérique des services d’ordre est telle qu’elle ne permet plus d’avoir des repos récupérateurs suffisants.
     
  • Le “suicidez-vous !” adressé aux policiers peut-il être qualifié de “provocation au suicide” selon la loi ?
    Non, il ne s’agit pas d’une incitation telle que le prévoit l’article 223-13 du Code pénal. Requalifier la provocation en incitation ne correspond pas aux éléments constitutifs de l’infraction. Pour que cette infraction soit retenue, il faut qu’elle soit suivie d’effet, ce qui heureusement n’a pas été le cas pour les policiers et gendarmes à qui ces slogans étaient adressés. Mais en revanche, cela constitue un « outrage à personne dépositaire de l’autorité publique commis en réunion ». Ce qui a motivé les enquêtes en cours par les parquets concernés. Ces faits constituent une atteinte à l’autorité et la dignité de personnes dépositaires de l’autorité publique. Ce que l’article 433-5 du Code pénal punit d’un an de prison et 15 000 euros d’amende.
     
  • Que risque vraiment cet homme de 52 ans qui a écrit sur sa camionnette des messages de haine visant la police ?
    Tout simplement la sanction pour outrage par écrit envers des personnes dépositaires de l’­autorité publique, tout comme sont aussi punissables au même titre les auteurs de tags antipoliciers, c’est-à-dire un an de prison et 15 000 euros d’amende.

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Un déferlement de haine nauséabond

Je ne peux qu’être révulsé par l’ignominie de ces manifestants qui s’en sont pris de cette manière aux forces de l’ordre. Dire qu’aujourd’hui le mouvement des « gilets jaunes » a encore une signification n’est pour moi qu’une utopie sans avenir. Certains de leurs comportements relèvent en effet de ce qu’il y a de plus détestable : homophobie, racisme, antisionisme, exécration de la police, etc. Ce déferlement de haine multiforme nous ramène aux plus sombres heures que la France ait vécues, comme lors de la Seconde Guerre mondiale où des minorités furent persécutées par une frange de la population et des institutions scélérates. Le problème des suicides est quant à lui très préoccupant, car policiers et gendarmes sont soumis à des pressions que la plupart des autres corporations ne subissent pas. Les conditions d’emploi des effectifs, la tension constante des services d’ordre auxquels ils participent et l’exposition à l’hostilité sociale – car on les considère comme les « instruments du pouvoir » – peuvent venir à bout de personnalités vulnérables. Face à leurs propres drames, sans appui et sans écoute – car se confier à un tiers, fût-il médecin, reste une preuve de faiblesse –, des policiers sont bien susceptibles de « craquer ».

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