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Commissaire Vénère : Le ras-le-bol des pompiers !

Publié le 27 février 2020

La manifestation du 28 janvier a été marquée par des heurts avec les forces de l’ordre à Paris, alors que le ministre de l’Intérieur annonçait dans la soirée quelques mesures pour calmer la grogne.

Mardi 28 janvier. Des milliers de soldats du feu venus de tout l’hexagone défilent dans la capitale pour dénoncer le manque d’effectifs et réclamer des garanties pour leur retraite. Un rassemblement marqué par des heurts très violents avec les forces de l’ordre en marge du cortège. Jets de projectiles sur les CRS contre tirs de gaz lacrymogènes.

Depuis quelque temps déjà, les sapeurs-pompiers ne décolèrent pas. « Nous absorbons tout ce que la société ne peut plus gérer, misère sociale, ivresses sur la voie publique, rixes, différends familiaux… », confie Franck, pompier professionnel dans le Calvados au quotidien 20 minutes. « Le nombre d’interventions augmente pendant que les effectifs baissent et apportent une sursollicitation des personnels. Mais si vous regardez de plus près ces interventions, vous remarquez qu’il y a de moins en moins de feux grâce aux détecteurs de fumées, de moins en moins d’accidents de circulation graves grâce à la sensibilisation à la sécurité routière, à l’amélioration des véhicules et de la voirie. Le fait est que je porte rarement secours mais je porte souvent assistance ! »

Dans la soirée du 28 janvier, le ministre de l’Intérieur annonce alors quelques mesures dont la revalorisation de leur prime feu. Le gouvernement s’engage également à créer « un observatoire national des violences, spécifique aux sapeurs-pompiers, pour mieux prévenir les agressions dont ils sont de plus en plus victimes. »

Seulement les revendications des pompiers, professionnels comme volontaires, ne s’arrêtent pas là. Ils demandent aussi au gouvernement de prendre des mesures radicales pour sauver un système de secours national dont ils sont bien souvent les derniers maillons de la chaîne et qu’ils jugent « à bout de souffle ». Une grogne qui n’est donc pas près de s’éteindre…
 

Quelles avancées
du gouvernement  ?

  • Est-il normal de voir des pompiers se battre avec des policiers, comme lors de la manifestation du 28  janvier ?
    Non, bien évidemment, c’est désolant. Mais je ne saurais mettre les policiers en cause, car ce sont les ordres qu’on leur a donnés qui sont cause de ces troubles. Les sapeurs-pompiers ne sont pas des casseurs et ils ont le droit d’exprimer leur ras-le-bol, puisque leurs revendications ne sont pas entendues. Recevoir une délégation au ministère de l’Intérieur eût été une solution. Tel n’a pas été le choix du ministre et c’est affligeant.
     
  • Pourquoi les pompiers ne sont-ils pas systématiquement accompagnés par les forces de l’ordre lorsqu’ils interviennent dans les cités ?
    Je pense qu’il s’agit d’un problème d’effectifs de policiers qui ne peuvent répondre en même temps à leurs propres interventions et être disponibles – en nombre suffisant – pour accompagner les sapeurs-pompiers. En effet, intervenir dans une cité suppose une force de l’ordre plus importante qu’une simple patrouille composée de 2 ou 3 personnes.
     
  • Comment et combien sont payés les pompiers professionnels ?
    Les professionnels représentent 16 % des 247 000 pompiers en France, les autres étant volontaires ou militaires. Les traitements vont de 1 522 euros bruts pour un sapeur en début de carrière à 2 319 euros bruts pour un adjudant en fin de carrière. Des primes supplémentaires peuvent aussi être votées par les départements, mais elles sont assez minimes.
     
  • Ne faudrait-il pas revoir le statut et les salaires de ces pompiers volontaires ?
    Un sapeur volontaire est payé 7,83 euros de l’heure, un officier perçoit 11,77 euros. C’est un statut précaire qui demande à être rendu pérenne et mieux indemnisé bien évidemment. Sans ces volontaires, il n’y aurait plus de secours possible en France.
     
  • Est-il normal que les pompiers souffrent de l’obsolescence de leur matériel ?
    On ne peut répondre que par la négative. Les sapeurs-pompiers font des efforts prodigieux pour maintenir leur matériel opérationnel, mais ils ne peuvent continuer ainsi. Ils ont besoin de plus de matériel et nettement modernisé.
     
  • De combien la prime de feu a-t-elle été revalorisée ?
  • Cela vous semble-t-il suffisant ?
    La prime de feu a été revalorisée à 25 % du traitement, car elle était de 19 % depuis 1990. Les pompiers professionnels réclamaient 28 % pour être alignés sur la prime de sujétions spéciale des policiers, ce qui me paraît raisonnable et équitable. Un effort a été fait mais insuffisant à mon avis.
     
  • Quelles sont les autres annonces faites par Christophe Castaner ? 
    Les sapeurs-pompiers ont aussi obtenu le maintien d’un départ à la retraite anticipée à 57 ans avec le versement de cotisations supplémentaires de 5 annuités par l’employeur, la création d’un observatoire national des violences aux sapeurs-pompiers et l’étude d’un système en collaboration avec le ministère de la Santé pour réduire les sollicitations pour les missions non urgentes d’assistance aux personnes, aujourd’hui majoritaires et pénalisantes.

Les sacrifices des sapeurs-pompiers

Je suis vraiment désolé qu’il y ait eu des confrontations entre les forces de l’ordre et les sapeurs-pompiers. Deux services publics qui opèrent de manière complémentaire ! Mais je dois reconnaître que les services de secours sont aussi mal lotis que les hôpitaux ou la police. Il me semble en fait que les services « d’assistance » des sapeurs-pompiers devraient être payants car, très souvent, on fait appel à eux pour ne pas payer une ambulance. Mais au-delà de cet aspect pécuniaire, il est vrai que les problèmes sont récurrents : pas assez de personnel, de matériel et une indemnisation des sujétions qui est loin de compenser les sacrifices consentis par les « soldats du feu ». La création d’un observatoire de la violence va nourrir encore un certain nombre de technocrates mais n’améliorera pas le quotidien des sapeurs-pompiers. Ce dont ils ont besoin, c’est d’être en nombre suffisant pour répondre aux appels, de disposer de matériel moderne et que les heures passées en service soient rémunérées de manière décente. Or, nous sommes toujours très loin du compte…

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