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Commissaire Vénère : Halte aux escrocs du virus !

Publié le 23 avril 2020

Faux gendarmes, faux policiers, faux sites internet et commerces qui font flamber les prix : la crise sanitaire est propice aux arnaques.

Le coronavirus enfièvre l’imagination des escrocs en tout genre ! En cette période de confinement et de limitation des déplacements, des voyous n’hésitent pas à se faire passer pour des gendarmes. Prétendant contrôler la population – et visant tout particulièrement les personnes âgées, comme dans le Morbihan et dans les Landes –, ils exigent un paiement immédiat et en espèces de l’amende de 135 euros…

Dans plusieurs villes de Seine-Saint-Denis, des aigrefins affublés de tenues de protection contre la contamination se sont présentés comme des agents municipaux mandatés pour désinfecter les logements, dans le cadre de la lutte contre la propagation du virus. Une ruse de cambrioleurs qui, une fois dans les lieux, en profitent pour détrousser ceux qui ont eu la faiblesse de leur ouvrir.

Sur Internet aussi, les délinquants, tirant parti de la pandémie, rivalisent d’inventivité. Ainsi, des sites frauduleux, qui proposent ces fameux et si convoités masques de protection contre les virus – dont le Covid-19 – sont en pleine explosion.

Tout comme les téléconsultations médicales fictives, la vente de médicaments miracles ou de « vaccins » expérimentaux…

De nombreux commerces exploitent aussi le filon du virus. Dans certaines pharmacies, malgré un décret publié au Journal officiel, le prix du gel hydroalcoolique continue de flamber.

À Bobigny, en Seine-Saint-Denis, des bureaux de tabac vendent 50 centimes pièce les attestations de déplacement dérogatoire, pourtant disponibles gratuitement sur le site du ministère de l’Intérieur et les préfectures de département, alors que la commercialisation de ce document est totalement illégale.

Les petites épiceries de quartier, quant à elles, n’hésitent pas à faire flamber les prix. À Suresnes, dans les Hauts-de-Seine, par exemple, il n’est pas rare de voir des clémentines avoisiner les sept euros le kilo !

Il convient vraiment de redoubler de vigilance en cette période marquée par l’incertitude…

Un arsenal judiciaire inégalement appliqué

  • Comment repérer les faux gendarmes ?
  • Et les faux policiers ?
    Ces arnaques sont souvent le fait de malfaiteurs qui opèrent en habits civils. Or, la plupart du temps, les forces de l’ordre agissent en uniforme, comme l’a précisé hier la direction de la gendarmerie, et n’exigent aucun paiement en espèces. Il faut savoir qu’ils sont tous munis d’une carte professionnelle et qu’ils sont tenus de la présenter lorsqu’ils agissent dans le cadre de leurs fonctions. Ce document, plastifié, a le format d’une carte bancaire.
     
  • Que faire en cas de doute ?
    Appeler sur le champ le 17 pour signaler des contrôles routiers qui paraissent suspects. Cette démarche permettra de vérifier sans délai si effectivement un barrage a été établi au lieu indiqué, voire d’envoyer des effectifs sur les lieux, en cas de doute ou de réponse négative. Je rappelle que le ministère de l’Intérieur a mis en place la plateforme « Info escroqueries » qui répond du lundi au vendredi de 9 heures à 18 h 30 au 0 805 805 817 (appel gratuit).
     
  • Que prévoit la loi pour les malfaiteurs qui usurpent de fausses identités, notamment celles de gendarmes et de policiers ?
    La peine pour escroquerie est prévue par l’article 313-1 du Code pénal, mais c’est l’article 313-2 qui réprime l’usage de la fausse qualité d’une personne dépositaire de l’autorité publique : 7 ans de prison et 375 000 euros d’amende. En cas d’agissements en bande organisée, la peine, aggravée, est portée à 10 ans de prison et 1 000 000 d’euros d’amende.
     
  • Comment agir de façon implacable envers ces escrocs qui n’hésitent pas à s’enrichir sur le dos des plus vulnérables ?
    Les mesures prises contre ces délinquants devraient être d’une ampleur réelle, tant par le déploiement de forces de l’ordre sur le terrain que dans la quête d’informations pour traquer la cybercriminalité, hélas basée à l’étranger la plupart du temps. Une opération internationale, menée sous la houlette d’Europol, a pourtant récemment permis 125 arrestations et la fermeture de 2 500 sites internet frauduleux.
     
  • Des lois d’exception pourraient-elles être votées pour punir ces malfrats ?
    Oui, tout à fait. Le cadre de la déclaration d’état d’urgence sanitaire est à même de prévoir des peines aggravées, voire des juridictions dédiées à cette délinquance de circonstance. L’état d’urgence autorise de nombreuses règles d’exception.
     
  • La Direction générale de la concurrence de la consommation et de la répression des fraudes (DGCCRF) ne devrait-elle pas appliquer des sanctions plus sévères aux épiceries de quartier qui font flamber les prix de leur marchandise ?
    Cette administration n’est pas limitée quant au montant des pénalités. Elle apprécie en fonction de la fraude réalisée et se réfère au Code général des impôts pour opérer un redressement proportionnel à ladite fraude.
     
  • Pourquoi le gouvernement ne veille-t-il pas davantage à faire respecter l’ordre public, notamment dans ces quartiers où, en dépit du confinement, les dealers continuent à se livrer au trafic de stupéfiants et les échauffourées entre jeunes se multiplient ?
    On déplore dans ces quartiers une démission totale et scandaleuse du gouvernement. Le secrétaire d’État à l’Intérieur Laurent Nuñez a ainsi déclaré que faire respecter les fermetures de magasins et les interdictions de rassemblement « n’était pas une priorité ». Cette véritable lâcheté donnera de plus des arguments de poids à tous ceux qui ont été verbalisés pour en contester la légitimité.
     
  • L’interdiction de la vente d’alcool fort permettrait-elle d’éviter certaines violences intrafamiliales, en pleine recrudescence en ces temps de confinement ?
    Je reste dubitatif quant à l’efficacité d’une mesure de cet ordre, tant par sa portée que dans son application. Un auteur de violences intrafamiliales a déjà franchi une barrière morale et psychologique, même sans être alcoolisé. De plus, les forces de l’ordre sont sursollicitées par les contrôles du confinement. Leur mission de surveillance des ventes d’alcool dans les magasins passe de fait au second plan.

Les profiteurs du malheur

Face à ces délinquants, il convient d’utiliser les armes adéquates. Ceux qui tirent un profit excessif de produits qu’ils vendent dans le cadre de leur activité habituelle doivent être signalés à la Direction générale des fraudes ou à la direction départementale de protection des populations de son département. Prévenez la police ou la gendarmerie de tous les autres comportements délictueux. De plus, ne laissez entrer personne chez vous pour un quelconque motif qui n’aurait pas fait l’objet d’un avis personnalisé préalable émanant de la mairie ou de la préfecture. D’autre part, ne versez aucune somme réclamée en espèces. Aucune, que ce soit pour une amende ou une prestation quelconque. Pour ce qui concerne la vente en ligne des médicaments, de pseudos vaccins, du gel hydroalcoolique, des masques, je conseille de ne rien acheter. En effet, le risque est énorme de recevoir une contrefaçon tout à fait inefficace, voire dangereuse pour la santé. Les douanes ont saisi ces derniers temps plusieurs millions de produits contrefaits. Les sites reconnus, eux, annoncent souvent être en rupture de stock, ou ne pouvoir livrer ces articles qu’après des délais de plusieurs semaines. La prudence est plus que jamais de rigueur.

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