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Wendy Bouchard : "Les éléphants sont extrêmement sensibles ! "

Publié le 14 juin 2020

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Malgré la pandémie, leurs “anges gardiens” continuent de veiller sur ces pachydermes en afrique. Rencontre avec Céline Sissler-Bienvenu, qui dirige la branche de l'Ifaw pour la France et l'Afrique francophone.

Ce sont ces gardes et des soigneurs de réserves africaines que je voulais mettre à l'honneur cette semaine avec les missions de l'IFAW (ou Fonds international pour la protection des animaux), association qui promeut la protection animale et la conservation des espèces sur la planète. Elle mène ainsi des programmes de réintroduction d'éléphants orphelins dans des troupeaux implantés, au Zimbabwe (près des chutes Victoria), au Bénin ou au Burkina Faso. Explications avec Céline Sissler-Bienvenu…

Wendy Bouchard : Pendant tout le confinement, les soigneurs et les « éco-gardes » ont continué de travailler sur des aires protégées où sont relâchés les animaux. Était-ce obligatoire ?

Céline Sissler-Bienvenu : Oui, car leur mission est extrêmement délicate et il faut toujours garantir la sécurité de ces zones. Avec la pandémie, ils ont redoublé de vigilance car le tourisme s'est arrêté. Or, il dissuade en général les incursions de braconniers. Il a donc fallu veiller davantage et protéger les animaux qui nécessitent une présence perma-nente avec soins et alimentation en continu. Pour garantir la santé des équipes et des bêtes, des tigres aux éléphants, il était préférable qu'ils restent sur place.

WB : Hélas, les éléphanteaux que vous récupérez, par exemple, sont souvent orphelins à la suite de massacres de braconniers…

CSB : Oui, et il faut savoir que leur destin ne tient qu'à un fil… Ces animaux sont extrêmement sensibles. Deux à trois éléphanteaux sur quatre vont mourir après avoir assisté à ces scènes de massacre. Ceux qui survivent, plus âgés ou dotés d'un moral d'acier, le doivent à nos soigneurs…

W B : Combien de temps faut-il pour réintroduire un animal dans une aire protégée ?

CSB : Tout dépend des espèces et de l'animal. Si je prends l'exemple des éléphants, qu'on accompagne pas à pas, ça peut nécessiter de deux à dix ans. C'est vraiment à l'appréciation de l'animal en tant qu'individu, qui se sentira confiant d'aller vers des troupeaux sauvages ou préférera rester en compagnie des hommes. Certains animaux, comme les tigres, peuvent en revanche être relâchés de manière isolée… Le travail se fait très, très progressivement, avec des promenades des gardiens près des troupeaux. Et puis un beau jour, c'est le départ… et c'est toujours à la fois une satisfaction et un pincement au cœur que de les voir retrouver leurs congénères.

WB : Je crois savoir que vous pilotez un projet assez particulier au Burkina ?

CSB : Oui, un cas unique à l'échelle du continent autour de Nania, éléphanteau femelle récupérée à l'âge de 2 mois, toute seule. Elle vit depuis trois ans avec ses quatre soigneurs qui se relaient par binôme toutes les semaines. Nania n'a encore jamais rencontré d'autre éléphant, mais pour éviter qu'elle n'interagisse qu'avec des humains, on lui a présenté une brebis depuis deux ans. C'est un long travail d'adaptation.

WB : Cela signifie-t-il qu'au quotidien, les gardiens jouent le rôle de « parents » ?

CSB : Absolument, en fait ils sont des membres du groupe. Ensemble, ils s'affairent à reconstituer le troupeau et assurer une présence protectrice. Ils doivent aussi jouer les nounous avec des éléphanteaux qui, jusqu'à l'âge de 3 ans, boivent deux litres de lait toutes les 3 heures ! Une surveillance accrue est aussi requise la première année pour les soins nécessaires et s'assurer du moral de l'animal. Si certains disposent d'un mental très fort, ce n'est pas le cas pour d'autres. Et puis, une fois celui-ci sevré (cela dure 1 mois à 6 semaines), l'on effectue un travail d'exploration du milieu dans lequel il va être relâché, avec de grandes promenades sur plusieurs heures.

WB : Vous avez les moyens de « tracer » ces animaux réintroduits pour vous assurer de leur bonne santé ?

CSB : Effectivement, certains d'entre eux sont équipés d'un collier émetteur qui permet de vérifier qu'ils vont bien, toujours au sein d'un groupe sauvage, et qu'ils ont intégré toutes leurs habitudes.

Wendy Bouchard

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