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Vie pratique

Commissaire Vénère : Quand respirer nuit à la santé

Publié le 15 avril 2019

Monoxyde de carbone, particules fines, dioxyde de soufre, oxyde d’azote, ozone… : l’air de nos grandes villes est devenu une menace sanitaire. Et les zones rurales ne sont pas mieux loties.

Au secours ! En France, l’atmosphère n’a jamais été aussi polluée ! À Paris, on atteint même des sommets. Alors que le ministère de l’Environnement ne cesse de clamer que la qualité de l’air de la capitale s’améliore doucement mais sûrement, des mesures relevées récemment indiquent des taux très élevés. L’explication est simple.

Les particules fines et ultrafines, réputées comme étant les plus dangereuses, ne sont pas prises en compte dans ces calculs. Ces ennemis minuscules ne concernent pas que l’Île-de-France. À Marseille, l’air est plus pollué que dans la capitale. À la campagne, la situation n’est guère plus enviable. Et vivre près d’une installation de stockage des déchets non dangereux (ISDND), en d’autres termes une déchetterie, n’est pas sans risques.

Dans certaines régions, les sites d’enfouissement des ordures ménagères n’en finissent plus d’incommoder les riverains tant l’odeur est insoutenable. Sans compter les émanations de biogaz issues du processus de dégradation biologique, considérées comme cancérigènes. Et que dire de ceux qui résident ou travaillent dans des zones exposées aux pesticides… Là aussi les risques sanitaires sont alarmants.

Quand on sait que chaque année, près de 100 000 tonnes de pesticides classés dangereux ou potentiellement dangereux sont utilisées en France, avec un impact direct sur la santé, cela fait froid dans le dos…

Ce que dit la réglementation

  • Quelles sont les normes françaises qui régissent la qualité de l’air ?
  • Sont-elles différentes des réglementations européennes ?
    La France se conforme aux normes européennes et à celles de l’OMS. Pour les particules d’un diamètre inférieur à 10 micromètres (PM10), le seuil recherché est de 30 µg (microgrammes)/m3. Des recommandations sont émises à partir de 50 µg/m3. Le seuil d’alerte est de 80 µg/m3. Pour les particules très fines PM2,5 (moins de 2,5 micromètres de diamètre), le seuil de qualité est de 10 µg/m3 à 20 µg/m3.
    Celui d’alerte est de 25 µg/m3.
     
  • Quel est l’organisme chargé d’évaluer la qualité de l’air en Île-de-France ?
  • Quelles sont ses méthodes de surveillance ?
    Airparif est chargé de la surveillance de la qualité de l’air. Il dispose de 70 stations de mesure, dont 50 permanentes, installées sur un rayon de 100 km autour de Paris. Les stations permanentes font des mesures de fond (éloignées des voies de circulation) et de proximité (proches des axes du trafic). Elles permettent de calcul de moyennes annuelles. Les semi-permanentes renforcent ce dispositif en recourant à des tubes chimiques qui effectuent une mesure limitée dans le temps.
     
  • À partir de quel seuil des décisions de restriction de circulation sont-elles prises ?
    Des mesures de restriction doivent être prises impérativement dès que le seuil d’alerte des particules PM 10 atteint 80 µg sur une période de plus de 24 heures. Quatre polluants sont pris en considération : dioxyde de soufre, ozone, dioxyde d’azote et particules PM10. Or, on ne calcule pas les taux de particules PM2,5, qui sont pourtant les plus nocives…
     
  • Pourquoi le ministère de la Transition écologique ne mesure-t-il pas ces particules ultrafines ?
    La France, tout comme le reste de l’Union européenne, applique des seuils bien trop souples sur les polluants. Sans quoi, au lieu d’avoir des pics de pollution quelques jours par an, on pourrait se trouver presque en permanence à un seuil d’alerte, tout au long de l’année. Les restrictions de circulation finiraient par avoir un impact trop important sur la vie des citoyens. C’est du moins ma propre interprétation.
     
  •  Les riverains peuvent-ils s’opposer à l’installation d’une déchetterie près de chez eux ?
  • Si oui, comment faire ?
  • Comment faire fermer les plus polluantes ?
    L’implantation d’une déchetterie ou d’une décharge de déchets non dangereux fait toujours l’objet d’une enquête publique. Il faut donc aller à la mairie pour formaliser son opposition à un tel projet. Si, malgré une opposition caractérisée, un arrêté autorise une telle installation, il faut agir dans le délai de deux mois après sa publication auprès du tribunal administratif pour demander l’annulation dudit arrêté.
     
  • Que dit le ministère de l’Agriculture au sujet des pesticides ?
    Le glyphosate, qui devait disparaître en 2021, sera encore utilisé un « certain temps » après cette date. Le discours sur l’usage des pesticides reste flou et le gouvernement ne semble pas vouloir prendre de décision ferme et définitive. Depuis le 1er janvier 2019, les produits phytopharmaceutiques « de synthèse chimique » sont pourtant interdits aux utilisateurs non professionnels.

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Les autorités doivent se pencher d’urgence
sur le problème de la pollution atmosphérique

Dans ce domaine, comme bon nombre de citoyens, je m’en remets à ce que nous disent les autorités ou, du moins, à ce qu’elles veulent nous faire croire. Le problème est que les informations sont souvent contradictoires. On incrimine les véhicules diesel et c’est à peu près tout. Que faut-il penser des autres sources de pollution, comme les chauffages d’immeubles fonctionnant avec un fioul moins raffiné que celui des voitures ? Les livraisons en zones urbaines sont faites par des poids lourds, ce qui n’améliore pas la qualité de l’air. La pollution émanant des sites industriels est-elle négligeable ? Je ne le pense pas. Ce problème est tout à fait sérieux et j’aimerais que l’on puisse en définir la nature exacte, les origines et les moyens d’y remédier, tout en évitant de recourir aux taxes et des amendes qui n’améliorent pas vraiment la situation.

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