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Commissaire Vénère : Quand prendre le train est devenu dangereux

Publié le 2 janvier 2020

Incivilités, atteintes à la personne et agressions, les transports en commun et les gares sont désormais pour la majorité des usagers des zones à risques particulièrement anxiogènes.

Rien ne va plus dans les transports : les usagers, qui doivent déjà affronter les retards et les grèves, ne s’y sentent plus du tout en sécurité. En un an, les incivilités et atteintes à la personne ont explosé, rendant les trajets anxiogènes. Le Figaro publiait le 22 novembre dernier à ce propos un document exclusif très alarmant sur Paris et en Île-de-France.

Un état des lieux édifiant réalisé à partir de l’enquête « Sentiment d’insécurité dans les transports collectifs 2019 » mené auprès d’usagers pour l’Institut Paris Région et Île-de-France Mobilités. En tête du palmarès des gares les plus dangereuses de la capitale, juste devant celles de Saint-Lazare et de Lyon : la gare du Nord. Ce grand carrefour où se rencontrent des lignes ferroviaires franciliennes, nationales et européennes, accueille plus de 500 000 voyageurs par jour.

Avec ses 1 565 signalements de « peur » générés par une situation à risque aux brigades de surveillance sur le terrain au cours de l’année 2019, elle fait pâle figure face à sa rivale londonienne Saint-Pancras alors que l’Eurostar fêtait ses 25 ans le 14 novembre dernier !

Au test de la comparaison, il n’y a pas photo entre ces deux stations de la ligne Londres-Paris. À Saint-Pancras, après avoir quitté deux heures plus tôt la jungle de la gare du Nord, on arrive dans un autre monde, où les prestigieuses enseignes du shopping britannique rivalisent de luxe dans une galerie commerciale à l’ambiance des plus tranquilles. Les Anglais ont mis le paquet question sécurité avec un système de vidéosurveillance très sophistiquée et des policiers en civil en immersion.

Il n’y a pas qu’à Paris qu’il ne fait plus bon prendre les transports. À Marseille, à la gare Saint-Charles, c’est tout aussi tendu, comme dans celles de Toulouse, de Vannes, ou encore de Laval, Lyon… Un constat catastrophique à quelques semaines du rush des vacances de Noël.
 

Ce que disent les textes

  • La SNCF a sa police interne, la SUGE (la Surveillance générale) mais ses effectifs sont notoirement insuffisants. Pourquoi ?
    La Surveillance générale est composée d’agents privés. En nombre trop faible, ils ne sont en outre pas dotés de pouvoirs judiciaires. La politique de la SNCF visant à réduire la masse salariale conduit à ce résultat.
     
  • La RATP possède sa brigade interne pour assurer la sécurité mais elle semble inefficace. Pourquoi ?
    Les agents de sécurité de RATP souffrent de la même problématique qu’à la SNCF. Le petit nombre d’agents assermentés et des effectifs trop restreints rendent leur présence inefficace. Tant que l’État et ces structures de transport ne voudront pas adopter une politique sécuritaire, rien ne sera amélioré.
     
  • La brigade « antifrotteurs » du réseau francilien semble tout autant débordée… Pour quelles raisons ?
    Il faudrait un nombre considérable d’agents dans chaque rame pour qu’elle soit efficace et alléger les procédures de poursuite : chaque personne interpellée immobilise une équipe en attente des services de police. Et la répression est quasi inexistante.
     
  • Ne faudrait-il pas amplifier la vidéosurveillance ?
    Oui. L’ensemble des lieux devrait être couvert par des caméras afin de les surveiller et d’intervenir sans délai. Nous en sommes loin.
     
  • Ne faudrait-il pas adopter la tolérance zéro à l’image de la police anglaise à Saint-Pancras ?
    La tolérance zéro instaurée en Angleterre, s’appuie sur des tribunaux locaux qui délivrent une réponse pénale rapide. Les autorités sur place sont les maîtres d’œuvre de la sécurité dans les gares et les services de police collaborent avec des sociétés de sécurité privées. Au contraire de la France où les municipalités s’en remettent aux autorités de police. Quant à la tolérance zéro, elle y demeure illusoire.
     
  • Est-ce qu’il ne faut pas mettre davantage d’effectifs en immersion ?
    Oui, mais on se heurte à un refus d’engagement de crédits suffisants. Et malheureusement, les rares policiers ne peuvent se démultiplier et ont besoin d’un renfort d’effectifs.
     
  • Quelles seraient les solutions pour que les voyageurs se sentent en sécurité ?
  • Quels sont les numéros d’urgence de la RATP et de la SNCF ?
    Améliorer les services de police dans les gares et dans les rames. Un relais judiciaire sans tolérance doit prolonger l’action des effectifs du terrain. Les numéros d’appel d’urgence RATP OU SNCF sont le 3717 ou le 37 17 7 – appel gratuit ou par SMS – ces lignes sont actives 7 jours sur 7 et 24 heures sur 24 sur tout le réseau ferré national.
     
  • Quand est-il du PC sécurité, sous l’autorité du préfet de police, visant à une meilleure efficacité sur le terrain, voulu par Valérie Pécresse, la présidente de la région Île-de-France ? 
    C’est un vœu qui peut être réalisé. Un ­commandement unique est toujours préférable à plusieurs unités indépendantes. Mais la vraie solution passe par une possibilité d’intervention rapide, ce qui induit de disposer des effectifs suffisants : la région Île-de-France devrait mettre la main à la poche.
     

Un manque dramatique de moyens

Ce n’est pas faute pour les services de police d’avoir tiré la sonnette d’alarme depuis de nombreuses années sur la situation de nos gares. On a certes créé au sein de la police nationale des services pour les chemins de fer, mais sans les doter de moyens. On s’est borné à « déshabiller d’autres services » pour créer ces nouvelles unités. Rien à voir avec nos homologues anglais ou allemands.

Ce ne sont pas quelques patrouilles de trois malheureux policiers qui peuvent régler les problèmes de sécurité dans des lieux aussi vastes. Ce sont des centaines d’agents qui seraient nécessaires avec une permanence sur site. Ces gares sont devenues de vraies cours des miracles où y passer en journée est assez risqué et encore plus en soirée ou même la nuit et qui servent de lieu de regroupement d’une faune hétéroclite, qui s’avère parfois dangereuse. Sans compter que la répression des incivilités est inexistante, ce qui explique la situation que l’on connaît aujourd’hui.

La solution passe par une éviction systématique de tous ces indésirables et par l’implantation d’effectifs nombreux et permanents, ce qui éviterait le retour de ces sinistres personnages une fois les policiers disparus.

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