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Vie pratique

L’hypnose médicale : votre nouvel allié antidouleur

Publié le 28 novembre 2015

Longtemps bannie, cette pratique de l'hypnose intéresse de plus en plus les spécialistes, car elle permet d’éviter l’anesthésie générale et de soulager les souffrances chroniques. Explications.Longtemps bannie, cette pratique de l'hypnose intéresse de plus en plus les spécialistes, car elle permet d’éviter l’anesthésie générale et de soulager les souffrances chroniques. Explications.Longtemps bannie, cette pratique de l'hypnose intéresse de plus en plus les spécialistes, car elle permet d’éviter l’anesthésie générale et de soulager les souffrances chroniques. Explications.

Lucienne, 90 ans (voir témoignage), doit se faire poser une valve cardiaque mais elle supporterait mal une anesthésie générale. Pour limiter les risques, l’équipe médicale de l’hôpital d’Annecy Genevois (Haute-Savoie) lui propose une intervention après une incision dans l’aine sous une simple anesthésie locale, grâce à l’hypnose. L’opération, réalisée en septembre, a été un succès.

Les patients sont de plus en plus nombreux à choisir cette technique. Et nombre de professionnels de santé, en quête d’une médecine plus humaine, s’y intéressent. « Plusieurs centaines d’entre eux se forment chaque année en France, où une douzaine de cursus universitaires sont reconnus par l’Ordre des médecins », s’enthousiasme le Dr Patrick Bellet.

Patrick Belletl'hypnose livreNOTRE EXPERT

C’est un état de conscience modifié, qui fonctionne sur tout le monde, à condition d’être coopérant, motivé et confiant.
Le Dr Patrick Bellet, médecin, président de la Confédération francophone d’hypnose et de thérapies brèves.
Auteur de "L’hypnose pour réhumaniser le soin", aux éditions Odile Jacob, 23,90 €.

En quoi ça consiste ?
« Il s’agit d’un état de conscience modifié, explique l’expert, et la technique fonctionne avec tout le monde, à condition que le patient soit motivé, confiant et coopérant. Pour obtenir l’état hypnotique, le thérapeute réalise d’abord un entretien qui permet de mieux connaître le patient, ce dont il souffre, et les situations dans lesquelles il se sent bien.

Ensuite, on fait en sorte, grâce à la parole et à des manifestations de sympathie (on lui tient la main, on chuchote…), qu’il se replonge par la pensée dans ces situations qu’il apprécie : une promenade en forêt ou sur la plage, une odeur de son enfance, une musique qu’il aime… Bref, on permet au sujet d’être ailleurs et d’aller mieux malgré une situation angoissante. »

Une technique efficace contre la douleur
Après avoir analysé plusieurs dizaines d’études, l’Inserm (Institut national de la santé et de la recherche médicale) a conclu que l’hypnose est efficace pour l’anesthésie, les douleurs chroniques et pour limiter les symptômes digestifs du syndrome du côlon irritable. En revanche, les résultats ne sont pas très probants en ce qui concerne le sevrage tabagique.

Mise au point par l’équipe du Pr Faymonville à Liège (Belgique) en 1991, l’hypnosédation est aujourd’hui utilisée dans les blocs opératoires du monde entier, notamment en complément d’une anesthésie locale pour des coloscopies, hystérographies, l’ablation de la thyroïde… Le célèbre institut Curie à Paris la propose notamment pour les mammectomies. Plusieurs maternités y recourent pour éviter la péridurale, et certains dentistes pour extraire une dent ou poser un implant.

L’hypnose est aussi de plus en plus utilisée dans le traitement des douleurs chroniques, comme les migraines, que l’arsenal de la médecine classique peine à vaincre, et dans la lutte contre les troubles psychosomatiques (sommeil, anxiété).
« Au fil des séances, les patients acquièrent la technique et peuvent pratiquer l’autohypnose chez eux », explique le spécialiste. Pour que ce ne soit plus la douleur qui contrôle leur vie, mais eux qui contrôlent la douleur…

TÉMOIGNAGES

LucienneCe fut le bonheur absolu
Lucienne, 90 ans,
Viviers-du-Lac (73)
« Je devais me faire poser une valve cardiaque, mais l’anesthésie générale me rend malade pendant plusieurs jours. Le médecin m’a alors dit : ”Ça peut s’arranger !” La veille de l’opération, une infirmière m’a annoncé qu’elle se ferait sous hypnose. Je lui ai répondu que je n’y croyais pas du tout. Elle m’a rassurée en m’expliquant que son efficacité était prouvée scientifiquement… Et tout s’est bien déroulé : dans la salle de préparation, l’infirmière est restée à mes côtés. Elle m’a demandé ce que j’aimais faire. Je lui ai répondu : “les randonnées et la cuisine”. Elle m’a posé un tas de questions et m’a parlé des petits oiseaux dans la montagne, tout en me caressant la main et la joue. Et nous sommes entrés dans la salle d’opération. Là, elle a parlé cuisine tout en continuant de me câliner. J’ai ressenti une petite douleur, j’ai fait un clin d’œil (un code ”douleur” que nous avions établi) et elle a regardé les médecins. Puis nous avons respiré ensemble et elle m’a passé de l’eau sur le visage, avant de m’annoncer que l’opération était finie ! Cela a duré 3 heures, je ne les ai pas vu passer et je n’ai rien senti ! Dans la salle de réveil, le chirurgien m’a dit : “Vous êtes resplendissante.” Je ne pensais pas que l’on pouvait se sentir aussi bien après une intervention. Ce fut le bonheur absolu. C’est un grand pas pour la médecine ! »

ChristineCela a complètement changé ma vie
Christine, 43 ans,
Annecy (74)
« Infirmière anesthésiste depuis 2001, je suis en contact permanent avec des patients souffrant de douleurs chroniques et j’éprouvais le besoin de les aider en étant plus proche d’eux. Du coup, en 2010, j’ai suivi une formation à l’hypnose médicale. Cela a complètement changé ma vie ! Grâce à cette technique, on arrive à prendre du recul, à mieux gérer le stress. Lors des séances, on aide le patient à puiser dans ses ressources personnelles et on lui apprend l’autohypnose pour contrôler sa douleur. Cela lui permet ensuite de diminuer les doses de médicaments, voire de cesser d’en prendre. Au bloc opératoire, l’action est différente : on évite l’anesthésie. Ma parole accompagne le malade durant toute l’opération pour le déconnecter du moment présent. Je l’emmène loin de la salle où il se trouve. Depuis cinq ans, j’ai vu plusieurs centaines de patients et cela fonctionne sur la plupart d’entre eux. »

CARNET PRATIQUE

Combien ça coûte ?
Il faut compter entre 50 et 100 € environ pour une séance
d’une demi-heure à une heure chez un professionnel de santé formé. La Sécurité sociale rembourse 23 € pour une consultation chez un médecin. Certaines mutuelles versent un complément.

Trouver un thérapeute
Confédération francophone d’hypnose et thérapies brèves, www.cfhtb.org

Florence Heimburger

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