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Quand le travail rend malade…

Publié le 4 décembre 2015

Sachez reconnaître les signes avant-coureurs de la maladie du travail, d’un burn-out, et réagissez vite, avant de péter les plombs !

Si « le travail c’est la santé […]. Les prisonniers du boulot ne font pas de vieux os », chantait Henri Salvador. Rien n’a changé depuis, si ce n’est le nom de cette affection : le burn-out, ou syndrome d’épuisement professionnel.

Sabine BatailleSabine Bataille livreNOTRE EXPERT

”Le syndrome d’épuisement professionnel c’est une sacrée claque mais aussi une belle opportunité pour repartir sur des bases saines !” Sabine Bataille, sociologue du travail et auteur de "Se reconstruire après un burn-out", InterÉditions.

Le burn-out, quèsaco ?

Il s’agit du fruit d’une tension accumulée au fil des mois, lorsque la pression liée au travail génère un épuisement physique, psychologique et émotionnel. Cela n’arrive pas du jour au lendemain. Si l’élément stressant au travail persiste, le burn-out s’installe.

Le + de l’expert
« Manifestez votre malaise au travail. À votre supérieur, au service des ressources humaines ou au médecin du travail. Surtout, évitez de consulter votre médecin généraliste uniquement pour vous faire prescrire des stimulants pour tenir le coup. Ce n’est pas une solution durable. »

Les symptômes

Le burn-out se traduit par une grosse fatigue, de l’anxiété, des insomnies et une grande irritabilité (tristesse ou colère). « Je suis épuisée » ou « je n’en peux plus » sont les phrases le plus souvent prononcées par ses victimes.

Le + de l’expert
« Le plus souvent, on a le sentiment de ne plus pouvoir gérer une charge de travail accrue. On a moins d’autonomie, donc davantage de pression. Une ambiance délétère au bureau, des relations conflictuelles avec la hiérarchie, les collègues, les clients, peuvent aussi être en cause dans le burn-out. Certaines personnes craquent en deux mois, d’autres au bout de plusieurs années. »

Qui sont les plus exposés ?

Ces personnes qui mettent toute leur énergie dans leur travail et vont toujours vouloir se dépasser dans l’espoir d’obtenir davantage de reconnaissance. Ce sont souvent les mêmes qui ont tendance à idéaliser leur métier.

Le + de l’expert
« Les gens victimes de burn-out ont envie que le travail qu’ils font soit toujours terminé à temps et d’une qualité irréprochable. Or, aujourd’hui, ce n’est plus possible. Ces personnes souffrent de cette impossibilité d’atteindre l’objectif fixé. Tout va de plus en plus vite. Les nouvelles technologies envahissent le monde du travail : au bureau, le téléphone portable sonne alors que l’ordinateur envoie une notification d’e-mail et qu’un collègue frappe à la porte pour une réunion… »

Burn-out ou dépression ?

Si le burn-out peut conduire à la dépression, l’inverse n’est pas forcément vrai. Pour ce trouble de l’adaptation au monde du travail, le stress est présent dans 100 % des cas, alors qu’il n’est notable que dans 50 % des dépressions. Autre différence importante, une victime de burn-out a encore des projets, des plaisirs, alors que le dépressif n’a plus envie de rien.

Le + de l’expert
« Prenez du recul par rapport à votre travail. Petit test : si vous partez en week-end ou en vacances et que vous vous sentez mieux, c’est bon signe. La personne dépressive, elle, sera toujours aussi morose sur la plus belle plage du bout du monde. »

Comment le gérer ?

Prendre des vacances régulièrement permet de décrocher (un week-end de quatre jours une fois tous les deux mois). Il est important de prévoir d’autres activités que le travail (sport, détente, loisir) et de prendre soin de sa santé.

Le + de l’expert
« En situation de burn-out, tout se dérègle : on n’avale plus qu’un sandwich en regardant ses courriels et on dort mal. Il faut adopter des cycles de vie normaux : trois repas par jour, huit heures de sommeil et une “activité plaisir” deux fois par semaine. »

Ne pas replonger…

Un burn-out peut durer entre trois mois et deux ans. Cette parenthèse s’avère souvent salutaire, car elle permet de se débarrasser de son stress et de redéfinir ses priorités.

Le + de l’expert
« Pour traverser cette période, mieux vaut se faire accompagner par un psychologue, un psychiatre, participer à un groupe de parole, ou à des séances d’hypnose, de sophro­logie… L’important est d’en parler. La victime de burn-out est fragilisée à vie par ce traumatisme. Il faut donc se fixer de nouveaux objectifs et reprendre le contrôle de son travail, en s’efforçant, par exemple, de quitter le bureau avant 20 heures… Réapprendre à travailler moins mais mieux, en évitant de trop s’investir dans son travail. Après coup, bien des gens me disent que leur burn-out a été bénéfique ! »

TEMOIGNAGES

Marie“J’en vois de plus en plus !”
Marie, 58 ans,
Limoges (Haute-Vienne)
« Depuis trois ans, je vois de plus en plus de cas de burn-out dans mon cabinet de psychothérapie. Ils sont souvent envoyés par les médecins du travail. Ces personnes sont désemparées et ont perdu leurs repères dans la vie. Elles craquent au travail de façon assez brutale et restent ensuite en arrêt maladie pendant une période moyenne de 11 à 14 mois. Mes patients développent certaines phobies, comme celle du téléphone ou de l’ordinateur, auxquels ils ne touchent plus. Ils se sont ”grillés” en voulant en faire trop, ne supportant pas l’idée du travail bâclé ! »

Violaine“Aujourd’hui, je m’économise !”
Violaine, 45 ans,
Lormont (Gironde)
«En deux ans, tout s’était accéléré au bureau. On a enchaîné les réorganisations, déménagé deux fois. J’ai eu l’impression de survivre à un tourbillon professionnel. Après six mois d’arrêt et un long temps de réflexion, je m’économise. J’ai ralenti le rythme et ne me sens plus obligée de courir dans tous les sens pour arriver à des résultats. Mais il a fallu effectuer une vraie remise à plat de mes priorités. Je ne le regrette pas d’ailleurs, même si j’ai connu des moments d’angoisse que je n’oublierai probablement jamais ! »

CARNET PRATIQUE

www.travailler-mieux.gouv.fr
informe sur la santé et la sécurité au travail.
www.rpbo.fr
répertorie les astuces pour se reconstruire.
www.anact.fr
le site de l’Agence nationale pour l’amélioration des conditions de travail donne la liste des associations régionales.

Alicia Comet

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