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Vie pratique

Commissaire Vénère : Les aidants familiaux à bout de force !

Publié le 19 septembre 2019

Un Français sur six est en charge d’un parent malade ou handicapé. Un statutqui devrait être davantage encadré grâce à un plan gouvernemental prévu à l’automne.

Onze millions ! 11 millions de personnes sur les rotules, lessivées et pas très loin, pour bon nombre d’entre elles, du burn-out. Dur constat : les aidants familiaux sont à bout, épuisés de devoir s’occuper seul d’un proche, handicapé ou malade. Une population de l’ombre qui tente tant bien que mal de concilier vie personnelle et vie professionnelle tout en se dévouant, comme c’est le cas pour 50 % des cas, à une personne âgée de leur entourage.

Une lourde tâche surtout quand, comme cet été, les urgences sont en grève et qu’avec les fortes chaleurs, le parent souffrant dont ils ont la charge montre des signes alarmants de déshydratation… Dans ces cas-là, il faut bien se débrouiller en partant à la recherche d’un médecin sans céder à la panique. De la haute voltige ! Résultat : ces héros de l’ordinaire, qui n’ont pas les moyens d’engager une auxiliaire de vie ou qui se refusent à placer ce papa ou cette maman dépendante en maison de retraite, craquent. Et pas question pour ces invisibles de partir en vacances et d’abandonner ce parent qui leur donne tant de soucis…

Mais face à ce triste constat, certaines initiatives prouvent heureusement que les choses sont en train de changer. Près de Lyon, une maison du répit vient d’ouvrir ses portes et les aidants peuvent confier, à une équipe médicale, le proche dont il s’occupe le temps de souffler quelques jours. Ce projet, en discussion avec le gouvernement, pourrait même s’étendre à douze régions de France, d’ici à cinq ans. Autre bonne nouvelle, un grand plan, demandé par le président de la République, devrait être dévoilé à l’automne avec une série de mesures pour améliorer le quotidien des aidants, comme une indemnisation journalière. Une avancée attendue depuis plusieurs années…

Les dispositifs existants
et projets à venir…

  • Que permet actuellement le congé de proche aidant ?
    Il permet au salarié de cesser temporairement son activité professionnelle pour une durée maximum d’un an, afin de s’occuper du conjoint, d’un ascendant ou d’un descendant ou d’une personne âgée ou handicapée avec laquelle il a des liens étroits et stables. Des conventions par branches ou collectives peuvent régir ce congé.
     
  • Comment bénéficier d’une auxiliaire de vie sociale ?
    Pour les personnes handicapées, la demande est à adresser à la MDPH (Maison départementale des personnes handicapées), pour les gens en perte d’autonomie, la demande doit être faite auprès du Conseil départemental. Une allocation personnalisée d’autonomie est attribuée, qui permet de régler en totalité ou en partie les dépenses nécessaires.
     
  • Quelles sont les aides existantes pour les aidants ?
    Outre le congé, vu ci-dessus, une compensation (et non un salaire) peut être versée à l’aidant familial dans le cadre de l’allocation adulte handicapé ou de la prestation compensatoire du handicap. Il n’y a pas besoin de contrat de travail, cette allocation n’est pas assujettie aux charges sociales. Elle est versée par le Conseil régional ou la Caisse d’allocations familiales. Le conjoint n’y a pas droit.
     
  • Quelles sont les mesures du futur plan du gouvernement déjà connues ?
    Première mesure, le « congé de proche aidant » qui permet d’interrompre sa carrière trois mois pour s’occuper d’une personne handicapée ou âgée va être indemnisée d’ici à 2020. Ce projet est encore à l’étude. Il est demandé (par un collectif d’association d’aidants familiaux) à ce que des droits à la retraite soient accordés aux aidants qui ont dû s’arrêter de travailler. Sur ce point, le gouvernement qui l’a évoqué est resté flou.
     
  • De combien devrait être cette indemnisation ?
    Il existe un « cahier des charges » assez complexe, mais dans la généralité, on peut évaluer cette compensation à 3,65 €/heure (aidant qui exerce son emploi à temps partiel) ou 5,48 €/heure (aidant qui a cessé totalement son activité professionnelle), sans que le montant total de cette compensation n’excède 941 €/mois.
     
  • Que propose La maison de répit de Lyon ?
  • Comment y placer un proche ?
    L’admission et le financement sont assurés par l’agrément de l’Agence régionale de santé ; un proche peut y être admis pendant trente jours par an, en une ou plusieurs fois. Un accompagnement est assuré par des professionnels formés et une équipe médicale permet la continuité des soins. Il y a aussi la possibilité de résider avec ou à proximité d’un proche et un soutien psychologique est assuré à l’aidant. Contact : 04 69 85 99 87 ou contact@maison-repit.fr
     
  • Qu’offre l’Association française des aidants ?
    Elle soutient localement les aidants par le biais de « cafés des aidants », une formation à l’accompagnement, la mise à disposition d’outils adaptés dans leur quotidien. Adresse : 250 bis, boul. Saint-Germain, 75007 Paris.
     
  • Où trouver un « café des aidants » ?
    En allant sur le site de l’Association française des aidants qui anime le réseau des « cafés des aidants » où une carte de France interactive permet de connaître le lieu le plus proche de chez soi. www.aidants.fr. Ou en écrivant au siège de l’association.

Ces personnes dévouées sont des fantômes pour les institutions

Je me méfie de toutes ces bonnes intentions annoncées à grand renfort de trompettes et qui n’accouchent que de minuscules mesures. J’ai connu dans mon entourage proche, une jeune femme qui a dédié sa vie à l’accompagnement de sa mère handicapée à plus de 90 % depuis l’âge de 43 ans. Elle a dû abandonner son activité professionnelle et se contenter du RSA pendant trente-cinq ans ! J’ai pu me rendre compte de l’abandon total des institutions sociales locales ou de l’état, sans oublier une non-reconnaissance d’activité pour le calcul de la retraite, alors que par l’aide apportée bénévolement à sa mère, elle a largement contribué à éviter des dépenses à la collectivité territoriale. Bien qu’ils remplissent une mission de première importance, ces aidants sont des fantômes pour les institutions. Il faut aussi savoir qu’un service d’assistantes de vie de 3 heures par jour coûte, à la collectivité, entre 1 200 et 1 500 €/mois. Un service de garde de nuit, 2 500 €/mois. Une véritable aubaine pour les autorités publiques, que ces aidants familiaux ! Sans eux, la Sécurité sociale ne pourrait jamais financer ces coûts et ces soins.

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