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Commissaire Vénère : La délinquance explose à Paris, Lyon, Marseille

Publié le 30 janvier 2020

Agressions, vols, jamais la criminalité n’a été aussi grande dans les trois plus grandes villes de France. Une situation préoccupante…

C’est une triste réalité qui en dit long sur le climat d’insécurité régnant à Paris, à Lyon et à Marseille. Selon Le Figaro, qui vient de publier ces chiffres, il convient même de parler d’un « emballement de la délinquance de masse ». 

Dans la capitale, les vols sans violence ont augmenté de 15,7 % depuis le 1er janvier 2019, passant de 124 875 à 144 552 faits. Plus de 430 vols par jour, sous toutes les formes, du vol à l’étalage au vol sur les chantiers, en passant par les vols simples contre des particuliers ou des établissements publics ou privés. Parmi ces délits de masse, les « vols à la tire » – tous ces petits larcins qui dégradent le climat sur la voie publique et plus dans les transports en commun, du vol de mobile au vol de portefeuille – ont augmenté en onze mois de plus de 35 %, passant de 23 309 à 31 505 infractions recensées.  

Les cambriolages ? Même constat avec 5,5 % de hausse sur les onze premiers mois, après 14,4 % sur toute l’année 2018. Les faits enregistrés à Paris intra-muros sont ainsi passés en onze mois de 15 810 à 16 679. 

Les atteintes volontaires à l’intégrité physique ont augmenté de plus de 9 % depuis janvier 2019, pour dépasser le seuil des 40 000 faits en onze mois, soit 120 agressions et tentatives, de toute nature, chaque jour en moyenne, rien qu’à Paris intra-muros… À Lyon, c’est tout aussi dramatique avec l’épineux problème des rixes entre bandes, tout comme à Marseille, où c’est carrément une guerre des gangs entre dealers que la police doit quotidiennement affronter… Sans parler des incivilités qui, dans les grands centres urbains, peuvent dégénérer à tout moment dans la violence. Un bilan catastrophique qui dit l’urgence de la situation si l’on ne veut pas voir nos villes transformées en jungle…

Stop au laxisme

  • Que peut-on faire contre l’émergence inquiétante de la délinquance dans les centres urbains ? 
    D’une part, cesser de considérer le recrutement de forces de police ou de gendarmerie comme une charge financière. Un service public n’est pas rentable, chacun le sait. D’autre part, mettre une présence massive d’effectifs dans les secteurs sensibles et une action sans indulgence.
     
  • Les atteintes à la personne et les violences gratuites sont-elles suffisamment réprimées ? 
    Non, bien évidemment. Les magistrats restent toujours très, très en deçà de ce que leur autorise le Code pénal. Les peines qu’ils prononcent ne sont pas du tout dissuasives. Ce sont des permis de continuer…
     
  • Comment expliquez-vous ces incivilités qui finissent dans la violence ? 
    Des incivilités qui finissent parfois en drames, car on n’hésite plus à sortir des armes pour une simple altercation, comme cette automobiliste irascible qui a poignardé deux jeunes filles qui traversaient la chaussée trop lentement à son goût.
     
  • Ne faut-il pas demander un durcissement pénal pour les coups et blessures à la personne ? 
    Notre Code pénal est très sévère « sur le papier ». Les juges pourraient l’utiliser, mais ils ne le font pas. Trop de gens ignorent la portée de nos textes et pensent que la loi n’est pas sévère, mais ce n’est pas le cas.
     
  • Comment faire, alors que les prisons débordent, pour punir tous ces délinquants ?
    Je ne suis pas laxiste, mais un nombre assez conséquent de détenus « provisoires » – donc non jugés – pourraient être remis dehors sous contrôle judiciaire, car leur détention ne s’impose pas. Ensuite, les cas de détenus condamnés, auteurs d’infractions mineures, non violentes, pourraient faire l’objet d’un aménagement. Enfin, il faut revoir une augmentation sensible des places de prison en centres fermés, mais aussi en centres ouverts pour les détenus accessibles à ce type de détention.
     
  • Ne faudrait-il pas durcir les conditions d’enfermement afin que les délinquants comprennent qu’ils ne sont pas intouchables ?
    Pour les auteurs de crimes ou délits violents, il faut prévoir un régime ultradisciplinaire. Les autres détenus vivent déjà dans des conditions très difficiles, et c’est là que la politique immobilière et pénale doit véritablement s’impliquer.
     
  • Comment peut-on accepter que certains auteurs de viols ou les auteurs de blessures graves s’en sortent avec un simple bracelet électronique, quitte à recroiser leurs victimes ?
  • Le recours au port du bracelet n’incite-t-il pas les délinquants à continuer ? 
    Je m’insurge souvent contre ces mesures où les magistrats font preuve d’un laxisme exaspérant, alors que des auteurs pour des infractions en col blanc éprouvent toutes les rigueurs de la détention. Il n’y a aucune logique, mais chaque décision est le bon vouloir d’un juge, selon ses convictions, voire ses engagements politiques. Le bracelet, pour un délinquant violent, est un cataplasme sur une jambe de bois.

Les pouvoirs publics ont laissé prospérer la délinquance

Voilà le résultat d’une suite de démissions de nos gouvernements successifs, que je dénonçais lorsque j’étais en activité. Dans les années 80 et 90, j’avais déjà publié un dossier sur le sujet, intitulé : « Dans dix ans, la France deviendra Chicago ». Nous y sommes enfin parvenus ! Les pouvoirs publics ont laissé croître et prospérer les zones de non-droit. Ces mêmes autorités ont refusé de faire preuve, depuis une trentaine d’années, de fermeté envers les délinquants afin d’acheter la paix sociale, en toute connaissance de cause, alors qu’il aurait fallu leur déclarer une guerre sans merci. 

Alors, il n’y a pas de quoi s’étonner : faute de la présence du pouvoir d’État, c’est le pouvoir des gangs qui s’y est substitué. Et il n’y a que les citoyens pour s’en émouvoir. Ils affaiblissent de jour en jour le pouvoir de la police, voire la combattent passivement, par lâcheté. Les magistrats leur emboîtent le pas ; les prisons sont sur le point d’exploser, faute pour l’État d’avoir refusé de planifier une vraie politique immobilière pénitentiaire. Un tableau catastrophique… 

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