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La sophrologie pour surmonter le deuil

Publié le 22 décembre 2014

sophro-jaune

Cette discipline méconnue et un peu étrange fait ses preuves là ou d’autres ont échoué. En particulier pour dépasser la souffrance, comme celle que peut raviver, en cette Toussaint, la célébration de nos chers disparus…Cette discipline méconnue et un peu étrange fait ses preuves là ou d’autres ont échoué. En particulier pour dépasser la souffrance, comme celle que peut raviver, en cette Toussaint, la célébration de nos chers disparus…

La sophrologie caycédienne

C’est Alfonso Caycedo, un psychiatre, qui a créé la sophrologie en 1960, rebaptisée sophrologie caycédienne (ou Sofrocay) pour la distinguer d’autres courants qui s’en réclament et s’en écartent. Au contraire de la psychanalyse, la sophrologie propose des techniques (exercices respiratoires, relaxation, méditation, etc.) qui agissent principalement sur le corps et à partir de lui.

C’est par la peau, les muscles, les os et les organes internes que l’on pénètre dans la conscience afin de diriger l’attention et les pensées vers leur versant positif – plutôt que vers les préoccupations négatives et les tourments où elles conduisent.
• En savoir plus et trouver un thérapeute : www.sofrocay.com

Sophro IsabelleNOTRE EXPERTE

“Avec la mort d’un proche, certains vont vivre une rupture totale dans leur existence.
La sophrologie pourra apaiser la douleur et les accompagner.”
Isabelle Adda, sophrologue de l’école caycédienne à Aix-les-Bains (Savoie).
En savoir plus sur le site d’Isabelle Adda :
www.sophrologue-savoie.fr

C’est une des plus grandes épreuves de la vie qui, un jour ou l’autre, touche chacun d’entre nous : le décès d’un proche. Il est suivi du deuil, vécu souvent différemment selon les individus même s’il traverse des étapes essentielles : choc et déni, colère, tristesse… Chacune d’elle doit être bien « digérée » pour éviter la dépression et passer dans de bonnes conditions à la suivante en ouvrant sur une reconstruction solide.

« La pratique de la sophrologie aide à franchir ces différents caps », assure notre expert, la sophrologue Isabelle Adda, elle-même confrontée à la mort de sa mère récemment. Elle nous guide à travers ces étapes incontournables.

Le choc

A l’annonce du décès, le choc accompagne le déni : « C’est une phase très courte, quelques minutes, quelques heures, mais très intense, explique Isabelle Adda. Les émotions sont balayées, on est complètement anesthésié. C’est exactement ce que j’ai vécu lors du décès de ma mère, d’un accident vasculaire cérébral, il y a dix mois. »
La solution  « Sous le choc, on a tendance à se crisper, à se tétaniser, à “arrêter de respirer”. La sophrologie offre une technique de respiration qui permet de se relâcher pour rapidement passer ce palier », explique notre expert. Cela consiste à se concentrer sur sa respiration, à se recentrer sur soi : les battements cardiaques, la température corporelle… On utilise son corps pour se rattacher à la réalité.

La colère

Les larmes, les cris et la révolte sont les signes que la perte devient consciente. Les émotions prennent le dessus : on en veut à la terre entière, aux médecins et même au défunt qui nous abandonne…
Cette colère s’associe à une montée d’adrénaline, le cœur bat la chamade, et au besoin de projeter cette fureur. C’est souvent à ce moment-là que des disputes familiales éclatent.
La solution  « On va favoriser l’expression de ces émotions violentes qui nous submergent pour cadrer notre colère, là encore avec des techniques de respiration. On prend chaque point (respiration haletante, tachycardie…) et on tente de les dénouer en adoptant par exemple la position Isocay. Assis, les yeux fermés (ou mi-clos et fixés sur un point pour ceux qui ont du mal à lâcher prise), mains sur les cuisses, les genoux dans l’axe des hanches, on inspire tout doucement, en essayant de visualiser le passage de l’air dans le corps. Puis, on arrondit lentement son dos en courbant légèrement la nuque pour descendre et appuyer les coudes sur les genoux. On expire en relâchant la tête, puis on inspire de nouveau lentement en remontant doucement en position initiale et en reposant les mains sur les genoux. On termine en se tenant droit (mais relâché), comme suspendu par un fil attaché au sommet du crâne. À faire trois fois durant 45 secondes à 1 minute. Cet exercice relâche le corps et l’esprit. »

Sophro bleiLa tristesse

Elle peut durer quelques jours comme plusieurs d’années. Le chagrin alterne avec la douleur et, parfois, une grande détresse. La dépression n’est pas loin. Si elle s’installe, les antidépresseurs peuvent être d’une aide précieuse, sans durer trop longtemps ni s’arrêter brutalement. La sophrologie constitue là encore une alternative.
La solution  « En état de deuil, nous sommes en déséquilibre : les émotions nous plongent vers le bas. Nous avons tendance à nous punir, décrit la spécialiste. On s’interdit de bien dormir, de bien manger, de rire… L’exercice corporel et psychologique peut contribuer à entraîner les émotions vers le haut. » Comment ? Il faut parler, exprimer ses émotions, s’accorder le droit de ressentir les choses et d’être joyeux, évacuer la culpabilité, apprécier les petites choses de la vie.

L’acceptation

C’est le moment où l’on prend conscience que notre vie ne sera plus jamais la même. Pour Isabelle Adda, cette acceptation rend possible la reconstruction : « À 47 ans, j’ai appris à devenir adulte, en réalisant qu’il n’y aurait plus jamais personne au-dessus de moi sur qui compter », témoigne-t-elle.
La solution  « Il faut accepter le changement que la disparition provoque dans sa vie. On laisse émerger un nouveau moi en équilibre. Il est, là encore, nécessaire d’en parler. Trop de gens contiennent leur deuil pour ne pas peiner plus leurs proches. Au contraire, il faut partager sa douleur. Cela permet d’avoir plus d’épaules sur lesquelles se reposer. »

Sophro livre 1Sophro livre 2A LIRE :

La collection de livres-DVD
"Ma séance sophro à domicile"
du Dr. Patrick-André Chéné*,
aux éditions Ellébore, 29 €.
*grand spécialiste français
de la sophrologie
et élèvre d'Alfonso Caycedo.

Sophro Natalia3 QUESTIONS A :

Natalia Caycedo

Psychiatre, directrice de l’Académie internationale de sophrologie caycédienne Sofrocay et fille du Dr Alfonso Caycedo, fondateur de la sophrologie.

1 - Cette discipline paraît un  peu obscure, parfois même mystique. Qu’en pensez-vous ?
Si une personne qui se réclame de la sophrologie l’apparente à une thérapie, une croyance ou vous installe dans un rituel chamanique (parfum, musique…), fuyez ! La sophrologie n’est pas non plus une simple technique
de relaxation. Je ne crois pas qu’elle soit obscure, au contraire. Elle se fonde sur un postulat simple : si nous sommes capables de somatiser le négatif (les maladies), pourquoi n’arriverions-nous pas à somatiser le positif ?
2 - Une bonne technique pour somatiser le bonheur ?
En effet ! Pratiquer la sophrologie permet d’adopter petit à petit un mode de vie qui privilégie le positif. Cette énergie aura une influence sur l’être tout entier,
sa santé physique et psychique.
3 - La sophrologie est-elle accessible à tous ?
Oui, à condition d’être motivé. Chacun peut même appliquer seul les différentes techniques, chez soi ou dans des situations de stress (embouteillages, examens, prise de parole en public…).

Florence Heimburger

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