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Nouveau livre d'Éric-Emmanuel Schmitt

Publié le 21 novembre 2015

Au contact de cette « fontaine à formules », comme aime à se comparer l’écrivain, son livre, La nuit de feu prend un autre éclairage. On regrette de ne pas avoir eu un prof de philo aussi lumineux. « C’est mieux qu’illuminé », précise l'auteur que nous rencontrons dans un studio d’Europe 1, où il vient de participer à l’émission de Cyril Hanouna. Schmitt croyant : un coming out spirituel qui lui aura pris vingt-cinq ans.

Il aura fallu des lecteurs empressés et « un contexte où des gens tuent au nom d’une prétendue foi » pour qu’il fasse sa révélation. « Une révolution intérieure qui m’a amené exactement là où je dois être », nous confie-t-il. De sa voix zen de prêcheur qui veut éviter « la langue du curé », il réexplique l’irrationnel : sa foi, une croyance dont il ne sait rien.
« Je suis né athée dans une famille athée avec une instruction athée. Pour moi la question de Dieu était réglée, car ce n’était qu’une question ! », explique-t-il. Difficile de voir en cet homme paisible, l’être rongé d’inquiétudes qu’il était plus jeune, et pourtant… « J’étais angoissé. Je ne me reconnaissais pas dans les miroirs avec mon physique de bouddha serein. J’aurai dû ressembler à un Gainsbourg plus torturé. à croire que mon enveloppe physique était en avance sur mon esprit ! »

Désert

Jusqu’à cette année 1989 où il est missionné pour un documentaire sur Charles de Foucauld. Il part donc avec le réalisateur sur les traces de cet officier de Dieu qui a fondé un ermitage en plein désert du Hoggar, en Algérie.

Une immensité empreinte de mysticisme, « même pour moi, un intello qui avait du mal à lâcher prise », se souvient-il. Guidés par Abayghur, un sage touareg, d’autres compagnons de route se mêlent au pèlerinage : Ségolène, une catholique qui voit Dieu partout et deux scientifiques qui ne le voient nulle part. « Et moi qui l’appréhendais comme une question ! », martèle-t-il. Jusqu’à cette nuit où, en se perdant au pied du mont Tahat, il se sent « traversé par une force, une lumière, une puissance ».
Cette violente sensation causée par un « ravisseur » qu’il ose nommer Dieu, il la ressentira encore en la couchant sur le papier un quart de siècle plus tard. Si d’ordinaire, il a la plume facile et légère, la narration de cette expérience intime le conduit… à l’hôpital !

LA NUIT DE FEU ERIC-EMMANUEL SCHMITT

« En écrivant le passage sur cette fameuse nuit, j’étais en nage, en plein hiver avec les fenêtres ouvertes ! », se souvient-il. Perclus de contractions musculaires, comme dans le désert, il effraie ses proches qui croient alors à une crise cardiaque ! Un accouchement douloureux donc, mais dont il est très fier désormais : « Je ne peux pas faire comme si je ne l’avais pas écrit, celui-là. »

Aujourd’hui, cet ancien athée se plonge avec délectation dans la lecture des évangiles et avoue être capable de prier n’importe où. Serein, confiant, aimant la vie et l’humain, éric-Emmanuel Schmitt a cessé d’avoir peur de la mort. Le seul regret de ce dramaturge comblé et prolifique ? Que sa foi ne soit pas contagieuse malgré les milliers de lecteurs qui lui rendent grâce.
Des disciples qui peuvent l’approcher depuis qu’il répand sa bonne parole sur scène dans L’élixir d’amour, avec Marie-Claude Pietragalla. « Un autre défi un peu con », s’amuse-t-il, mais dont, après chaque représentation, il sort émerveillé. Comme nous, après avoir lu ce fantastique témoignage…

Yves Quitté

La nuit de feu, de Eric-Emmanuel Schmitt, aux éditions Albin Michel, 16 €.

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