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PRATIQUE : Seniors, partez en colo !

Publié le 30 juin 2022

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Tout comme les plus jeunes, les aînés peuvent partir en vacances en groupe et à moindres frais.

L'idée de départ est la même. Les codes se ressemblent, le but est identique, seule la population change. Il s'agit toujours d'envoyer des personnes d'une même tranche d'âge – solidement encadrées – pour découvrir des terroirs, des activités, mais aussi partager. Ces “colos”, de plus en plus nombreuses, passent des juniors aux seniors. Parce que les aînés, tout autant que les plus jeunes, ont besoin de se dépayser, de partir avec des amis ou d'en rencontrer de nouveaux. Sans pour autant grever leur budget.

L'enjeu : rompre la solitude, nouer des amitiés, resserrer les liens.

Outre les voyagistes spécialisés, souvent onéreux, les retraités peuvent partir grâce à leur mairie ou une association caritative, qui prennent en charge tout ou fraction de leur séjour. Ainsi Chantal Bailot, de la société Saint-Vincent-de-Paul à Montpellier, se rend cet été avec une trentaine de personnes en Alsace pendant 12 jours. « Nous allons visiter les villages fleuris, goûter la gastronomie locale… J'essaie toujours de les emmener dans des régions très différentes de la nôtre. J'ai mes fidèles comme ma Lulu, 91 ans, qui vient depuis quarante ans avec nous. » Le séjour, qui coûte 1 230 euros en pension complète, sera facturé entre 600 et 900 € aux participants, selon leurs revenus. Pour financer la différence, Chantal Bailot organise des lotos, vend des confitures et a recours aux dons.

“Se libérer des contraintes”

Certains Ehpad et résidences seniors s'y mettent également, et font appel pour leurs colos à des spécialistes comme Loisirs d'âge. « Souvent, la durée est d'une semaine, et le mieux est de laisser le plus de latitude possible. Nous avons ainsi une offre en Normandie de 4 jours à 300 € par personne tout compris dans un hôtel de plain-pied et c'est tout. Les seniors en profitent pour se promener ensemble dans les rues, sur la plage. Ce qu'ils aiment, c'est sortir de leur quotidien, de leur lieu de vie, se libérer des contraintes », explique le cofondateur, Alexandre Israël.

Déjà dans les années 1970, sans complexe, la baignade offrait une détente bienvenue.

De fabuleux moments de complicité et de transmission intergénérationnelles.

“Un échange formidable”

Autre défi : concilier les envies des grands-parents et des petits-enfants. « Ils partagent des activités communes toute la semaine, à l'exception d'une seule journée pour les laisser souffler. Ils construisent ensemble des cabanes, créent un spectacle, participent à des olympiades sportives », commente Jordhan Fillion, délégué général de l'association Vitacolo. La colo intergénérationnelle coûte 400 € par personne, transport non compris. Vitacolo prend en charge jusqu'à 35 % du prix du séjour enfant pour les familles les plus modestes, qui peuvent aussi être aidées par la CAF.

Au-delà des vacances, l'enjeu aujourd'hui consiste à rompre la solitude, à nouer des amitiés, à resserrer des liens. Chez Vitacolo par exemple, un enfant non accompagné peut s'intégrer au groupe et profiter ainsi des grands-parents des autres.

Comme le souligne Alexandre Israël, La composante humaine est fondamentale : rire, partager… « Je me souviens encore de ce séjour au Portugal, où se sont retrouvés des participants de deux Ehpad. Un échange formidable. » Et une véritable invitation au voyage.

Carnet pratique ¦ Conférence Saint-Frédéric de Montpellier : 04 99 63 69 10 ¦ Vitacolo : 04 81 76 06 47 ¦ Loisirs d'âge : 01 83 64 32 08

Une œuvre de longue haleine

Il y a cinquante-quatre ans, Chantal Bailot, présidente de la Conférence Saint-Frédéric (membre de la Société de Saint-Vincent-de-Paul), qui affiche 72 printemps, emmenait déjà des “mamies” des environs de Montpellier en autocar pour un séjour en Ardèche.

C'était souvent des veuves qui n'avaient jamais quitté leur village. Leurs enfants venaient leur dire au revoir au départ du car comme le font les parents avec leurs gamins. À l'époque, elles couchaient dans des chambrées, sur des sommiers qui avaient déjà bien vécu et nous, bénévoles, faisions tout : cuisine, ménage, animation et mises en plis. C'était émouvant de les voir en maillot de bain pour se baigner dans la rivière sans se soucier du regard des autres. Chaque année nous célébrions un mariage fictif entre deux personnes choisies au hasard. Tout était prévu : le contrat prénuptial, la robe de mariée, la jarretière, les deux cérémonies, une à la mairie où le curé officiait comme maire et une à l'église, parfois la municipalité offrait le champagne. Ensuite, nous sommes allés plus loin, dans le Jura, le Cantal, ou la Bretagne, à Locquirec, où une de nos retraitées a retrouvé son école.

Aujourd'hui les normes ont modifié les séjours, elles nous imposent d'avoir des chambres individuelles et un encadrement professionnel. Les frais sont plus élevés, nous ne partons plus qu'une fois par an et moins longtemps. Mais ce n'est pas le seul changement ; auparavant, nous étions confrontés à la grande pauvreté de nos seniors, mais au moins ils avaient une vie sociale. Aujourd'hui, la vraie misère est affective, c'est la solitude. »

Béatrix GRÉGOIRE

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