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Commissaire Vénère : Quand les incivilités au volant dégénèrent…

Publié le 27 juin 2019

Après une dispute, un chauffeur de bus a écrasé un automobiliste dans le VIIe arrondissement de Paris. Un drame qui en dit long sur le climat de haine qui règne au sein de la circulation.

La scène, terrible, s’est déroulée le 28 mai dernier quai Voltaire (VIIe arrondissement de Paris), sur la rive gauche qui fait face au Louvre. Ce mardi après-midi, le trafic est dense dans cette zone du centre de la capitale. Tout commence par une légère collision entre une voiture et un bus à deux étages rempli de touristes qui se trouve derrière, sur le quai embouteillé.

L’automobiliste, furieux d’avoir été percuté, sort de sa voiture et va au-devant du chauffeur du car pour lui signaler qu’il l’avait embouti.

Mais la situation se tend très vite. Sous l’œil médusé des passagers qui avaient pris place à bord de ce bus à impériale pour visiter Paris, les deux hommes en viennent aux mains. Puis soudain, alors que l’automobiliste se trouve encore sur la chaussée, le chauffeur redémarre et l’écrase contre un autre bus. La victime, 55 ans, est décédée sur le coup. Le conducteur du car, âgé de 46 ans, a quant à lui été interpellé pour « homicide volontaire ».

Il s’agit là bien sûr d’un cas extrême mais qui reflète bien le climat de tension qui règne sur les routes. Énervements, coups de Klaxon, insultes y sont devenus le lot quotidien.

Une enquête de Vinci Autoroutes de 2018 indique d’ailleurs que celles-ci ne cessent d’augmenter. 59 % (soit 6 % de plus qu’en 2017) des Français avouent klaxonner dès qu’ils sont agacés par une situation. Les plus énervés de ces usagers de la route, au nombre de 16 % (soit 2 % de plus qu’en 2017), n’hésitent d’ailleurs pas à descendre de leur véhicule pour « s’expliquer »…

Conseils de prudence et législation

  • Comment réagir face aux incivilités au volant ?
    Il est recommandé de ne pas relever la provocation, car certains individus, quand ils prennent le volant, deviennent de vrais malades. Et même si un automobiliste très énervé descend de la voiture, pour en découdre, il ne faut absolument pas en faire autant, car la confrontation physique devient inéluctable. Le plus faible risquera des dommages corporels (voire pire). Le plus fort, lui, s’exposera à des ennuis judiciaires. Le mieux consiste à verrouiller les portières, ne pas répondre et reprendre sa route lorsque le trafic se dégage. Si besoin est, on note le numéro minéralogique de sa voiture pour une éventuelle suite judiciaire (en cas de dégradations volontaires notamment).
     
  • Quels sont les objets autorisés dans sa voiture pour se défendre ?
    En fait, peu de chose, car si toutes les armes par nature (ex-6e catégorie, classées D-2, telles que taser, matraques, couteaux, sabres, machettes), sont d’acquisition et de détention libres, en revanche, leur port demeure interdit. Détenir l’un de ces instruments dans une voiture est assimilé à un port d’arme, donc passible d’un an de prison et de 15 000 € d’amende pour une personne seule, et de deux ans de prison et 30 000 € d’amende au-delà.
     
  • Quid de la bombe lacrymogène ?
    On ne peut acquérir librement que des bombes lacrymogènes de 25, 50, 75 et 100 ml (classées armes D-2) et à condition d’être majeur. Elles doivent contenir moins de 2 % de CS (gaz lacrymogène) et avoir un débit instantané de valve de moins de 60 g/s. Au-delà de 100 ml, il faut une autorisation d’acquisition et de détention. Si l’on utilise une bombe lacrymogène, ce n’est que pour se défendre d’une agression injuste, justifiant la légitime défense. Chaque situation est examinée au cas par cas. S’il y a des témoins des faits, il est important de les faire entendre par les policiers.
     
  • Certains automobilistes ont à bord une batte de baseball au cas où. Est-ce légal ?
    Pas du tout. La loi considère cet instrument comme une arme par destination dont le port est rigoureusement interdit à titre défensif. On peut en revanche transporter une batte, ou plusieurs, si l’on pratique le baseball, et qu’elle n’est pas à portée de main, mais rangée dans le coffre avec les autres accessoires nécessaires à ce sport. Une batte seule, dépourvue de ces éléments, est source d’ennuis.
     
  • De quelles sanctions sont passibles les insultes ?
  • Les injures ?
  • Les menaces de mort ?
    Les insultes en général (que l’on appelle aussi noms d’oiseaux), les injures, qui s’adressent surtout à la dignité d’un individu, ou les menaces de mort non réitérées sont des contraventions relevant du tribunal de police. Encore faut-il que l’on puisse en établir la réalité par un enregistrement ou un témoignage avant de déposer plainte…

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Des violences routières liées
aux difficultés du trafic

Les embouteillages, notamment dans Paris, ont pris une ampleur considérable, du fait surtout d’une politique urbaine irresponsable menée par la municipalité. Le corollaire est un accroissement des bouchons et des automobilistes exaspérés par cette perte de temps. Or, la colère peut induire chez certains des comportements qu’ils n’auraient pas en d’autres circonstances. Pour ma part, je ne vais plus à Paris, sauf lorsque cela m’est indispensable. Mais, les – très – rares fois où j’ai été contraint de m’y rendre, j’ai ressenti une réelle tension : usage intempestif du Klaxon, coups d’accélérateur, dépassements hasardeux… Or, le malheur veut qu’il y ait parfois des drames. Il est pourtant nécessaire de garder son sang-froid au volant. Il m’est arrivé d’avoir à interpeller un automobiliste irascible qui avait eu un différend avec un autre conducteur. Après vérification au service, cet homme un peu âgé a été relâché. Une fois chez lui, il a fait un malaise cardiaque et, dans les heures qui ont suivi, j’ai eu sur le dos son avocat qui arguait de violences policières. J’ai recommandé à cet avocat de prescrire à son client de ne plus conduire, pour lui éviter de reproduire un comportement violent au volant et… de tels malaises.

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