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Vie pratique

Commissaire Vénère : Nordahl Lelandais, Michel Fourniret, Jacques Rançon : la série noire

Publié le 14 avril 2018

Avec les progrès de la génétique, ces tueurs, confondus par des preuves scientifiques, 
n’ont plus d’autre choix que d’avouer. Le commissaire Vénère nous donne de plus amples explications.

Ce sont trois affaires particulièrement sensibles qui nous mettent face à une réalité bien sombre : celles des tueurs en série, êtres diaboliques qui nous terrorisent tous.

Il y a tout d’abord Michel Fourniret, 75 ans, déjà condamné pour sept meurtres. Celui que l’on surnomme « le monstre des Ardennes » a avoué, il y a un mois, avoir tué deux femmes au début des années 90, la Britannique Joanna Parrish et la Française Marie-Angèle Domece.

Aujourd’hui, il affirme être lié à la disparition de la petite Estelle Moulin en 2003, même si ses déclarations devant le juge restent floues et alambiquées.

Il y a ensuite Nordahl Lelandais. S’il est encore trop tôt pour le qualifier de serial killer – bien qu’il ait reconnu le meurtre de la petite Maëlys, en août dernier, il n’a pas été condamné –, il est aussi mis en examen dans la disparition d’Arthur Noyer, militaire qui a disparu en avril 2017 à Chambéry.

Des ossements ont été retrouvés et sont en cours d’identification. La justice enquête sur d’autres disparitions dans lesquelles l’ancien maître-chien pourrait être impliqué.

Frisson

Quant à Jacques Rançon, ses révélations lors de son procès devant la cour d’assises des Pyrénées-Orientales, dans le cadre de l’affaire des disparues de la gare de Perpignan qui a défrayé la chronique de 1995 à 2001, donnent le frisson.

Le plus incroyable, c’est que ces trois dangereux criminels soient restés en liberté de longues années, sans jamais être inquiétés, sans que leur entourage se doute de quoi que ce soit…

Six questions sur les tueurs en série

 • À partir de combien de victimes peut-on parler de tueur en série ?
Dès lors qu’au moins deux homicides sans lien entre eux sont commis et que l’enquête permet de les attribuer à un même criminel, on se trouve face à un tueur en série. La plupart du temps, hélas, il ne se limite pas à deux victimes, et les crimes peuvent s’étaler sur un laps de temps très long.

• Existe-t-il des traits de personnalité propres à ces criminels ?
Les études criminologiques portent sur les individus après leur arrestation, mais ne permettent pas de les identifier avant. Elles définissent certains traits communs à presque tous les sujets : ils recherchent un pouvoir absolu sur leur victime, sont manipulateurs, savent séduire, se montrent agréables envers leur entourage, ont souvent une addiction (drogue, alcool, médicaments), n’éprouvent aucun remords et sont totalement amoraux.

• Leur mode opératoire est-il toujours identique ?
En général, les tueurs en série ont des cibles qui leur sont propres. Certains vont s’en prendre à des victimes présentant toutes les mêmes caractéristiques physiques, les mêmes activités, les mêmes habitudes. Leur approche ne prend pas toujours un caractère violent. Parfois, ils font connaissance avec leur future proie pour la mettre en confiance et ne l’attirent dans un piège que bien plus tard. Mais certains sont animés par le seul désir de tuer, sans chercher un profil particulier. En ce cas, c’est l’opportunité qui entraîne le passage à l’acte.

• Ces criminels sont-ils tous des maniaques sexuels ?
Dans leur grande majorité oui, sans faire de distinction entre adulte ou enfant. La plupart du temps ces agressions sexuelles se soldent par la mort de leur victime, car ils ne veulent pas être identifiés. Cependant, il y a aussi des prédateurs sexuels qui assouvissent seulement leur vice, sans pour autant tuer. Ils s’arrangent pour ne pas être reconnaissables et prennent la fuite une fois leur forfait commis.

• Quels sont les progrès de la police technique et scientifique ?
Deux fichiers majeurs sont devenus les bases de données référence : le Faed (Fichier automatisé des empreintes digitales, créé en 1987) et le Fnaeg (Fichier national automatisé des empreintes génétiques, créé en 1998). Tous les prélèvements biologiques reçoivent un codage qui renvoie à des individus connus ou sont mis en mémoire en attente d’identification. Aujourd’hui, pratiquement tous les prélèvements biologiques, organiques, structurels ou olfactifs sont analysables.

A ces techniques, il faut ajouter les résultats de la balistique, qui relève toutes les caractéristiques, l’analyse de tous les supports numériques, sans oublier la téléphonie qui fournit une géolocalisation précise des suspects.

• Quelle est la peine maximale encourue en France ?
C’est la réclusion criminelle à perpétuité. Elle est très souvent assortie d’une période de sûreté (temps pendant lequel le condamné ne peut pas espérer de libération) qui peut aller jusqu’à trente ans. Une fois cette période accomplie, le condamné peut demander une libération conditionnelle. Il faut aussi savoir que si un criminel a commis plusieurs meurtres, il n’est puni que sur la base de l’infraction la plus grave, selon le principe de la règle du non-cumul des peines.

Fourniret a été condamné sept fois à la perpétuité, mais peut être libérable au bout de trente ans de réclusion. Ce principe s’applique à toutes les infractions délictuelles et criminelles, pas aux contraventions qui, elles, se cumulent.

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Les serial killers ont une “signature”

En apparence, ces criminels ne se distinguent en rien d’un individu normal. Ce qui rend la tâche des policiers d’autant plus complexe. Face à un meurtrier en série, ils repèrent la plupart du temps sa « signature » (son mode opératoire), mais cela ne leur permet pas pour autant de l’identifier. Et lorsqu’on ne retrouve pas de corps, on ne peut qu’enquêter sur une disparition et non sur un meurtre. Trop souvent dans ce cas de figure, on ne parvient pas à trouver l’auteur de ces atrocités. J’ai travaillé sur les trois premiers assassinats de l’affaire Thierry Paulin. Son mode opératoire était toujours le même, mais nous avons mis quatre ans avant de le coincer, faute de disposer, à l’époque, d’un fichier national des empreintes digitales, ce qui aurait permis d’éviter de nombreux meurtres.

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