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Interview d'Eve De Castro pour son nouveau livre "Nous, Louis, roi"

Publié le 30 janvier 2016

L’agonie d’un immortel Encore un livre sur Louis XIV à l’occasion du tricentenaire de sa mort ! Pensez-vous… Sauf que cette fois, il s’agit de « parler de l’homme ». Car le Roi-Soleil, à la fin de sa vie, gagne en humanité.

« Nous, Louis, roi », ou l’agonie intime du plus célèbre roi de France, est écrit à la première personne. Imaginer les dix-sept derniers jours du roi « a été une expérience passionnante et effrayante », nous confie Ève de Castro.
Pourtant, l’écrivaine n’est pas fan de Louis « le Grand ». Loin de là : « Il a été un très mauvais roi. Le bilan de son règne est très noir et sa personnalité très douteuse », nous rappelle, autour d’un thé, l’auteure spécialisée en romans historiques du xviie siècle.

Et de nous citer en vrac les 600.000 morts de la guerre de Succession d’Espagne, les milliers de cadavres sur le chantier de l’Eure dans le marais de Versailles, le Palatinat ravagé, de nombreuses villes brûlées, les protestants envoyés aux galères… « Il a défié les lois de la morale tout au long de sa vie ».
La frontière entre un monarque tout--puissant et un tyran est ténue. Son bon peuple ne s’y est pas trompé puisqu’en apprenant sa mort prochaine, les Parisiens ont allumé des feux de joie ! Pour la romancière, ce sont ses dix-sept derniers jours qui l’ont rendu admirable.

Au crépuscule de sa vie, le souverain règle ses comptes avec sa conscience et regrette d’avoir banalisé la torture tant il souffre ! Retranché sous son baldaquin versaillais, perclus de douleurs et de remords, Louis le très pieux est obnubilé par le châtiment divin.

« Il a été très marqué par la mort de son fils, le grand dauphin, décédé d’une petite vérole foudroyante, nous explique Ève. Celui-ci est tombé dans le coma sans avoir eu le temps de recevoir l’absolution. »

Le coup de grâce

Le vieux roi est doté d’une résistance physique hors du commun. Grâce à sa pratique intensive du jeu de paume, de la chasse et de la danse, il a « un vrai corps d’athlète », s’émerveille l’auteur du Roi des ombres. Ce qui ne l’a pas empêché de cumuler toutes sortes de maux au cours de ses soixante-dix-sept ans de vie : fistules, défaut de dentition, trou dans le palais (qui lui faisait régurgiter la soupe par le nez !), diabète prononcé…
Puis c’est le coup de grâce, avec cette gangrène que ses « ânes de médecins » ne peuvent stopper. Il a vu le musicien Lully mourir ainsi et le vieux roi est terrorisé. Il est persuadé que ce pourrissement est une punition divine pour expier ses fautes. Lui qui a été le premier communicant politique à prendre soin de son image, qu’il veut glorieuse et immortelle, sait qu’il exhale une puanteur rendant pénible le grand ballet des adieux.

Il se cherche un successeur, puisque sa descendance est décimée et qu’il ne reste que son arrière-petit-fils de 4 ans, le futur Louis XV.

Les adieux au roi
LIVRE Nous Louis Roi

Néanmoins, avec sa lucidité coutumière, il lutte pour rester roi. « Malgré sa déchéance physique et son aspect repoussant, il continuait à donner l’image de la grandeur. Cela m’a rendu très admirative. Plus cet homme qui a aimé formidablement la vie se rapprochait de la fin, plus il devenait humain et grand », admet Ève de Castro.
Digne jusqu’au bout – sans cesser de penser à ses nombreuses conquêtes féminines pour se rasséréner – il expire les yeux ouverts le 1er septembre 1715… au lever du soleil.
Et le lecteur respire. Comme l’auteur, émue : « C’était bouleversant car je me suis mise dans la peau d’un personnage ayant existé. Mon ami, Jean-Jacques Lefrère, le biographe d’Arthur Rimbaud, vivait une agonie semblable pendant que j’écrivais. Un homme admirable à qui j’ai dédié ce livre. Comme Louis XIV, il connaissait l’issue fatale et a orchestré ses adieux avec une dignité incroyable. »
L’auteur qui partage son temps entre ses écrits à Paris et des projets immobiliers aux États-Unis peut désormais tourner la page d’un siècle qui la fascine.

Pour son prochain roman, elle met le cap sur la Russie de la fin du xixe siècle. Sa nouvelle star n’est pas le tsar mais « une grande meurtrière ». Forcément, un autre monument (aux morts) édifié par la reine du roman historique…
Yves Quitté

« Nous, Louis, roi », d’Ève de Castro, aux éditions de L’iconoclaste, 18 €.

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