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Vie pratique

Commissaire Vénère : Le grand méchant Net dans le viseur

Publié le 17 avril 2018

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L'événement de la semaine : Racisme, xénophobie, sexisme, les dérives 
en tout genre pullulent sur la toile.

Alors que la France entière salue le courage de son héros, le gendarme Arnaud Beltrame, et déplore la mort des trois autres victimes dans l’attentat de Trèbes (Aude) le vendredi 23 mars, les réseaux sociaux s’enflamment.

Si, en grande majorité, les utilisateurs n’ont pas de mots assez forts pour condamner ces actes barbares, d’autres font l’apologie du terrorisme.

Comme cette femme qui publie sur Facebook un message dans lequel elle affirme avoir « zéro compassion » pour Christian Medves, le boucher du Super U, une des victimes de Radouane Lakdim.

Une militante de la cause animale qui vient d’écoper de sept mois de prison avec sursis.

Une sanction un peu plus légère que celle dont a écopé un ancien candidat aux législatives de La France insoumise (LFI), Stéphane Poussier, condamné, lui, à un an de prison avec sursis pour « apologie du terrorisme », à la suite de trois tweets postés dans lesquels il se félicitait de la mort du colonel.

Ces deux dérapages ne font que refléter l’ambiance malsaine qui règne sur la Toile. Cet espace de liberté où chacun peut communiquer est devenu un véritable défouler où se déverse quotidiennement un flot de haine. Apologie du terrorisme, donc, mais aussi racisme, xénophobie, sexisme…

Jungle

Afin d’alerter l’opinion, le philosophe Raphaël Einthoven a dénoncé les propos antisémites adressés à son fils Aurélien, 16 ans, l’enfant qu’il a eu avec Carla Bruni-Sarkozy.

Un phénomène tristement banal.

Autre dérive préoccupante, les fake news, ces rumeurs qui envahissent Twitter.

Selon une récente étude américaine, ces fausses nouvelles se propageraient six fois plus vite que les vraies !

Et Facebook se retrouve aussi sur le banc des accusés, pour avoir permis à l’entreprise Cambridge Analytica de récupérer les données personnelles de millions d’utilisateurs et de les avoir utilisées pour soutenir la campagne présidentielle de Donald Trump…

Bref, Internet, où semble régner la loi de la jungle, n’en finit pas de défrayer la chronique.

Ce que disent les textes

  • Quels sont les contenus jugés illicites sur Internet ?
    Le Code pénal vise tous les propos provocants, incitant à la commission d’actes terroristes (art. 421-2-5), à la pédopornographie (art. 227-23), ou qui en font l’apologie. Chaque internaute peut signaler les propos diffamatoires, sexistes, racistes, injurieux, qui portent atteinte à la dignité ou à l’honneur d’une personne. Dès lors qu’un auteur est identifié, il peut faire l’objet de poursuites pénales pour l’infraction qu’il a commise, à l’initiative des services de police ou suite à une plainte d’un particulier.

  • En France, la loi punit-elle la diffusion de fausses nouvelles ?
    Dès lors que ces publications portent atteinte à l’honneur, l’intégrité ou à la dignité d’une personne ou d’un groupe désigné et que leurs cibles déposent plainte, la législation réprime ces atteintes selon la gravité des propos publiés. Un projet de loi sur le sujet est d’ailleurs à l’étude.

  • A qui doit-on signaler un contenu illicite sur Internet ?
    On peut déjà le signaler à l’hébergeur lui-même, mais sans garantie de résultat. Le meilleur moyen est d’aller sur le site www.internet-signalement.gouv.fr et de cliquer sur le bouton « signaler », pour transmettre les contenus ou les comportements illicites auxquels on a été confronté sur la Toile. Ces signalements aboutissent à la plateforme Pharos du ministère de l’Intérieur.

  • Quels sont les policiers chargés de la lutte contre la cybercriminalité ?
    L’Office central de lutte contre les crimes liés aux technologies de l’information et de la communication (OCLCTIC) comprend une « section Internet », qui dispose de la plateforme Pharos recevant tous les signalements internet publics. Lorsqu’une infraction est constituée, un service d’enquête spécifique est saisi selon la nature de cette dernière : escroqueries, stupéfiants, terrorisme, proxénétisme, fraudes, etc.

  • Quelles mesures pourraient améliorer la transparence sur le Net ?
    Sachant que le contrôle de toutes les publications n’est pas concevable, sauf dans certains pays, il me paraît évident qu’il ne faut plus admettre l’anonymat des sites ou des annonceurs.

  • Le darknet échappe-t-il à tout contrôle ?
    Appelé également « web caché », c’est un ensemble de sites qui se trouvent sur un réseau crypté garantissant l’anonymat des utilisateurs. On y trouve certes des contenus illégaux, mais aussi des utilisateurs cherchant une protection maximale de leurs données personnelles. L’usage de ces moteurs cryptés nécessite une bonne connaissance informatique et un matériel adapté. Les services de police ont des spécialistes qui analysent ces contenus et peuvent faire appel à des experts lorsque les circonstances l’exigent.

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Les pouvoirs publics n’ont pas su réagir à temps

Il est vrai que les réseaux sociaux étaient, à l’origine, des moyens de communication innovants et qu’il était difficile de les réglementer dès leur mise en service, sans restreindre la liberté d’expression de chacun.

Mais on voit bien aujourd’hui les dérives rendues possibles par ce nouveau média.

Profitant de l’anonymat apparent de ces réseaux, nombre d’internautes expriment leur lâcheté, leur stupidité et leurs turpitudes.

On pouvait s’attendre à un tel phénomène, mais l’absence de réaction des pouvoirs publics, comme des hébergeurs, a créé un sentiment d’impunité chez ceux qui, aujourd’hui, font peser une menace sur la libre expression de tous.

Il faut des réactions comme celle de Stéphane Poussier (voir texte ci-dessus) pour que l’on se rende compte de la nuisance de ce type d’individu et de la nécessité de mettre de l’ordre dans cet espace d’expression.

Et encore,la sanction me semble trop légère. Mais ce sont les juges qui sanctionnent et non l’opinion publique.

Il devient urgent de prendre des mesures pour éradiquer tous ces dérapages.

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