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Vie pratique

Françoise BOURDIN : “On ne me reconnaît pas dans la rue”

Publié le 2 janvier 2016

Quatre ans que Françoise Bourdin ne quitte plus le top 10 des auteurs français les plus vendus… Pourtant, rares sont ceux à pouvoir mettre un visage sur celle qui, toute sa vie, a dû se battre pour parvenir à s’épanouir à l’ombre du succès, thème de son quarante et unième roman.

France Dimanche : Votre dernier roman raconte la difficulté à s’émanciper de la gloire d’un père. Une situation que vous connaissez, puisque vos parents étaient eux-mêmes des vedettes de l’opéra.

Françoise Bourdin : Oui, mes parents, Géori Boué et Roger Bourdin, étaient tous deux de célèbres chanteurs lyriques. Toute mon enfance, j’ai entendu les gens s’exclamer : « Ah ! ils ont tant de talent ! Ils sont formidables ! Que tu as de la chance… » C’est très difficile à vivre, on se demande comment faire sa place. Je me rappelle avoir dit un jour : « Eux ne sont “que” des interprètes, moi je serai créatrice. » Ce n’était pas un désir de revanche, juste un besoin d’exister.
F.D. : Pourquoi avoir choisi l’univers de la F1 comme toile de fond ?

F.B. : J’ai toujours aimé la vitesse, j’ai d’ailleurs longtemps monté des chevaux de course. Pour fêter nos vingt ans de collaboration, mon éditeur m’a offert de conduire une Ferrari sur un circuit. J’ai dû faire quarante tours (avec un pilote à mes côtés) ! C’était génial ! C’est là que l’idée a germé.
F.D. : Quelle est la part autobiographique de ce roman ?

F.B. : Lorsqu’elle a interrompu sa carrière de cantatrice, ma mère a très mal vécu le passage de la lumière à l’ombre. C’est en pensant à elle que j’ai composé le personnage de Gabriel. Son aigreur, je l’ai bien connue. Mais ce livre n’est pas un règlement de comptes ! J’ai beaucoup de compassion pour ma mère. D’ailleurs, j’ai attendu qu’elle atteigne le grand âge pour aborder ces questions dans un roman, car je ne voulais pas la blesser.
F.D. : D’une certaine façon, la gloire de vos parents vous a privée de leur attention…

F.B. : C’est vrai. Quand ils n’étaient pas en tournée, ils répétaient dans une aile de notre hôtel particulier de Neuilly-sur-Seine. Puis, ma mère est partie sans prévenir la veille de Noël, en nous laissant un chien sous le sapin. Consolation dérisoire. Mon père ne s’est jamais remarié. Il était si triste que je lui laissais des petits mots sur l’oreiller pour le réconforter. J’avais 20 ans quand il est mort. Je l’ai adoré. C’était un prince, cultivé… Un artiste.
F.D. : Votre émancipation a finalement été assez rapide, tout comme votre début de carrière…

F.B. : Oui, à 20 ans je publiais mon premier roman et l’année suivante, le deuxième [De vagues herbes jaunes, 1973] était adapté au cinéma par Josée Dayan. Mais je me suis retirée pendant des années. Et lorsque j’ai voulu être republiée, ça a été très difficile. J’ai dû essuyer des refus des éditeurs pendant trois ans. Trouver en moi ce don pour l’écriture m’a libérée. Ma sœur, que j’ai eu la douleur de perdre cette année, n’a pas eu cette chance. Elle a beaucoup moins bien vécu que moi notre héritage familial.
F.D. : Vous qui avez vendu plus de 9 millions de livres, avez-vous eu peur d’écraser vos filles avec votre succès ?

F.B. : Non, car je n’ai jamais été très exposée. On ne me reconnaît pas dans la rue. Ma carrière s’est bâtie petit à petit et je n’ai jamais été chouchoutée par les médias qui traitent la littérature populaire avec mépris. Et puis, je suis très proche de mes deux filles de 32 et 33 ans. Elles ont beau être mariées, elles sont tous les week-ends à la maison ! Ce sont, depuis toujours, mes premières lectrices. On échange beaucoup.

Livre Françoise Bourdin
Recueilli par Chloé Belleret

En quatrième vitesse…

Star déchue de la course automobile, Gabriel règne en maître sur sa famille. Las de passer à côté de leur destin et de dissimuler leurs blessures Dan, Valentine et Nicolas (ses trois enfants) ainsi qu’Albane, son épouse, vont, chacun à sa manière, tenter de s’émanciper de ce héros aussi tranchant qu’encombrant.

Au nom du père, de Françoise Bourdin, éd. Belfond, 21,50 €.

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