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Laurent Cabrol : La lavande en danger

Publié le 24 avril 2019

De même que certaines espèces naturelles sont en voie d’extinction, cette fleur qui sent bon la Provence pourrait n’être bientôt qu’un lointain souvenir…

Les plantes sont partout dans notre quotidien : le sucre, les épices, le chocolat, le café, l’alcool, le textile, les médicaments, le parfum, le papier… Partout, je vous dis ! C’est ce que l’on peut apprendre dans le livre 50 plantes qui ont changé le cours de l’Histoire (éd. Ouest-France). 

Bill Laws nous y raconte par exemple l’odyssée du bambou en Asie. Il sert de matériaux de construction, à faire des livres, nourrit, soigne, est réputé aphrodisiaque et même toxique (il peut devenir un poison). 

En France, nous avons une plante aux multiples vertus, qui passe pourtant inaperçue : la lavande. Une plante précieuse que l’on transforme en huile essentielle et qui peut nous servir de cosmétique. On l’utilise depuis la nuit des temps. Les Romains l’utilisaient déjà pour parfumer les thermes et le linge, et aujourd’hui l’aromathérapie en fait un usage quotidien. Elle est tellement puissante qu’elle soulageait les lépreux au Moyen Âge. Qui ne l’a pas déjà placée sous l’oreiller pour faciliter son sommeil ? Et, grâce à elle, ma grand-mère combattait les poux et les mites. 

La lavande est donc une plante miracle ! Et cependant, elle serait aujourd’hui en grand danger à cause d’une petite mouche aux yeux rouges, autrement appelée « cicadelle ».

En transmettant une bactérie qui empêche la sève de monter dans la tige, cet insecte causerait de sérieux dégâts. Depuis les années 2000, la lavande dépérit effectivement à vue d’œil et l’on peine à trouver un remède pour se débarrasser de cette mouche. C’est un vrai problème pour les producteurs professionnels.

En dépit de tous ces risques, je vous invite à la planter chez vous. Cette plante aromatique n’est pas seulement l’apanage du pourtour méditerranéen. C’est vrai qu’elle fait la fierté de la Provence, mais il est tout à fait possible de la faire pousser dans les autres régions, à condition d’en choisir soigneusement la variété. Vous aurez ainsi le plaisir de parfumer vos armoires et de nourrir les abeilles qui vont s’en régaler.

On la plante en ce moment, au printemps, pour qu’elle fleurisse de juillet à septembre. Surtout, installez-la en plein soleil, et faites-en des massifs. Elle ne nécessite aucun soin particulier, mais assurez-vous que le sol soit bien drainé car, vous l’imaginez, elle n’aime pas trop avoir les pieds dans l’eau. La terre calcaire lui plaît bien, ainsi que les terres caillouteuses ou sablonneuses. Si jamais vous êtes dans une région humide, vous sauverez votre massif en ajoutant du sable. 

Il y a trois ans, j’ai planté chez moi, dans le Tarn, pas moins de douze pieds de lavande. Et je vous garantis qu’elle ne demande aucun travail particulier, si ce n’est d’être taillée un peu en automne après la floraison, un peu plus à la fin de l’hiver, et c’est tout. Espacez les pieds de 40 à 50 cm. 

Vous pourrez ensuite récolter les fleurs pour en faire des bouquets secs qui vont parfumer votre linge. Une plante merveilleuse à tout point de vue. En espérant qu’elle ne disparaisse pas de sitôt…

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Sauvez les abeilles !

Alors que l’on s’affole à juste titre du sort inquiétant réservé aux abeilles (et indirectement à l’humanité !), pourquoi ne pas aménager dans votre propre jardin de quoi les accueillir comme il se doit. Vous trouverez dans ce livre une liste des plantes mellifères idéales pour contribuer, à votre échelle, à résoudre ce problème de taille.

Un jardin pour les abeilles, d’Elke Schwarzer,
éd. Delachaux et Niestlé, 14,90 €.

Laurent CABROL

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