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Commissaire Vénère : Levothyrox, attention danger !

Publié le 4 avril 2019

Prescrit à 3 millions de patients, ce médicament se révèle nocif pour nombre d’entre eux…

Ce célèbre médicament a-t-il tué ? Le Levothyrox, utilisé pour traiter les problèmes de thyroïde, est en tout cas au cœur d’une violente polémique depuis qu’en avril 2017, un nouvel excipient, le mannitol, a remplacé le lactose dans la composition du comprimé. Il est même concerné par plusieurs affaires de décès de malades, notamment à l’initiative du parquet de Marseille qui a élargi son enquête au chef « d’homicide involontaire ». Dans le viseur de la justice, le laboratoire Merck, qui fabrique le médicament, ne semble pas plus inquiet plus que ça.

L’avocat Me David-Olivier Kaminski, qui défend près de 200 victimes, estime lui que « le dossier Levothyrox prend une nouvelle dimension ». Selon lui : « Il s’agit bien d’une crise sanitaire majeure dans laquelle les victimes ont été totalement délaissées. » Le problème, c’est que les autorités publiques ont voulu être rassurantes.

Un constat que déplore Me Christophe Lèguevaques, défenseur de 4 113 plaignants au civil et une cinquantaine au pénal, dont les familles de deux femmes décédées à Montpellier et Valence. L’une d’elle, Sofi, 48 ans, psychologue en maison d’arrêt, qui suivait ce traitement depuis son ablation partielle de la thyroïde, il y a des années. Aujourd’hui, sa sœur Valérie se bat pour obtenir réparation et surtout des explications : « Je veux savoir pourquoi le cœur de ma sœur s’est arrêté », clame-t-elle dans Le Parisien. C’est ce qui l’a poussée à saisir la justice. Elle veut savoir pourquoi « tout s’est déglingué » quand Sofi a pris la nouvelle formule du médicament. Ses effets secondaires seraient affolants : fatigue extrême, pertes d’attention et vives douleurs dans les jambes…

Pour comprendre les enjeux…

Le jugement du tribunal d’instance de Lyon du 5 mars 2019 a débouté 4 113 plaignants qui ne seront pas indemnisés, mais un appel demeure probable. Le tribunal de grande instance de Marseille a fait ouvrir une information pour tromperie aggravée, blessures involontaires et mise en danger de la vie d’autrui. Le docteur Nicolas Bouvier à Reims a lui aussi déposé plainte contre le laboratoire et une instance judiciaire est en cours.

  • Que risque le laboratoire Merck ?
    Il est encore trop tôt pour le dire, puisque les actions pénales et civiles ne débutent que maintenant et que la procédure pourrait durer des années. Or, sans jugement reconnaissant la responsabilité des dirigeants du laboratoire, il n’y a pas de faute. C’est la présomption d’innocence qui prévaut.
     
  • Le laboratoire va-t-il coopérer avec la justice ?
    À voir la manière dont le laboratoire Merck rejette toute responsabilité, je doute qu’il collabore. Je serais même enclin à penser le contraire. Le juge d’instruction devra s’entourer de spécialistes pour prouver sa culpabilité.
     
  • Peut-on déposer plainte si l’on a constaté des effets secondaires handicapants ?
  • Peut-on incriminer les médecins qui prescrivent ce médicament ?
    Bien sûr, si l’on subit un grave préjudice à la suite de la prise d’un médicament, on peut déposer plainte pour blessures involontaires, une infraction pénale. Il est cependant difficile d’incriminer les médecins prescripteurs qui, dans le cas présent, ignoraient la toxicité du nouveau produit.
     
  • À qui se plaindre ?
    Auprès de l’Agence nationale de sécurité du médicament (ANSM) qui, en principe, doit veiller à la santé des patients et à la bonne qualité des produits proposés à la vente. On peut aussi se plaindre auprès du ministère de la Santé, organe de tutelle de l’ANSM. Mais le mieux est encore de saisir le procureur de la République pour blessures involontaires. Une action groupée de plusieurs plaignants, confiée à un avocat, est recommandée.
     
  • Quels sont les contrôles avant la mise sur le marché de la nouvelle formule d’un médicament ?
    Il faut répondre à un cahier des charges précis, expériences à l’appui, et présenter un dossier à l’ANSM, qui peut prescrire des examens complémentaires afin que la qualité thérapeutique du médicament soit reconnue.
     
  • Pourquoi les autorités publiques ferment-elles les yeux ?
    Si je m’en réfère à l’avis de certains praticiens, l’ANSM s’intéresse uniquement à la molécule, mais pas aux excipients, pourtant mis en cause dans la nouvelle formule du Levothyrox. Les pouvoirs publics considèrent que ce médicament reste conforme, alors qu’il ne l’est plus du tout. Un exemple de l’inefficacité de notre administration. Plutôt que de croire à sa complicité, je privilégierais l’incompétence.

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C’est une affaire scandaleuse !

Pour ma part, j’estime que le laboratoire Merck argue de son pseudo-bon droit et sait que sa puissance financière lui permettra de gérer sans problème les plaintes dirigées à son encontre. Pas de compassion, pas de compréhension, rien que du cynisme. Ce laboratoire se comporte comme tous les autres, à l’origine de crises sanitaires majeures, comme le Mediator, les prothèses mammaires, et tant d’autres : ils rejettent d’emblée toute responsabilité, alors qu’ils n’ont fait que privilégier leurs intérêts financiers.

Le tribunal civil de Lyon a déjà rejeté les plaintes de plus de 4 100 victimes pour défaut d’information – sur la boîte du médicament ne figurait pas le changement de formule. Merck prétend avoir répété les mises en garde auprès de 100 000 professionnels.

Nul doute que si le magistrat qui a rendu cette décision avait été soigné au Levothyrox nouvelle formule et avait présenté les effets secondaires graves subis par les victimes, sa décision aurait été différente. Quand on prend un médicament depuis des années, relit-on la posologie à chaque nouvelle ordonnance ? Qui peut interpréter les effets d’une formule chimique, en dehors d’un professionnel ? Oui, cette affaire est un scandale, les responsables doivent être désignés et condamnés.

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