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Laurent Cabrol : La guerre des oies

Publié le 28 février 2019

C’est une véritable bataille entre les chasseurs et les défenseurs des oiseaux qui a eu lieu au cours du mois de février. Qui aura le dernier mot ?

Restituons les faits chronologiquement. Il y a un an, Emmanuel Macron promettait au président de la Fédération nationale des chasseurs que les oies sauvages pourraient être tirées durant tout le mois de février  2019, et ce en dérogation à la directive européenne – qui chaque année met pourtant fin à cette chasse le 31 janvier.

Le 24 janvier dernier, François de Rugy, ministre de la Transition écologique, soumet donc projet d’arrêté autorisant le « prélèvement » de pas moins de 5 000 oies cendrées sur tout le territoire national en février.

Six jours plus tard, l’arrêté ministériel réduit ce chiffre à 4 000 prélèvements. Et chaque animal tué doit faire l’objet d’une déclaration pour respecter le quota.

Puis, le 6 février, nouveau coup de théâtre ! Saisi par la LPO (Ligue pour la protection des oiseaux), le Conseil d’état casse l’arrêté ministériel. Autant dire que c’est un peu la panique dans les rangs !

Sur le terrain, il faut calmer les gens. Nicolas Lottin, président de l’association de chasse du domaine public maritime de la Baie de Somme, n’en revient pas : « On nous dit maintenant le contraire de ce qu’on nous avait promis ! »

Or, la semaine suivante, la LPO, qui avait saisi le Conseil d’État en urgence, affirme que l’arrêt de celui-ci n’est pas respecté et que les oies sont toujours chassées. « C’est un stratagème honteux et un préfet de région a même donné l’ordre de suspendre tous les contrôles d’installation de chasse au gibier d’eau jusqu’à nouvel ordre », affirme un des représentants.

De son côté, Nicolas Lottin complique encore le sujet en assurant qu’il y a eu des vérifications en baie de Somme mais sans révéler si des infractions ont été relevées. Alors qu’il s’agit en l’occurrence de délits graves passibles d’un an de prison et de 15 000 euros d’amendes.

Avouez que l’imbroglio est digne de notre pays qui ne sait pas faire simple et qui multiplie à tour de bras les lois, les règlements et les arrêtés.

Quand on parle aux chasseurs, ils s’emportent en évoquant les Pays-Bas où l’on gaze ces volatiles parce qu’ils commettent trop de dégâts aux cultures. En ce moment, ajoutent-ils, en Norvège, des couvées sont détruites par dizaines de milliers pendant qu’en France on interdit carrément la chasse. Savez-vous combien d’oies les chasseurs ont tué en baie de Somme  ? 453 en 5 ans : la comparaison est risible !

Autre paradoxe : un chasseur peut prendre sa voiture et aller en Belgique tuer toutes les oies qu’il souhaite.

Ultime confusion : il était possible de chasser les oies cendrées jusqu’au 28 février alors que les oies rieuses et les oies des moissons n’étaient plus tirables depuis le 10 février.

Si toute cette embrouille peut réjouir certains écologistes partisans d’une interdiction complète, les chasseurs, eux, sont exaspérés par cette pagaille, qui leur paraît injuste à bien des égards. Il est grand temps d’éclaircir les choses avant que l’incompréhension mutuelle ne dégénère en conflits stériles et violents.

Laurent CABROL

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