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Commissaire Vénère : Le Net de tous les délits

Publié le 12 décembre 2019

Drogue, armes, faux papiers, cigarettes de contrebande, banques fictives et objets volés… la Toile est devenue le terrain de jeu des malfaiteursen tout genre.

C’est une triste réalité. Aujourd’hui, la drogue ne se vend pas que dans les rues. Elle s’écoule aussi sur Internet et s’échange contre de la cryptomonnaie. Un juteux business qui générerait des millions d’euros ! La Toile est en effet devenue l’un des enjeux de la lutte contre le trafic de stupéfiants. Les cybergendarmes et cyber­policiers qui s’attaquent à la vente de produits illicites en ligne doivent ruser pour coincer ces malfaiteurs qui agissent le plus souvent sur les darknets, ces réseaux cachés qui hébergent de manière cryptée des sites illégaux. Une tâche ardue pour ces patrouilles numériques qui s’efforcent d’inflitrer ces contenus sous de fausses identités pour piéger les dealers et aussi leurs clients ! Mais ces enquêteurs d’un nouveau genre doivent aussi s’attaquer au trafic de cigarettes en ligne.

Avec la hausse des prix du paquet, la contrebande de tabac a pris de l’ampleur sur les réseaux sociaux. Via Facebook notamment. Et ce n’est pas fini ! Leur reste également à traquer les objets volés qui s’écoulent sur le Bon coin ou les ventes d’armes ou de faux papiers qui fleurissent sur les darknets, sans parler des arnaques aux placements financiers pratiqués par des banques fictives sur des plates-formes totalement bidons. Face à tous ces criminels de l’ombre qui exploitent aussi les informations personnelles des internautes à leur avantage, ces brigades ne risquent pas de chômer…

 Ce que disent les textes

  • Comment lutter contre les escrocs du Net ?
    Tout d’abord, en tant qu’internaute, ne pas chercher à s’approvisionner auprès de sites frauduleux. Ensuite, faire preuve d’une vigilance extrême à l’endroit de messages qui sont inconnus, voire douteux, de même qu’envers les pièces jointes. Celles-ci peuvent masquer une ruse visant à pénétrer dans votre ordinateur, comme un virus qui absorbe toutes vos données. Dans le doute, supprimer purement et simplement tous ces envois.
     
  • Qui sont ces « patrouilles du Web » qui traquent les malfaiteurs en ligne ?
    Pour la police nationale, il s’agit de l’Office central de lutte contre la criminalité liée aux techniques de l’information et de la communication (OCLTIC). Les signalements sont accueillis par la plateforme PHAROS.
    Dans le cas de la gendarmerie nationale, le Centre de lutte contre les criminalités numériques (CLCN). Accès : cyber@gendarmerie.interieur.gouv.fr
    La Préfecture de police de Paris dispose de la brigade d’enquêtes sur les fraudes aux technologies de l’information (BEFTI), pour les départements 75, 92, 93 et 94. Accès : Tél. 01 40 79 67 50.
     
  • Combien sont-ils ?
  • Comment sont formés ces cyberinvestigateurs ?
  • Face à l’ampleur de la tâche, ne faudrait-il pas augmenter leurs nombre ?
    Leurs effectifs réels sont confidentiels. La formation passe par un recrutement de spécialistes en informatique. Ces enquêteurs sont appelés à avoir un rôle aussi important que pour la délinquance de rue et sont amenés à connaître une augmentation régulière.
     
  • Et ceux des cyberdouaniers ?
    Certains de leurs services sont chargés de pénétrer les réseaux frauduleux des darknets, où pullule la vente illégale de drogues, d’armes et même de faux papiers. Ils répondent aussi aux demandes d’assistance en ligne des particuliers. Accès : ids@douane.finances.gouv.fr ou téléphoniquement : 0811 20 44 44. Des formulaires en ligne sont également disponibles.
     
  • Que dit la loi au sujet de la cybercriminalité ?
    Divers textes du Code pénal punissent la cybercriminalité en mentionnant les délits commis par voie électronique. Les peines vont de 1 an à 5 ans de prison et de 15 000 à 100 000 euros d’amende. Ces faits sont réprimés à l’instar de tous les autres délits de droit commun.
     
  • Que propose le ministre des Comptes publics, Gérald Darmanin, pour lutter contre ce phénomène ?
    Gérald Darmanin vise à établir une surveillance accrue des données mises en ligne par les particuliers, par exemple sur les réseaux sociaux. Mais il s’agit ici surtout de lutter contre les fraudes fiscales ou à la TVA, car tous ces trafics, notamment celui des cigarettes, génèrent une perte de recettes pour l’État.
     
  • Ne devrait-on pas avoir recours à l’intelligence artificielle et l’usage d’algorithmes, comme aux États-Unis ou en Espagne, pour piéger les cybermalfaiteurs ?
    Cela me paraît une évidence, car l’intelligence humaine de nos techniciens, quoique très efficace, ne peut tout surveiller. C’est dans le domaine de l’intelligence artificielle que des efforts importants devront se porter pour lutter de façon efficace contre la cybercriminalité.

Les nouvelles technologies sont une aubaine pour les malfrats

Toutes ces nouvelles technologies offrent des aubaines inespérées aux malfrats. Ceux-ci n’ont plus à se déplacer, ils peuvent s’abriter derrière l’anonymat et se domicilier hors du territoire. Comme le citoyen lambda est toujours friand de « combines avantageuses », il alimente ce marché dans l’espoir fallacieux de payer moins cher. Qu’il s’agisse de drogue, de tabac ou de contrefaçons, les « clients » sont aussi coupables que les organisateurs. Bien plus identifiable que le trafiquant, le client est plus facile à attraper. Et tarir la clientèle, c’est assécher le marché. Comme à leur habitude, les pouvoirs publics n’ont pas du tout anticipé ce phénomène pourtant prévisible et ne réagissent qu’a posteriori.

On se souviendra cependant qu’à l’époque des « messageries roses », il y a déjà de très nombreuses années, les services de lutte contre le proxénétisme s’étaient positionnés pour démanteler les réseaux occultes. Comment ne pas avoir imaginé que cette opportunité ouvrait la porte à tous les autres trafics ? Outre les personnels, ce sont aussi les moyens technologiques qui doivent suivre, et, sur ce point, je ne suis pas sûr que notre pays soit prêt.

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