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Commissaire Vénère : Incendie à Rouen, les menaces persistent

Publié le 24 octobre 2019

Avec plus de 5 000 tonnes de produits chimiques parties en fumée, les habitants vivent dans l’angoisse…

La nuit était tombée sur Rouen ce mardi 1er octobre, mais 2 000 personnes manifestaient toujours aux abords de la préfecture de Seine-Maritime. Depuis l’épouvantable incendie de l’usine Lubrizol, fabricant de lubrifiants, survenu le jeudi 26 septembre, la contestation des habitants ne faiblit pas. Durant l’embrasement spectaculaire de cet établissement industriel utilisant des solvants et des produits chimiques à la toxicité notoire au vu de sa classification « Seveso seuil haut », les flammes ont généré un épais nuage de fumée et produit des suies qui se sont déposées sur un large périmètre.

Plusieurs jours après l’incendie, l’odeur restait insoutenable dans les rues de la ville, imposant pour de nombreuses personnes le port d’un masque. Même si les écoles ont été nettoyées, l’angoisse des parents ne retombe pas. Et c’est désormais au tour des pompiers et des policiers appelés sur le site lors de la catastrophe de craindre pour leur santé. Estimant avoir été mal équipés – notamment en masques à gaz –, certains sont en arrêt maladie pour nausées, vomissements et vertiges…

Face à la colère, la préfecture de Normandie a publié sur son site la liste et la quantité vertigineuse de produits qui ont brûlé. En l’occurrence 5 253 tonnes, dont 60 % d’additifs multi-usages. Même si, selon les spécialistes, tous ne sont pas dangereux, c’est surtout leur combustion qui est préoccupante, d’autant que les premières analyses viennent de révéler la présence de dioxines qui peuvent engendrer à long terme des pathologies graves. Les résultats d’une campagne de prélèvements (air, eau, sols, aliments…) devraient être adaptés pour évaluer les risques sanitaires. Mais en attendant, les Rouennais restent dans l’inquiétude…

 Ce que dit la législation

  • Qu’est-ce que la directive Seveso ?
    La directive en vigueur est celle du 4 juillet 2012, dite Seveso 3 (2012/8/UE), en application depuis le 1er janvier 2015. En somme, elle renforce le règlement sur la classification, l’étiquetage et l’empaquetage des substances et des mélanges, selon un classement des substances dangereuses. Elle permet en outre aux citoyens d’avoir un accès direct, via Internet, aux dispositions et aux informations concernant les sites Seveso. Une information complète est disponible sur le site du Ministère de la transition écologique, à la section Risques technologiques.
     
  • Comment sont répertoriés les sites selon cette législation ?
  • Combien de sites sont concernés ?
    En France, il y a deux catégories de sites : « Seveso seuil haut » et « Seveso seuil bas ». Les établissements classés « seuil bas » présentent un risque important ; les « seuil haut », un risque majeur. On dénombre 607 sites en « seuil bas » et 705 « seuil haut ».
     
  • Où sont situés les sites industriels classés « Seveso seuil haut » ?
    La plus grande concentration de sites « Seveso seuil haut » se situe dans les Hauts-de-France, la Nouvelle-Aquitaine, l’Auvergne-Rhône-Alpes et le Grand-Est. Il y a cependant une implantation pratiquement dans toutes les régions de France. Bien évidemment, tous les riverains concernés souhaitent que ces établissements soient délocalisés dans des zones non urbanisées, ce qui peut s’imposer pour de nouveaux sites et mais est difficilement réalisable pour ceux existants.
     
  • L’usine Lubrizol de Rouen était classée en « seuil haut », pour quelles conséquences ?
    La liste est excessivement fournie, mais on peut dire que tout repose sur l’étude dangers : évaluation des risques, scénarios d’accidents potentiels, effets sur les personnes et l’environnement. Réduction maximale à la source des effets de ces risques et meilleure maîtrise possible par la mise en place de « barrières de prévention » et de « barrières de mitigation et de protection ».
     
  • Pourquoi n’y a-t-il pas eu des mesures de confinement de la population rouennaise ?
    La réponse appartient au service départemental de sécurité incendie qui n’a pas estimé qu’il y avait un risque majeur pour la population. D’ailleurs, de nombreux intervenants sur les lieux n’ont pas eu besoin de protection spécifique pour accomplir leur mission. Si des émanations très toxiques avaient été constatées, les effets en auraient été immédiats. Ce n’est bien sûr que mon analyse, car la question est à poser aux spécialistes.
     
  • Y a-t-il des risques réels pour les habitants qui ont été exposés au nuage de fumée ?
    C’est une réponse à laquelle, il est difficile de répondre, pour l’heure. Seuls les résultats des analyses pourront apporter une réponse et permettre d’appréhender l’étendue des risques qui pourraient découler de cette exposition. Le gouvernement vient de mettre en place un numéro vert pour répondre aux questions sur les conséquences de l’incendie de l’usine chimique Lubrizol de Rouen. Il s’agit du 0800 009 785.

L’inquiétude des Rouennais
est légitime

J’avoue partager les craintes de la population rouennaise, car l’ensemble des produits qui ont brûlé ont dégagé des fumées et des gaz toxiques. J’ai du mal à croire que sur ce site classé Seveso, les produits utilisés, toxiques par essence, ne laissent ensuite pas de traces après avoir brûlé. Car toute la question est là : quels résidus toxiques se sont répandus, aussi bien dans l’atmosphère que sur les sols ? Après avoir enfin admis la présence de dioxine, les analyses doivent maintenant s’attacher à déterminer les effets de la combustion combinée de tous ces produits chimiques…

Ce qui explique que l’on recommande aux agriculteurs de conserver leurs productions (et non de les détruire), jusqu’à plus ample information. Je suis méfiant par expérience sur les effets d’un tel sinistre, mais je constate que la désinformation majeure est celle qui circule sur les réseaux sociaux. Chacun y va de son montage, de sa fausse nouvelle et je rejette par définition toute « information » en provenance de ces réseaux. Jusqu’à présent, le gouvernement a répondu avec les éléments qu’il possède, d’où les mesures de précaution mises en place, en attente de résultats concrets.

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