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Commissaire Vénère : La tragédie de Gênes interroge sur l’état des ponts français

Publié le 6 septembre 2018

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L'événement de la semaine : Depuis le drame survenu le 14 août dernier, les automobilistes s’inquiètent du vieillissement de nos structures.

Plusieurs jours après, la consternation demeure.

Depuis le 14 août, les habitants de Gênes restent saisis d’effroi à la vue d’un viaduc autoroutier qui s’est effondré entraînant dans le vide des dizaines de passagers prisonniers de leur camion ou de leur voiture.

Au nord de l’Italie, la colère gronde.

Le pont Morandi, dont un tronçon s’est écroulé d’un coup, est un ouvrage en béton des années 1960, truffé de problèmes structurels dès sa construction et objet d’un coûteux entretien, selon les experts.

Mais alors comment expliquer que ce viaduc érigé au-dessus d’habitations était encore en service ?

Cette tragédie a coûté la vie à 43 personnes, selon le dernier bilan, dont quatre jeunes Français.

Deux filles et deux garçons partis assister à un festival de musique en Sicile.

Mais parvenus à Gênes, ils n’ont jamais pu embarquer sur le ferry en direction de l’île italienne.

Leurs corps ont été retrouvés dans leur véhicule, parmi les décombres.

Importante dégradation

Cette catastrophe hors norme interroge sur la sécurité des ouvrages en France.

Selon Le Parisien, un rapport commandé par le gouvernement est loin d’être rassurant.

Cet audit sur l’état du réseau routier national non concédé alerte sur l’importante détérioration des ponts et routes françaises.

De quoi affoler les automobilistes de l’Hexagone !

Ses auteurs relèvent la « forte dégradation » du réseau et insistent sur l’état des viaducs.

« Sur les 12 000 ponts que compte le réseau routier non concédé, un tiers nécessite des réparations », précise le rapport.

Si, le plus souvent, « il s’agit juste de petits travaux pour prévenir l’apparition de dégradations structurelles », dans « 7 % des cas les dommages sont plus sérieux, présentant à terme un risque d’effondrement, et donc la forte probabilité de fermer préventivement ces ponts à la circulation des poids lourds ou de tous les véhicules », soit 840 ponts.

Chiffre effarant :
840 viaducs sont à risque

  • À quand remonte le dernier incident en France ?
    C’est tout récent, le 15 mai 2018, à Gennevilliers (92), un mur de soutènement de l’autoroute A15 s’est affaissé, sans causer de victimes, bien que des dégradations aient été constatées sur les structures depuis longtemps. Cela a entraîné la fermeture de l’autoroute. De même, le viaduc d’Echinghen (62) sur l’A16, construit en 1997, avait présenté en 2017 des fissures inquiétantes.

    La société concessionnaire, la Sanef, a poursuivi en justice le constructeur et un vaste plan de rénovation a été mis en chantier.
     
  • À qui incombe l’inspection des grands ouvrages en France ? 
    Il y a quatre niveaux de responsabilités. L’État via le ministère des Transports supervise les 21 000 km de routes nationales et d’autoroutes non concédées. Les sociétés concessionnaires ont la charge des ponts autoroutiers des voies concédées, mais sous le contrôle de l’État. Par ailleurs, 12 000 km de voies nationales et autoroutes relèvent des directions interdépartementales des routes. Les départ ementales dépendent des services techniques départementaux, et les communales, des municipalités.
     
  • Tous les ponts en France sont-ils surveillés et évalués régulièrement ?
    En théorie, les ouvrages sont inspectés une fois par an, et une inspection plus détaillée a lieu tous les trois ans. Il faut savoir que la France compte environ 200 000 ponts pour 1 million de kilomètres de voies, soit un tous les 5 km. Leur surveillance revient aux administrations que je viens de citer. Il n’en reste pas moins que de nombreux « petits ouvrages » ne sont jamais inspectés, faute de budget.
     
  • Les collectivités ont-elles les moyens de surveiller tous les ouvrages ?
    À l’évidence, non, puisque les départements et les communes ont vu baisser régulièrement les dotations que l’État leur verse. Et il faut admettre qu’une commune de petite ou moyenne importance ne dispose pas d’un budget suffisant pour entretenir correctement ces ouvrages. C’est une fuite en avant qui mène à l’interdiction d’accès de certains d’entre eux.
     
  • Les structures à risque, estimées à 7 %, soit 840, vont-elles être fermées et mises hors service ?
    Si ce chiffre est inquiétant, l’État ne révèle pas quels sont les ouvrages concernés. Le rapport est classé « confidentiel ». Selon une étude portant sur les viaducs de différents pays, le pont suspendu de l’aiguille du Midi est considéré comme particulièrement dangereux. Je crois que la catastrophe de Gênes va faire évoluer les mesures sur notre territoire et il y a tout lieu de penser que certaines structures vont être mises hors service pour y effectuer des travaux d’ampleur.
     
  • Qui décide de laisser les ponts qui représentent un risque ouverts au public ?
    Les maires des communes ?
    Ce seront les autorités locales, les préfets de régions ou de départements, et ensuite les maires des communes concernées. Ces décisions ne sont pas prises de manière arbitraire, mais après avis de spécialistes des travaux publics qui sont à même d’analyser les risques et qui peuvent conseiller soit des travaux, soit une fermeture.

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Les ouvrages dans notre pays
sont loin d’être irréprochables

Dire qu’une telle catastrophe serait impossible en France semble présomptueux, mais on estime que l’État, les concessionnaires d’autoroutes et les collectivités locales sont vigilants.

Peut-être à tort, car de nombreux ponts sur le réseau secondaire ne sont jamais contrôlés.

Les craintes sont donc justifiées.

J’ai en mémoire une interview récente du délégué général à la Sécurité routière qui affirmait de manière péremptoire que la mortalité sur notre réseau n’était pas liée à l’état du réseau.

Et pourtant, il suffit de consulter de récentes études sur le sujet pour constater que rien n’est plus faux.

D’autant que la réduction drastique des dotations de l’État allouées aux collectivités oblige celles-ci à faire l’impasse sur certains travaux.

C’est le cas de la réfection des ponts, dont les coûts sont très élevés.