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Vie pratique

Commissaire Vénère : Mort d’Elisa Pilarski, le chien Curtis, suspect numéro 1

Publié le 5 mars 2020

Le comportement très agressif du molosse accompagnant la jeune femme enceinte tuée dans l’Aisne interroge…

Le 16 novembre dernier, élisa Pilarski, 29 ans, se promène avec son chien dans la forêt de Retz, au sud de l’Aisne. Se sentant menacée par la présence d’autres chiens, elle appelle son compagnon. Malheureusement, lorsque celui-ci arrive sur place, il est trop tard. Il constate que sa compagne, enceinte de 6 mois d’un petit garçon, a été mordue à mort. Sur les causes de la mort, le magistrat a été formel : « Le décès a pour origine une hémorragie consécutive à plusieurs morsures de chiens aux membres supérieurs et inférieurs ainsi qu’à la tête. » Reste toujours à déterminer quels sont les chiens qui ont attaqué élisa Pilarski et à qui ils appartiennent.

Une des questions posées est de savoir si l’attaque a un lien avec une chasse à courre qui se déroulait à proximité. Ils sont donc maintenant 67 suspects à quatre pattes : les 62 chiens de la chasse à courre et cinq autres appartenant au couple que formaient la victime et Christophe Ellul. Les analyses ADN dont les résultats devraient être rendus dans quelques semaines permettront de désigner le ou les coupables. Mais depuis le drame, le comportement de Curtis, le chien du couple qu’élisa promenait ce jour-là, pose questions.

Le soir même des faits, alors que le compagnon de la jeune femme et Curtis sont à la gendarmerie, le chien mord son maître à la jambe. Dans la foulée, il est enfermé par réquisition judiciaire dans un refuge à Beauvais dans l’Oise. Là, il s’en prend violemment à une bénévole, la mordant au bras. Souvent décrit comme un american staff – conçu à l’origine pour les combats de chiens –, Curtis serait en fait issu d’un croisement entre lévrier whippet et patterdale terrier et issu d’une portée importée de Hollande. Mais il n’en posséderait pas moins toutes les caractéristiques morphologiques dont une forte carrure, une mâchoire impressionnante…

 Ce que dit la loi

  • Comment sont classés les chiens susceptibles d’être dangereux en France ?
    Il y a trois catégories de chiens prévues par la loi : chiens d’attaque, chiens de garde et de défense, autres chiens. La première catégorie concerne les chiens de « type » american staffordshire ou pitbull, mastiff ou boerboel, tosa, donc apparentés et issus de croisements ; la deuxième, les chiens de « race » american staffordshire, rottweiler (de type), tosa, donc inscrits à la Centrale canine avec un pedigree. La troisième est destinée à tous les autres chiens.
     
  • Qu’impose cette réglementation ?
    Ont le droit de détenir des chiens de première et deuxième catégories : les personnes majeures, hormis celles sous tutelle ; les personnes non condamnées à une peine d’emprisonnement avec inscription au casier judiciaire n° 2 ; les personnes qui n’ont pas été frappées d’interdiction par décision judiciaire.
     
  • Les maîtres sont-ils soumis à une formation ?
    Oui, ils doivent obtenir une attestation d’aptitude après une formation d’une journée dispensée par un formateur agréé dont la liste est disponible dans les mairies ou les préfectures.
     
  • Doivent-ils posséder un permis ?
    La possession d’un permis est obligatoire. Elle est délivrée par le maire ou par le préfet de police à Paris. Pour un chien de moins de 8 mois, le permis est provisoire et, au-delà, le permis est définitif. Le défaut de permis entraîne une amende allant jusqu’à 750 euros, la non-régularisation après mise en demeure peut entraîner trois mois de prison et 3 500 euros d’amende.
     
  • Les chiens d’attaque (catégorie 1) doivent-ils être soumis à un comportement d’évaluation ? 
    Ces chiens doivent subir un examen comportemental entre 8 et 12 mois par un vétérinaire agréé (voir en mairie, en préfecture ou en ligne). Selon le caractère du chien, l’évaluation peut ne pas être nécessaire ou au contraire nécessiter un examen tous les un, deux ou trois ans. Les conclusions du vétérinaire sont transmises au maire de la commune. Le défaut d’évaluation peut entraîner une amende 750 euros.
     
  • Ces chiens doivent-ils être stérilisés ?
    Les chiens de première catégorie doivent être stérilisés. Le défaut peut entraîner une peine de 6 mois de prison et 15 000 euros d’amende.
     
  • L’accès aux transports en commun, aux lieux publics à l’exception de la voie publique, et aux locaux ouverts au public est-il autorisé ?
    Pour les chiens de première catégorie, l’accès aux transports en commun et aux lieux publics ou ouverts au public est interdit. Pour les chiens de deuxième catégorie, ils doivent être muselés et tenus en laisse par une personne majeure.
     
  • Sur la voie publique, ces chiens doivent-ils être muselés et tenus en laisse ?
    Pour tous les lieux publics, le chien doit être tenu en laisse par une personne majeure et être muselé sous peine d’une amende de 450 euros.
     
  • Peuvent-ils stationner dans les parties communes des immeubles collectifs ?
    Oui, mais à la condition expresse d’être tenus en laisse par une personne majeure. Laisser un chien seul, même muselé, est interdit.
     

Certains maîtres dressent leur animal pour le rendre agressif

Je voudrais tordre le cou à une réputation sur les chiens « dangereux ». Ils ne le sont jamais par nature… Pour avoir fait de l’éducation canine pendant vingt ans, je peux en parler. J’ai possédé plusieurs rhodesian-ridgebacks, bien plus puissants que des american staffordshires, et ils se sont manifestés par leur comportement pacifique. Mais lorsqu’ils étaient dressés à se battre, ils pouvaient devenir de vraies « machines de guerre ». Pour certains chiens, notamment les molossoïdes, le maître doit être capable de dominer sa bête, sinon, oui il risque d’être soumis à l’instinct du chien qui, ne l’oublions pas, reste un prédateur. Selon les statistiques, les chiens mordant le plus sont les labradors et les golden retrievers, alors qu’il ne faut aucune autorisation de détention… Enfin, pour ce qui concerne les chiens de la chasse à courre en forêt de Retz, j’ai entendu à la radio que la chasse n’avait démarré qu’à 13 h 45, alors que la victime aurait été attaquée entre 13 heures et 13 h 30 selon l’autopsie. Il serait donc prématuré de faire un procès d’intention.

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