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Commissaire Vénère : Passages à niveau, le danger à grande vitesse

Publié le 7 septembre 2019

Après la collision mortelle entre une voiture et un train dans la Marne, des mesures de sécurisation s’imposent.

Il est 9 h 54 ce lundi 15 juillet lorsque le train qui relie Épernay (Marne) à Reims traverse la commune d’Avenay-Val-d’Or. Le TER circule à 118 km/h – sur une portion limitée à 120 km/h – lorsque le conducteur aperçoit une Nissan X-Trail au milieu du passage à niveau. Il actionne alors le freinage d’urgence, mais il est déjà trop tard, le train ne peut stopper que 400 mètres plus loin. Le choc est d’une telle violence que le véhicule est traîné sur plus de 50 mètres.

Le bilan de cette effroyable tragédie est très lourd : une femme et trois enfants sont tués sur le coup. Marie-Hélène, une assistante maternelle de 37 ans et sa propre fille âgée de 11 ans ont été broyés à l’intérieur de l’habitacle et les deux autres petites victimes de 1 et 3 ans – dont la conductrice avait la charge – ont été éjectées lors de la collision. L’automobiliste a-t-elle consciemment franchi le passage, alors que le signal lui indiquait de s’arrêter ou ne l’a-t-elle pas vu ? Ou bien y a-t-il eu un dysfonctionnement du système de barrière comme semble le pointer les premiers témoignages de l’enquête ?

D’ores et déjà, la polémique enfle. Il est vrai que les passages à niveau en France ont fait l’objet de plusieurs plans de sécurisation depuis 1997, dont le dernier date de 2019. Mais à ce jour, 155 passages à niveau – sur les 15 000 que compte l’Hexagone – sont encore classés prioritaires pour être sécurisés. Un chiffre qui fait froid dans le dos.

Code de la route et infrastructures

  • Que dit le Code de la route au sujet des passages à niveau ?
    L’obligation d’un arrêt systématique avant de s’engager n’existe pas en France, mais selon l’article R422-3 du Code de la route, la priorité absolue est donnée au chemin de fer. Ceci vaut pour un passage à niveau non protégé. Lorsque la signalisation est au rouge clignotant, l’arrêt est obligatoire.
     
  • Quelles amendes encourent ceux qui passent au feu clignotant ?
    Le feu rouge clignotant, prescrit un arrêt absolu de l’automobiliste, tout comme le rouge fixe à un carrefour. Enfreindre cette règle expose le contrevenant à une contravention de quatrième classe (750 euros), une suspension du permis de conduite allant jusqu’à trois ans et au retrait de quatre points. Quatre-vingts radars de passage à niveau ont été installés, ce qui est nettement insuffisant.
     
  • Quelles sont les règles de sécurité à respecter ?
    La première est de respecter la signalisation en place, et ce de manière absolue. Ensuite, même si aucune barrière ne s’abaisse, il convient de réduire sa vitesse, de regarder à gauche et à droite de la voie ou des voies ferrées, pour s’assurer qu’aucun train n’est à l’approche. Enfin, être sûr de pouvoir franchir le passage à niveau sans être immobilisé sur les rails, donc en cas de trafic intense, respecter une distance de sécurité pour être en mesure de passer librement.
     
  • Quel est le nombre d’accidents mortels aux passages à niveau ?
    Les accidents ont provoqué 16 décès en 2018, contre 42 en 2017 et 31 en 2016. Le nombre de collisions a également baissé entre 2017 et 2018, passant de 122 à 96. Il y a donc un très net recul, preuve que les automobilistes sont plus vigilants ou respectueux du Code de la route. Sans oublier les efforts de la SNCF pour sécuriser ses passages à niveau.
     
  • A quoi sont dus ces accidents ?
    Très souvent à une erreur humaine, volontaire ou non. Il y a aussi le dysfonctionnement des barrières qui ne s’abaissent pas en temps voulu ou pas du tout, et c’est le matériel qui est alors en cause. Et puis aussi, la panne subite sur une voie où un véhicule est immobilisé. Il y a également des piétons imprudents qui pensent pouvoir traverser avant l’arrivée du train !
     
  • Quels sont les différents plans de sécurisation effectués ces dernières années ?
    Certaines bonnes initiatives ont été prises comme les radars qui alertent les conducteurs de train de la présence d’une voiture sur les voies. Mais aussi des mesures simples, comme l’indication des passages à niveau dans les GPS, ou la suppression de panneaux publicitaires qui pourraient gêner la visibilité.
     
  • Faut-il, selon vous, supprimer des passages à niveau ?
  • Si oui, quelles sont les solutions ?
    A mon sens, cela ne peut être envisagé pour tous, car il en coûterait 135 milliards d’euros à la SNCF. Il y a trois façons de supprimer un passage à niveau : mettre la route en impasse, la dévier vers un pont ou un tunnel existant ou en créer un au-dessus ou en dessous des voies ferrées.

De nombreux passages à niveau classés prioritaires doivent d’urgence être sécurisés

Il est toujours difficile de se prononcer lorsqu’un tel accident se produit sans avoir plus d’éléments concernant l’enquête. Sur une photo de presse,
on voit une barrière enfoncée ce qui laisserait envisager qu’il y a eu une faute humaine, mais il est bien trop tôt pour avoir un avis. Ce qui est inquiétant, c’est que plusieurs dysfonctionnements ont été constatés sur des passages à niveau – vétusté, chaleur, vandalisme – et une étude s’impose pour que les automobilistes soient mieux prévenus de la fermeture des barrières et de l’approche d’un train. Reste que certains conducteurs forcent le passage lorsque les barrières commencent à s’abaisser, ce qui est d’une stupidité incommensurable. Perdre 45 secondes ou une minute, risquer sa vie en provoquant un grave accident n’est pas justifiable. Il reste que les passages à niveau classés prioritaires et non encore sécurisés doivent faire l’objet d’une signalétique très lisible et pas juste des demi-barrières qui s’abaissent sur une chaussée. L’ensemble des voies de circulation doit être neutralisé.

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