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Commissaire Vénère : Quand voyager rime avec danger

Publié le 13 juin 2019

La tragique libération des otages enlevés au Bénin met en lumière les risques encourus par les touristes.

Trois semaines après leur enlèvement au nord du Bénin qui a coûté la vie à leur guide, ainsi qu’à deux militaires français lors de leur libération, la polémique autour des risques pris par Patrick Picque et Laurent Lassimouillas n’est pas tout à fait retombée. Une interrogation demeure : les ex-otages se trouvaient-ils dans une zone déconseillée aux touristes par les services diplomatiques français lors de leur enlèvement ? Pour Jean-Yves Le Drian, comme le précise le journal CNews, cela ne fait aucun doute : selon le ministre des Affaires étrangères, Patrick Picque et Laurent Lassimouillas « ont pris des risques majeurs ». Au moment de leur enlèvement, les deux Français effectuaient un safari dans le parc national de la Pendjari, très célèbre sanctuaire de la faune sauvage d’Afrique de l’Ouest, situé au nord du Bénin, aux frontières du Togo, du Burkina Faso et du Niger.

Mais d’après le site Internet du Quai d’Orsay, le secteur où se trouvaient les deux touristes n’était pas totalement classé en zone rouge au moment de leur voyage. Une partie du parc était classée en zone jaune, c’est-à-dire en vigilance renforcée, un niveau sécuritaire qui n’interdit pas aux visiteurs de se rendre dans le secteur. Néanmoins, les deux otages ne s’en sont visiblement pas tenus à ce seul coin du parc puisque leur véhicule, vide, a été retrouvé, lui, en « zone rouge »…

 La prudence est de mise

  • Où trouver les renseignements concernant les destinations déconseillées ?
    Il faut consulter le site Conseils aux voyageurs. Le ministère des Affaires étrangères publie des cartes régionales de vigilance pour toutes les régions du monde. En ce qui concerne l’Afrique, on y remarque des zones rouges (fortement déconseillées), des zones orange (déconseillées sauf raison impérative) et des zones jaunes (vigilance renforcée). Ailleurs, on trouve aussi des zones vertes (vigilance normale).
    www.diplomatie.gouv.fr/fr/conseils-aux-voyageurs/conseils-par-pays-destination
     
  • Comment sont classées ces zones de vigilance ?
    Pour en revenir aux otages, sur la carte publiée par le ministère et restée en ligne jusqu’au 10 mai, seule la frontière avec le Burkina Faso était en zone rouge. Une autre partie du parc était en zone orange, c’est-à-dire déconseillée sauf raison impérative. Depuis le 11 mai, le parc dans son intégralité est considéré comme une zone de grand danger.
     
  • Comment sont définies ces zones ?
    Différents critères sont pris en compte : la situation sanitaire, politique ou sécuritaire peut être différente d’une région à l’autre d’un même pays. Les informations remontent des ambassades et des services de renseignement, et peuvent être confirmées par la collaboration internationale. Le Quai d’Orsay insiste sur le fait que « le risque terroriste expose moins en Europe où il y a une réponse rapide des secours et une accessibilité du territoire, que n’ont pas les territoires déconseillés ».
     
  • Quelles sont les zones fortement déconseillées ?
    Selon la carte des Conseils aux voyageurs, environ un tiers du globe est déconseillé aux touristes français. Parmi les régions particulièrement concernées : l’Amérique centrale, le Sahel et l’Afrique du Nord, ainsi que le Moyen-Orient. Ce classement ne les empêche pas d’attirer des visiteurs du monde entier. Déconseillé, ne veut pas dire interdit. D’autre part, certains pays touchés par le terrorisme ont accru sensiblement leurs services de sécurité et essaient d’apporter une garantie sécuritaire satisfaisante, notamment sur les circuits touristiques.
     
  • Que propose l’inscription au service Ariane sur le site du ministère des Affaires étrangères ? 
    Par son inscription, le voyageur informe le Quai d’Orsay d’un déplacement à l’étranger. Cela permet de recevoir des informations ciblées en temps réel : le touriste réceptionne ainsi un e-mail ou un SMS l’avertissant d’une situation nouvelle dans le pays qu’il visite avec, le cas échéant, les consignes de sécurité à suivre. Un référent désigné par le voyageur lors de son inscription peut aussi être informé.
     
  • Les tour-opérateurs ont-ils obligation de tenir compte des recommandations du Quai d’Orsay ?
    Encore une fois, il n’y a pas interdiction et chaque organisateur touristique reste libre de proposer les destinations de son catalogue, sans restrictions particulières. Toutefois, nombre de ces voyagistes, réduisent leur offre en fonction des risques avérés, ne fût-ce que pour préserver leur image commerciale…

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Ces touristes ont pris un risque inconsidéré

ll n’existe pas de zones interdites aux voyageurs par les autorités françaises, mais des recommandations à en éviter certaines en raison des risques encourus. Pour moi, le simple bon sens, tiré des informations quotidiennes, devrait suffire à dissuader un tourisme potentiellement dangereux. Je rejoins donc l’avis de Jean-Yves Le Drian : ces touristes ont pris un risque inconsidéré, qui a abouti au drame que l’on connaît.

J’ai du mal à admettre que ces inconscients puissent ne pas répondre de leurs actes. L’armée française déployée dans ces territoires n’est pas « une assurance tous risques » sur laquelle on doit compter et dont les pertes en vies humaines sont passées au compte de l’État. Je n’oublie pas le guide qui a été assassiné tout de go car sans « valeur marchande » et qui laisse une famille dans le deuil et, à présent, sans ressources ni indemnisation.

Au risque de heurter, j’estime que ceux qui passeraient outre aux recommandations le feraient à leurs risques  et périls, donc sans attendre l’assistance des services de l’État. Je déplore, et pas seulement dans ce cas, que l’inconscience de certains ne soit pas pénalisée par de lourdes indemnités, et même par des sanctions pénales lorsqu’il s’ensuit des dommages corporels pour les sauveteurs.

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