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Commissaire Vénère : Radars détruits, c’est l’explosion !

Publié le 23 janvier 2020

Plus d’un millier de radars automatiques auraient été détruits depuis le début de l’année 2018, pour un total de plus de 20 000 dégradations.

Avec la grève de la SNCF, nombreux sont ceux qui vont prendre la route lors de ces vacances de Noël et vont voir sur leur chemin des radars automatiques recouverts d’emballage plastique mentionnant « maintenance technique ». 

Depuis le début du mouvement des Gilets jaunes, il y a un peu plus d’un an, 60 % du parc aurait été mis hors service. Au total pas moins de 20 000 dégradations auraient été enregistrées sur les radars fixes depuis le début de l’année 2018, ce qui représente l’équivalent du nombre de dégradations cumulées lors des six années précédentes ! Sur la D373, un des axes majeurs du département de l’Aube, quasiment tous les radars sont vandalisés. Éric Vuillemin, le maire de Romilly-sur-Seine (Aube) ne compte plus les dégradations. « Ils mettent le feu avec des ballots de paille, de l’huile, de l’essence, certains les peignent. Il y en a même qui mettent dans leur coffre des radars mobiles et qui partent avec. Ils sont réparés au fur et à mesure mais à la vitesse à laquelle ils sont dégradés, on a à peine le temps de les voir réparés », a-t-il déploré sur TF1.

Le gouvernement pensait avoir trouvé la solution en les remplaçant par des radars nouvelle génération, les fameux radars tourelles censés être moins vulnérables mais eux aussi n’échappent pas aux dégradations. Les autorités assurent pourtant que tout est mis en œuvre pour les réparer au plus vite. Hélas aussitôt remis en service, leur mât est bien souvent scié derechef. Dans ces zones souvent isolées, difficile de protéger et de surveiller ces engins. Pire ! Leur destruction a de lourdes conséquences selon les accidents de la route, comme l’explique Emmanuel Barbe, délégué interministériel de la sécurité routière. « Les automobilistes augmentent leurs vitesses moyennes, ce qui engendre inévitablement des accidents avec des morts, ce qui aurait pu être évité. » Une bien triste réalité…

Des coûts alarmants

  • Combien de radars sont en place ?
  • Quels sont les différents types de radars ?
    En 2019, on compte environ 4 700 appareils sur l’ensemble du territoire. Les types sont variés : cabines de quatre générations, cabines-leurres, cabines autonomes déplaçables, tourelles, radars-tronçons et radars embarqués à bord de véhicules de sociétés privées.
     
  • A quels types de radars ces vandales s’attaquent-ils ?
    Il n’y a pas de radars particuliers qui sont vandalisés, mais tous ceux qui paraissent facilement accessibles, isolés et sur des axes moins fréquentés. Il est évident que les auteurs ne veulent pas être vus et choisissent des cibles en fonction de ces critères.
     
  • Combien coûte un radar à l’état français ?
    C’est variable, car il faut tenir compte des aménagements de voirie à exécuter pour l’installation d’un appareil, notamment pour le raccordement à une source d’énergie et de transmission. Mais pour un radar fixe, il faut compter 60 000 à 200 000 euros. Un radar autonome déplaçable coûte environ 75 000 euros.
     
  • Ces dégradations pèsent-elles sur le budget des collectivités ?
    Elles ont indéniablement des conséquences économiques, puisque les recettes de ces radars automatiques sont perçues par l’état, puis redistribuées, très partiellement, au département. Par exemple, pour le département des Côtes-d’Armor, on prévoit une baisse de 200 000 euros pour l’année prochaine.
     
  • Quelle est la peine encourue pour la dégradation d’un radar ?
    S’agissant d’un bien public, l’article 322-3 du code pénal prévoit une peine de cinq ans de prison et 75 000 euros d’amende. Même si les tribunaux ne prononcent pas de grosses peines de prison, les peines d’amende sont en revanche conséquentes et s’ajoutent au remboursement de l’appareil dégradé.
     
  • Combien y a-t-il de radars tourelles sur les routes ?
    L’objectif était d’en installer 400 en 2019, il serait de 300 aujourd’hui, car eux aussi n’échappent pas aux dégradations. L’objectif étant d’en déployer 1 200 d’ici à la fin 2020. Ce qui ajoute à l’exaspération d’un certain nombre de conducteurs.
     
  • Comment fonctionnent-ils ?
  • Pourquoi les radars tourelles sont aussi vulnérables face aux actes de vandalisme ?
    Ce sont des radars qui peuvent cibler plusieurs dizaines de voitures à la fois, dans les deux sens de circulation et qui ont un champ de captage de vitesses bien supérieur aux autres appareils. Leur vulnérabilité tient au fait que les mâts peuvent facilement être sciés.
     
  • Combien coûte une réparation sur un radar ?
    Cela peut aller de quelques centaines d’euros s’il ne s’agit que d’un nettoyage de peinture sur place, jusqu’à 200 000 euros pour les radars les plus sophistiqués. Dès lors qu’un appareil doit être démonté pour une remise en état, ce sont de toute manière plusieurs dizaines de milliers d’euros qui sont dépensés à chaque fois.
     
  • Que préconisez-vous pour faire cesser cet inquiétant phénomène ?
    Comme je l’ai indiqué, si une police routière dédiée était présente sur les routes, il ne pourrait y avoir de vandalisme, et l’action sur le terrain serait bien plus efficace.

Les infractions les plus graves échappent aux radars

Je ne suis pas surpris par cette vague de dégradations, car les automobilistes sont exaspérés par la répression systématique qui touche 90 % d’entre eux. La contestation des « gilets jaunes » est une forme de riposte à ce « racket d’état ».

En réalité, la vague de mécontentement dépasse largement le seul contexte des Gilets jaunes, du fait de la mise en place de la limitation de vitesse à 80 km/h. Les radars sont une affaire de gros sous pour l’état qui compte surtout établir une recette pérenne en réduisant les infractions. Pour 2019, le gouvernement avait établi une prévision de recette de plus d’un milliard d’euros. Celle-ci ne sera pas atteinte.

Je n’accorde aucune crédibilité au délégué interministériel de la sécurité routière, partisan d’une répression aveugle tous azimuts et qui énonce des chiffres sans aucune base scientifique. J’ai dit et écrit qu’il fallait en revenir à une véritable police de la route, seule capable de prévenir et de réprimer efficacement les infractions, car les plus graves, comme l’alcoolémie, la prise de stupéfiants, l’usage du téléphone au volant et, pire encore, les vidéos, échappent aux radars…

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