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Commissaire Vénère : Le grand débat, mode d'emploi

Publié le 23 janvier 2019

C’est parti ! La consultation nationale voulue par le chef de l’état vient de débuter et chaque citoyen est appelé à y participer.

Le 15 janvier, après avoir rendu publique sa « lettre aux Français », Emmanuel Macron a donné le coup d’envoi du grand débat national censé répondre à la mobilisation des « gilets jaunes » depuis Grand-Bourgtheroulde (Eure). Même si le lancement de cette consultation voulue par l’Élysée a été entaché par le retrait surprise de Chantal Jouanno, présidente de la Commission nationale du débat public (CNDP), à la suite de la polémique sur son salaire, le président de la République mise sur ce débat, inédit en France, pour sortir de la crise.

Pas évident cependant d’organiser dans l’urgence une opération d’une telle ampleur. Sans attendre le top départ du chef de l’état, près de cinq mille mairies avaient mis en place des cahiers de doléances pour permettre aux citoyens de s’exprimer. Des cahiers qui seront envoyés aux députés locaux, aux préfets et à l’Élysée et dans lesquels se mélangent les revendications sociales et territoriales, vecteurs d’une détresse parfois affichée sans filtre.

A Brétigny-sur-Orge (Essonne), par exemple, le maire Nicolas Méary a recueilli en un mois une trentaine de demandes, de suggestions et de témoignages, notant, au micro de BFM, que la plupart d’entre eux « portent sur le pouvoir d’achat ». Pour Yves, un Brétignolais, cette « belle initiative » est aussi l’occasion « de remettre à plat le fonctionnement des institutions et tout ce que nous coûtent nos dirigeants : les salaires à vie des anciens présidents, les frais de fonctionnement extravagants de l’état, le grand nombre de députés… » Pour Bernadette, aide-soignante et « gilet jaune », c’est enfin l’occasion de coucher sur le papier toutes ses injustices qui la révoltent, comme la suppression de l’ISF.

Comment participer ?

  • Qu’est-ce que le « Grand débat national » ?
    Lancé le 15 janvier, ce n’est en fait qu’un recensement des opinions exprimées par les citoyens, sans qu’il soit question de revenir sur les réformes décidées par le président depuis 18 mois. Donc un dialogue de sourds. Sous-entendu : « Je vous entends, je ne vous écoute pas et je fais ce que je veux ! »
     
  • Tous les thèmes peuvent-ils être abordés ?
    Non. Le gouvernement en a fixé quatre.
    1: Améliorer le logement, les transports, l’énergie.
    2: Avoir une fiscalité plus juste.
    3: Faire évoluer la pratique de la démocratie.
    4: Rendre les services publics plus proches des Français. En sont exclus l’IVG, le mariage pour tous, la peine de mort qui ont fait l’objet de lois conformes aux principes de la République.
     
  • Où les citoyens peuvent-ils déposer leurs doléances ? 
    Les contributions peuvent être déposées en mairie, sur les marchés, sur les lieux de travail, dans les gares. Des stands mobiles sont installés à cet effet, avec l’assistance de la Commission nationale du débat public (CNDP). N’importe qui peut, s’il le souhaite, recueillir des doléances. Des citoyens nommés par tirage au sort seront également amenés à donner leur avis.
     
  • Peuvent-ils le faire en ligne ?
    La contribution en ligne est prévue sur une plateforme dédiée qui fonctionne au niveau national (granddebat.fr), ou sur le plan local, sur le site des mairies de certaines communes.
     
  • Tout le monde peut-il organiser un débat ?
  • Quelles sont les modalités ?
    Absolument tout le monde peut organiser un débat. La plateforme en ligne (granddebat.fr) recueillera les contributions au niveau national. Ce site donne aussi des conseils ou encore un kit méthodologique pour organiser un débat. C’est la CNDP qui pilote l’opération. Les candidats peuvent aussi obtenir des indications en appelant le numéro de téléphone : 0800 97 11 11, où des opérateurs donnent tous les renseignements nécessaires.
  • Comment ces demandes seront-elles transmises au gouvernement ?
    La collecte des doléances s’effectuera jusqu’au 15 mars, date à laquelle la CNDP les fera remonter au gouvernement. On peut cependant s’interroger sur l’organisation matérielle du recueil et de l’analyse rationnelle de ces documents.
     
  • Comment seront désignés les citoyens qui participeront aux conférences organisées partout en France ?
    Une conférence de citoyens devrait être instaurée dans chaque région. Elles seront composées de 100 personnes tirées au sort (sur quelle liste ?) pour échanger et faire remonter les analyses et les propositions recueillies à l’échelon local, régional ou national. Reste à définir comment les acteurs politiques et citoyens devront intervenir.
     

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Une stratégie de l’exécutif pour gagner du temps

Pour ma part, je suis très circonspect sur ce grand débat national, puisqu’Emmanuel Macron se refuse à admettre, par exemple, le principe d’une discussion sur la suppression de l’ISF, qu’il envisage d’augmenter les frais de succession, lesquels impactent beaucoup les classes modestes ou moyenne.

Pour moi, ce débat est un faux-fuyant pour gagner du temps, laisser retomber le mouvement des « gilets jaunes » et revenir à toutes ces décisions économiques qui aggravent la fracture sociale et exacerbent le malaise des retraités, mal considérés par le gouvernement. Le chef de l’état n’a plus la confiance des Français qui se sentent abusés par tous les artifices qu’il utilise pour, au final, imposer ses vues et ses décisions.

Je partage trop ce sentiment de duperie pour croire à la « sincérité » d’un débat national, qui n’en est d’ailleurs pas un, mais un faire-valoir laissant croire que les citoyens peuvent s’exprimer, alors que le débat réel se déroulera dans le secret d’un cabinet présidentiel, entre un président et ses partisans. Plusieurs maires se refusent à souscrire à ce qu’ils considèrent comme
une mascarade.

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