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Commissaire Vénère : L’hôpital se meurt !

Publié le 19 décembre 2019

Afin de soigner le service public hospitalier qui est au plus mal, le gouvernement dégaine son plan d’urgence.

Les hôpitaux publics sont gravement malades et pour tenter de les réanimer, le gouvernement ne sait plus à quelles mesures se vouer ! Depuis le mois de juin, deux plans ont été proposés par l’état : une aide de 70 millions d’euros pour les urgences et une autre de 750 millions d’euros sur quatre ans pour l’ensemble du milieu hospitalier. Mais à en croire la mobilisation des professionnels lors de la manifestation du 14 novembre dernier, où 268 établissements étaient en grève, ce n’est pas assez…

Vu le chaos qui règne dans certains établissements, il y a effectivement lieu de s’interroger. Aux urgences où le temps d’attente est interminable, c’est apocalyptique ! Devenu le repaire nocturne de toute une faune, ce service fait souvent l’objet de violences à l’encontre du personnel, d’où le recours aux vigiles, indispensable pour éviter que certaines situations tendues ne dégénèrent.

Huit mois après le début du mouvement de grève des urgences, c’est tout l’hôpital qui est désormais rentré en résistance. Longtemps en retrait, les médecins hospitaliers ont rejoint les personnels soignants dans leur combat. Leur parole se libère enfin.

à l’hôpital, les patients seraient en danger a laissé entendre, sur BFM, le Dr Sophie Crozier, neurologue à la Pitié-Salpêtrière. Dans ce contexte, pas sûr que le plan d’urgence dévoilé par Édouard Philippe le 20 novembre parvienne à calmer la grogne…
 

Quel plan pour l’hôpital ?

  • Quelles sont les mesures du plan d’urgence dévoilé par le Premier ministre ?
    Une reprise de la dette des hôpitaux publics à hauteur de 10 milliards d’euros (sur 30 au total) qui dégagera de nouvelles possibilités d’investissements ; une enveloppe de 1,5 milliard d’euros sur trois ans ; 150 millions d’euros par an pour l’investissement du quotidien ; une gouvernance des hôpitaux associant les médecins ; une stabilisation des tarifs d’actes pendant quatre ans.
     
  • L’augmentation de 300 euros nets, demandée par le personnel hospitalier, a-t-elle été entendue ?
    Il n’a pas été question de cette augmentation de salaire. Le gouvernement n’a évoqué qu’un système de primes : 800 euros par an pour les soignants de la région parisienne qui touchent moins de 1 900 euros nets par mois. Pour le reste, une prime de 300 euros par an à chaque soignant répondant à certains critères de qualité et de soin défini par l’établissement ; une prime de 100 euros par mois pour les personnels qui se forment à la prise en charge des seniors.
     
  • Une hausse des effectifs pour combler les postes vacants est-elle envisagée ?
    Il n’y a pas eu d’annonce sur les hausses d’effectifs, tout simplement parce que de nombreuses offres d’emploi ne sont pas pourvues, faute d’attractivité. Il y a environ 400 postes vacants d’infirmiers en région parisienne ; et il y a en général de 5 à 7 % de postes non pourvus dans la plupart des autres structures hospitalières. Globalement, le manque de praticiens dans les services d’urgence se situe autour de 800.
     
  • Ne faudrait-il pas envisager une loi qui pénaliserait les violences à l’encontre du personnel dans les établissements hospitaliers ?
    Les textes existent déjà, mais il ne sert à rien d’empiler des lois comme un mille-feuilles si on ne les applique pas. Que les tribunaux appliquent l’existant et ne s’en tiennent pas à des « remontrances », comme c’est trop souvent le cas actuellement.
     
  • Que propose le gouvernement pour lutter contre le temps d’attente trop long aux urgences ?
  • Et le manque de lits ?
    Vu les annonces faites précédemment – pas de revalorisation de salaires, pas d’augmentation des effectifs –, rien ne fera mieux fonctionner les urgences : il faut plus de médecins urgentistes et plus de soignants. Il n’a pas non plus été question de l’ouverture de lits supplémentaires. à chaque structure hospitalière de s’organiser en fonction des crédits qui leur sont disponibles…
     
  • Ne devrait-on pas obliger les médecins de ville à effectuer des permanences aux urgences ?
    Non, les urgences sont une spécialité bien spécifique et ce sont des effectifs « urgentistes » qui doivent être recrutés et formés. Par contre, on doit développer le système des permanences de consultation dans des maisons médicales qui soulagent sensiblement le recours aux services d’urgence.
  • Ne doit-on pas déplorer que l’hôpital soit devenu un endroit où la rentabilité a remplacé l’humanité ?
    Bien entendu ! Effectivement, la notion de « service public » disparaît au bénéfice de la rentabilité. L’état ne raisonne plus en termes d’action au service du public, mais de rentabilité. On supprime ce qui coûte et on privilégie ce qui rapporte. C’est tout simplement affligeant.


Les personnels hospitaliers sont les laissés-pour-compte de la fonction publique depuis trop longtemps

Les services hospitaliers sont arrivés à un degré de dégradation telle qu’ils ne peuvent plus fonctionner. La faute en est, en partie, à la suppression de postes de soignants et de praticiens. Une politique de la santé mise en œuvre depuis de très nombreuses années. On ne peut nier que les personnels hospitaliers aient été les laissés-pour-compte de la fonction publique.

Quoique d’autres secteurs de cette même fonction publique soient dans le même état en raison des sujétions particulières imposées par la fonction : travail de nuit, dimanches  et jours fériés, heures supplémentaires, etc.

Il me semble difficile de raisonner en « technocrate » face à des services qui doivent fonctionner de manière permanente 365 jours sur 365. C’est bien là que se situe le nœud du problème. Considérer des soignants et des médecins au même titre que des employés de bureau me paraît une hérésie. Raison pour laquelle ces mêmes personnels s’orientent de plus en plus vers le secteur privé, moins astreignant et surtout mieux rémunéré…

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