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Laurent Cabrol : Adieu Corouche !

Publié le 8 septembre 2019

Je souhaiterais cette semaine rendre hommage à un cheval disparu récemment, après avoir vécu une vie mouvementée. Il s’agit de celui de mon amie Wendy Bouchard…

Il s’appelait Corouche, c’était un cheval blanc, il était son idole, ainsi pourrait-on paraphraser Hugues Aufray. C’était un artiste, un vrai, qui s’est produit sous les chapiteaux les plus prestigieux. Alexis Gruss en personne l’a dressé et, avec ses nombreux congénères, il a émerveillé des foules entières. Corouche faisait partie de la troupe, était apprécié de tous, puis un jour, comme tous les grands artistes, il a dû « tirer sa révérence » et sortir de scène.

Mais Alexis n’est pas du genre à abandonner lâchement ses troupes. Le directeur de cirque connaît bien la journaliste Wendy Bouchard, ­passionnée comme lui d’animaux, qui jamais ne manquerait un de ses spectacles. à la fin d’une représentation, devant le box où sont agglutinées des dizaines d’admirateurs, le maître des lieux montre à Wendy le superbe équidé.

« Wendy, lui dit-il, c’est le plus bel étalon de ma troupe, il vient de perdre un œil suite à une tumeur. Et si tu lui offrais la plus belle retraite du monde en le prenant chez toi ? Si tu es d’accord, je te le donne ! Il est gentil, doux et dressé à merveille. Je suis certain que tu pourras lui donner ton affection et tout l’amour dont il a besoin. » Par chance, Wendy vient d’acheter une petite ferme dans le Tarn, près de chez moi. Ni une ni deux, elle accepte ce superbe cadeau.

Corouche devient alors son second pensionnaire, compagnon de Loup du Quercy, son cheval de cœur, un anglo-arabe de 19 ans, acquis six ans auparavant. Reste à savoir si les deux vont s’entendre. Mais la crainte est vite dissipée : un chef de troupe rompu à tant de galas ne peut que se lier à un ancien sportif. à tel point que débute une magique histoire d’amitié entre le vétéran du concours complet et l’ex-artiste de cirque.

Ils vivent heureux durant quatre longues et belles années, avant que ne survienne le drame. En juin dernier, Corouche tombe soudainement malade. à 20 ans, il n’est certes plus de première jeunesse… Transporté en urgence dans une clinique spécialisée à Toulouse, il meurt pendant le trajet d’une crise cardiaque.

Pour Wendy, le monde s’effondre. Ceux qui aiment les animaux comprendront, ô combien, son désarroi. En larmes, elle ne peut assurer Le tour de la question à l’antenne d’Europe 1 et se fait remplacer au débotté. Corouche comptait tant pour elle, elle aimait sa loyauté, sa générosité envers les hommes.

Celle qui est le fait de tant d’autres chevaux. Nombre de conflits dans l’histoire témoignent de leur fidélité, comme les guerres napoléoniennes, par exemple. Les montures faisaient corps avec les soldats, souffraient avec eux en silence, trop souvent dans l’incompréhension. C’est par des signes à peine perceptibles qu’ils exprimaient leur attachement. Mais quel dévouement était le leur, à la guerre ou dans les fermes de nos ancêtres !

Wendy, elle, parle leur langue. Elle n’oubliera jamais son majestueux Corouche !

Ode au cheval blanc

« Corouche, il m’avait dit de te regarder,
Avec amour et l’air de ne pas y toucher.
D’un œil seulement tu me l’as prouvé
Mi-homme, mi-cheval, tu étais un guerrier
Blessé, sans te plaindre, tu repartais sur la piste
J’ai su en te voyant que les anges existent.
Élégant voltigeur, cascadeur et artiste,
Tu piaffais en cadence sur des musiques de cirque.
Compagnon de spectacle et funambule de ma vie,
J’aurais pu me douter qu’à l’image de ta discrétion,
C’est sur la pointe du sabot que tu partirais.
Tu avais le regard de la fidélité.
Teinté de ta petite enfance sans doute accidentée,
Gruss fit de toi une monture en or,
Et en t’accueillant, je reçus ton trésor.
Dans le vent de la liberté, Corouche,
Je te l’envoie ce baiser, volé à l’inconstance des hommes,
Un baiser ailé comme Pégase que tu filas retrouver… »

Wendy Bouchard

Laurent CABROL

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