France Dimanche > Vie pratique > Commissaire Vénère : Vols dans les campagnes, le ras-le-bol des agriculteurs

Vie pratique

Commissaire Vénère : Vols dans les campagnes, le ras-le-bol des agriculteurs

Publié le 12 mars 2020

Provoquant la colère des exploitants, l’explosion hallucinante des vols dans les fermes conduit certains d’entre eux à commettre l’irréparable…

Les faits remontent à la nuit du 31 janvier au 1er février, dans une exploitation agricole située à Ambrières, une commune de 225 âmes dans la Marne. Excédé par des vols de carburant à répétition, Jean-Louis Leroux, un agriculteur de 46 ans, a commis un geste qu’il risque de regretter toute sa vie. Cette nuit-là, plusieurs individus appartenant à la communauté des gens du voyage pénètrent sur ses terres. 

Prévenu grâce à un dispositif anti-intrusion, comme le relate le quotidien L’Est-Éclair, l’agriculteur prévient aussitôt les gendarmes avant de se rendre sur place avec son frère ; chacun d’entre eux est armé d’un fusil de chasse, avec des cartouches de plomb. Il tire d’abord en l’air à deux reprises pour faire fuir les voleurs, puis il fait feu en direction de l’un des malfaiteurs, âgé de 19 ans, le blessant gravement à l’intestin grêle et au côlon.  

Mis en examen et écroué à la prison de Châlons-en-Champagne, l’éleveur conteste toute intention d’homicide, expliquant qu’il a été pris de panique et que cet épisode fait suite à de nombreuses plaintes pour des vols dont il a été victime. Au cours des cinq dernières années, l’agriculteur se serait fait siphonner environ 7 000 litres de gazole ! Le drame était-il prévisible ? Il aurait pu, dans tous les cas, survenir dans n’importe quel coin de nos campagnes, où les fermes très isolées sont devenues la cible de bandes de voleurs très organisées. 

Tout y passe : le carburant, bien sûr, mais aussi les machines agricoles, les outils et même les animaux ! Un fléau qui n’a pas fini d’exaspérer les exploitants paupérisés, dont le salaire s’élève à 600 euros en moyenne…

 Ce que dit la loi

  • Que risque cet exploitant ?
    Tout dépendra de la survie ou non du voleur. S’il ne meurt pas, on pourra viser les coups et blessures volontaires, qui vont de 3 à 15 ans de prison (en cas de décès), sans compter les amendes de 45 000 à 150 000 euros. Mais le tribunal tient compte aussi des circonstances atténuant l’infraction.
     
  • Ne faudrait-il pas appliquer des règles plus dures pour les auteurs de ces faits, qui sont souvent des gens du voyage venant des pays de l’Est ?
    Non, car si le Code pénal était appliqué dans toute sa rigueur, il suffirait largement à sanctionner ces méfaits et à mettre hors d’état de nuire ces délinquants. Seulement, la loi n’est pas appliquée.
     
  • Ne faudrait-il pas sévir en organisant des opérations coup de poing, alors que la police et la gendarmerie connaissent très bien ces bandes organisées ?
    Connaître une ou plusieurs équipes de malfrats est une chose, les prendre en flagrant délit en est une autre. Or une opération coup de poing est improductive. Il faut faire des surveillances, parfois longues, ce qui mobilise des effectifs que les services locaux  n’ont pas.
     
  • Ne faut-il pas être magnanime envers l’autodéfense ?
    L’autodéfense peut mener à des excès, parce qu’exercée par des gens excédés et qui ne maîtrisent pas leurs actions. Il reste que le débat est ouvert, et l’État ne doit pas rester passif sur la question et apporter une solution.
     
  • Quels sont les bons comportements à adopter pour éviter les vols sur son exploitation ? 
    Tout véhicule, toute personne suspecte, doit être signalée au service de police local (le 17) lorsqu’on en remarque la présence anormale près de pâtures ou d’installations agricoles. Verrouillez bien les portes et les fenêtres en votre absence (de nombreux vols ont lieu dans des locaux ouverts ou non verrouillés) ; Ne laissez pas de matériel électroportatif dans des locaux ouverts et accessibles à tout le monde. Rendez les accès difficiles par la pose d’obstacles pesants sur les voies d’accès à une exploitation. Les matériels agricoles permettent cette manutention.
     
  • Et pour lutter contre les vols de véhicules ou engins ?
    Selon les matériels, il est possible de bloquer la direction à l’aide d’un antivol mécanique et de mettre en place un émetteur GPS. À l’achat, privilégiez les véhicules avec anti-démarrage électronique.
     
  • Et pour lutter contre les vols d’animaux ? 
    Les exploitants peuvent bien sûr faire des passages dans leurs pâtures, mais il existe une sécurité assez simple par la présence de chiens de garde, dressés à la surveillance des troupeaux.
     

Les gendarmes en sous-effectif
ne peuvent pas être sur tous les fronts !

Si la justice se cantonne au droit, elle ne peut que poursuivre une information qui laisse peu de champ à la compassion. Mais je comprends le geste de cet agriculteur, qui a dû se substituer à l’autorité publique pour défendre ses biens. Car lorsqu’on est totalement abandonné par les services de justice, on ne peut que craindre ce genre de drame. Ce n’est pas le procès de cet homme que l’on doit faire, mais celui de l’État, défaillant pour assurer la sécurité des citoyens, alors qu’il s’agit d’une mission régalienne.

Je me suis déjà trouvé dans cette situation, après une quinzaine de « visites » de mon cabanon de campagne assez isolé. Les gendarmes ne se déplaçaient même plus quand je signalais une nouvelle effraction ! Me sentant abandonné, exaspéré par ces vols à répétition, j’avoue avoir eu souvent envie de faire peur à ces voleurs, en tirant en l’air avec une arme à plomb par exemple, ce que je déconseille, bien sûr, à tous les agriculteurs. Je ne ferai pas le procès d’une brigade de gendarmerie locale, qui, si elle avait les effectifs suffisants, ne manquerait pas de donner la chasse à ces malfaiteurs.

À découvrir