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Commissaire Vénère : Les banlieues s’embrasent

Publié le 5 décembre 2019

De Béziers à Tours, en passant par Chanteloup-les-Vignes, Trappes ou encore Bobigny, les quartiers dits sensibles sont le théâtre d’impressionnantes violences urbaines.

Ces derniers jours, c’est l’escalade. Le 31 octobre dans la soirée, c’est une école qui est incendiée à Béziers dans l’Hérault, au cœur de la cité de La Devèze, à l’occasion de la fête d’Halloween. Un établissement presque entièrement dévasté par les flammes et qui devra être démoli tant les dommages s’avèrent considérables.

Cette même nuit, à Tours, dans l’Indre-et-Loire, les policiers ont été pris pour cible, entraînant des affrontements de plusieurs heures. 

Le lendemain, c’est le chapiteau de l’école de cirque de la cité de la Noé à Chanteloup-les-Vignes dans les Yvelines qui a brûlé lors d’importantes violences urbaines durant lesquelles les forces de l’ordre et les pompiers ont été attaqués. Pris à partie par une trentaine d’individus, aux visages dissimulés et, pour certains, porteurs de bâtons et de barres de fer, les représentants de la force publique ont essuyé des jets de cocktails Molotov et de pierres issues de ballast ferroviaire.

Dans les Yvelines, des « commandos anti-flics » similaires ont sévi dans les jours précédents à Mantes-la-Ville, à Trappes ou encore aux Mureaux. Et la Seine-Saint-Denis n’est pas en reste. De même à La Courneuve, Bobigny, Clichy-sous-Bois, ou à Étampes, les agents ont été pris pour cible lors de leurs patrouilles, et même jusque devant leurs commissariats…

Ce phénomène touche désormais bon nombre de quartiers sensibles de l’Hexagone. De quoi inquiéter les habitants de ces zones plus que jamais sous tension… 

État des lieux
et amorces de réponses

  • Comment expliquez-vous ces violences urbaines ?
    Je les impute à l’impunité dont jouissent ces individus, souvent mineurs, ce qui les incite à se croire intouchables, et au fait que les services de police ne disposent que d’effectifs réduits. Il faudrait aujourd’hui qu’une force d’intervention dissuasive soit maintenue en réserve pour être déployée sur le terrain le cas échéant afin de ne pas le laisser aux délinquants.
     
  • À Chanteloup-les-Vignes, les travaux de réhabilitation lancés par la ville qui dérangeraient le trafic de drogue seraient à l’origine de ces violences. Qu’en pensez-vous ?
    C’est très possible, d’où la nécessité de multiplier patrouilles et occupations du terrain par des forces suffisantes. Ce ne sont pas 1 000 ou 2 000 policiers qu’il faut recruter, mais bien plus, pour étoffer les effectifs locaux. Lorsque je suis entré dans la police parisienne, les effectifs d’arrondissement disponibles sur le terrain étaient quasiment le triple de ce que l’on compte aujourd’hui…
     
  • Pourquoi ne pas rétablir davantage de commissariats dans ces quartiers sensibles ?
    La France a opté pour un regroupement de commissariats et de nombreuses villes s’en trouvent maintenant privées comme à Chanteloup-les-Vignes. Cette politique que dénoncent élus et policiers rend le problème de la sécurité de ces villes ingérable. On devrait implanter des services de police là où ils manquent et les doter d’effectifs suffisants.
     
  • Que risquent les auteurs de ces dégradations ?
    Lorsqu’elles sont commises par plusieurs personnes, c’est-à-dire « en réunion », les peines s’échelonnent de 5 ans de prison et 75 000 euros d’amende à 10 ans et 150 000 euros d’amende. Pour les incendies criminels, sans atteinte aux personnes, la peine est de 10 ans de prison et 150 000 euros d’amende.
     
  • Et ceux qui s’en prennent aux forces de l’ordre ?
    Pour ce qui concerne les violences à l’encontre des forces de l’ordre, des sapeurs pompiers, ou de toute personne détentrice d’une autorité publique, la peine prévue est de 5 ans de prison et 75 000 euros d’amende. Pour les auteurs de dégradations, comme ceux d’incendies criminels, si ceux-ci sont mineurs, la responsabilité civile des parents est engagée.
     
  • Pourquoi ne pas changer la loi dont l’ordonnance de 1945 qui protègent les mineurs ?
    On débat beaucoup au sujet de cette ordonnance depuis des lustres. Elle a été retouchée à de très multiples reprises, mais le législateur est resté bien timide, alors que la délinquance des mineurs est devenue autrement plus violente qu’il y a vingt ou trente ans. Ceux-ci doivent se voir infliger des peines plus proches de celles des majeurs, plutôt que ces mesures éducatives qui restent parfaitement improductives.
     
  • Ne devrait-on pas adopter le modèle américain en leur demandant de participer à la reconstruction ?
    On ne peut parler d’un seul « modèle américain » puisque chaque État dispose de lois distinctes pour les mineurs. Si ceux-ci peuvent être contraints à participer à la reconstruction de ce qu’ils ont détruit, il ne faut pas oublier que la législation les concernant est bien plus répressive qu’en France – et les incarcérations bien plus nombreuses – car les mineurs y sont soumis aux mêmes peines que les adultes.
     

Une répression sans faille s’impose

Comme nombre de mes concitoyens, je ne peux que constater la dégradation rapide du climat de ces banlieues et la réponse bien trop timorée des pouvoirs publics face à ces délinquants. Dans bien des cas, ces derniers sont connus mais la population se tait par peur des représailles, alors qu’il est possible d’entendre les témoins sous X, donc de manière à ce qu’ils n’apparaissent pas dans une procédure. C’est là où le bât blesse, car bien souvent les habitants espèrent que la police fera tout sans que l’on ne lui apporte aucune aide. Par ailleurs, les trois quarts du temps, ces jeunes, souvent des mineurs, ne sont quasiment pas sanctionnés par la justice, d’où un sentiment d’impunité. Il faudrait que le maximum des peines soit appliqué, les mineurs de 16 ans envoyés dans des centres fermés, et au-dessus en détention, sans excuse de minorité.

On doit répondre à ces voyous proportionnellement à leurs agissements. J’ai toujours vérifié, au cours de ma carrière, que la relation qui s’instaurait entre ces individus et les forces de l’ordre était un rapport de force. Il faut soutenir les policiers dans leurs interventions, sans quoi la partie est perdue. Encore faut-il que les juges en soient convaincus…

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