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Commissaire Vénère : Médicaments, quand la pénurie menace !

Publié le 21 février 2019

Un quart des Français ont déjà été confrontés à une rupture de stock. Un constat alarmant.

Incroyable révélation qui en dit long sur notre système de santé ! Selon Le Parisien, certains médicaments prescrits pour des pathologies lourdes sont régulièrement indisponibles en officine. Anticancéreux, antiparkinsonien, antiépileptique, anesthésiants… des traitements réservés à des affections de longue durée sont de plus en plus souvent en rupture de stock. Un calvaire pour les patients atteints de maladies graves qui doivent attendre avant que leurs précieux cachets puissent leur être enfin délivrés dans leur pharmacie.

Les chiffres issus d’une grande étude pour France Assos Santé, puissante fédération d’usagers, sont affolants : 1 Français sur 4 a déjà été confronté à une pénurie de médicaments et 45 % des personnes concernées ont dû reporter, modifier, et même parfois renoncer à leur traitement, avec des conséquences parfois très graves. 14 % ont vu leurs symptômes s’aggraver et 5 % ont été hospitalisés dans un état critique.

En 2015, le Di-Hydan, un puissant l’antiépileptique, est soudain devenu indisponible à cause d’un problème de conformité du laboratoire. Son substitut, le Diphantoïne, est alors prescrit par les médecins. Sauf que certains malades ne le supportent pas et finissent à l’hôpital, enchaînant crise sur crise. 

Aujourd’hui, pour éviter de se retrouver sans leurs médicaments, des malades en sont réduits à écumer les officines pour se constituer des réserves bien avant la fin de leur ordonnance. Une question de survie.

Aucune réelle sanction n’est prévue

  • Pourquoi certains médicaments sont-ils en rupture de stock ?
    Les causes (fallacieuses) sont très diverses : la rénovation d’une usine, la délocalisation des lieux de fabrication, une pseudo-non-conformité… Cela peut s’expliquer aussi par des stratégies financières condamnables, telles que la réduction des stocks avec la vente au plus offrant (à l’étranger bien sûr), au détriment du marché français où les prix des médicaments sont plafonnés par la Sécurité sociale.
     
  • Quel est le rôle de l’Agence nationale de sécurité du médicament (ANSM) ?
    Elle doit assurer au mieux, pour le territoire national, la sécurisation de l’accès des patients aux médicaments pour lesquels il n’existe pas d’alternatives thérapeutiques ou dont l’indisponibilité peut entraîner un risque de santé publique. L’ANSM est amenée à prendre différentes mesures en lien avec le laboratoire concerné comme, par exemple, le suivi rapproché des stocks, l’aide à la mise en place d’un contingentement de ceux restants, le recours à un produit comparable initialement destiné à un autre pays.
     
  • Légalement, un laboratoire peut-il suspendre du jour au lendemain la production d’un médicament ?
    Oui, mais en respectant certaines conditions prévues par la Code de la santé publique (art. L.5124-6). La cessation de production d’un produit doit être motivée selon les règles prévues à l’article L.5121-9 et respecter un préavis minimal de deux mois pour la plupart des médicaments et d’un an pour ceux considérés comme indispensables. Dès lors que l’ANSM a validé cette cessation, le laboratoire est en règle et ne peut être attaqué en justice.
     
  • Quand un médicament est en « tension approvisionnement », qu’est-ce que cela signifie ?
    Cela veut dire que la production du produit est restreinte, voire interrompue, et que les stocks sont encore disponibles, mais en quantité insuffisante pour répondre aux besoins des patients.
     
  • De plus en plus de produits sont fabriqués en Asie ou aux États-Unis. Comment sont-ils contrôlés ?
  • Quelle est la mission de l’Agence européenne du médicament (Ema) ?
    L’Ema a pour mission de veiller à la bonne qualité des médicaments que l’on souhaite commercialiser en Europe, pour préserver la santé humaine et animale. La fabrication doit obéir à une réglementation définie par la Communauté européenne. Ce n’est qu’après avoir répondu à des critères stricts que le médicament reçoit une autorisation de mise sur le marché. Toutefois l’évolution des recherches, la détection d’un défaut de qualité d’un produit, voire la nocivité d’une molécule (comme le valsartan, contre les problèmes cardiaques, produit en Chine) peuvent entraîner un retrait du marché.
     
  • Quelles sont les associations utiles ?
    France Assos Santé est une union nationale qui a une mission officielle. Elle regroupe 80 associations d’usagers et de consommateurs. Elle conseille, informe, intervient pour la défense des patients. Son siège est situé à Paris, 10 villa Bosquet, 75007.  Tél. 01  40  56  01 49.
     
  • Les pouvoirs publics ne devraient-ils pas sanctionner les laboratoires ?
    Rien n’est prévu en ce sens, mais j’estime que lorsque la responsabilité d’un laboratoire est mise en cause dans une rupture de stock, des sanctions financières lourdes devraient les frapper. C’est aussi le point de vue défendu par France Assos Santé.

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Les laboratoires ne défendent que leurs intérêts

Des ruptures de stock sont fréquentes depuis de nombreux mois, voire des années pour certains médicaments. C’est une situation à laquelle je suis moi-même confronté pour deux médicaments pour lesquels j’ai dû prendre des génériques. Ce n’est pas un manque de matières premières qui provoque ces ruptures mais, selon les pharmaciens, ce sont les laboratoires qui privilégient les exportations de leurs produits, vendus bien plus cher à l’étranger, sans plafonnement des prix, au détriment des patients résidant en France. Ce qui est proprement scandaleux et inadmissible. Je doute que le gouvernement actuel intervienne contre ces groupes financiers puissants, vu les avantages fiscaux qu’il leur octroie, alors qu’ils devraient payer de lourdes pénalités pour compenser les bénéfices réalisés grâce à ces procédés condamnables. Oui, je suis en colère contre ces laboratoires qui se moquent de notre santé et privilégient leurs propres intérêts ! Ce ne sont que des malfaiteurs, rien de plus !

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