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SANTÉ : Bien utiliser un défibrillateur

Publié le 1 mai 2022

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Un arrêt cardiaque est si vite survenu… Au domicile ou à l'extérieur, nous devons savoir adopter les bons réflexes si cela se produit. Découvrez les gestes appropriés pour sauver une vie, celle d'un proche ou d'un inconnu.

Entre peur et surprise, il n'est pas toujours facile de réagir vite et bien, face à une personne qui fait un arrêt cardiaque. En France, chaque année, plus de 40 000 personnes meurent prématurément après un arrêt du cœur. Celui-ci survient dans 80 % des cas à la maison. Or on sait aujourd'hui que le taux de survie double par le simple fait de démarrer et de réussir un massage cardiaque avant l'arrivée des secours. Car, sans prise en charge immédiate, près de 93 % des arrêts cardiaques sont fatals. « Il faut oser se lancer », explique notre expert. Et lorsqu'on est dehors, dans la rue, dans un train ou un lieu public, ne pas hésiter à se porter volontaire pour pratiquer d'abord un massage cardiaque, puis brancher un défibrillateur mis à la disposition de tout un chacun. Voici comment s'en servir.

France Dimanche : Qu'est-ce qu'un défibrillateur ?

Pr Gérard Helft : Il s'agit d'un dispositif médical qui aide à la réanimation de victimes d'arrêt cardiaque. Cet appareil qui enregistre l'activité électrique du cœur, est capable d'identifier, le cas échéant, une anomalie grave du rythme cardiaque, nécessitant la délivrance d'un choc électrique, ceci pour permettre au cœur de battre à nouveau normalement. Le DAE (défibrillateur automatisé externe) est simple d'utilisation car l'appareil vous guide vocalement, étape par étape, et garantit un maniement sans risque.

FD : Combien y en a-t-il en France ?

GH : En 2018, leur nombre était estimé à quelque 150 000 dans l'Hexagone. Il y a en a aujourd'hui environ trois fois plus, même si on ne connaît pas le chiffre exact d'appareils mis en circulation, et surtout s'ils sont en bon état de marche… Avant 2007, l'utilisation de ce dispositif – identifié par une boîte verte – était uniquement réservée au personnel médical et paramédical. Cependant, depuis la loi de 2007, toute personne est autorisée à utiliser un défibrillateur. Il convient toutefois de savoir que même si l'utilisation d'un DAE est simple, il est recommandé d'avoir suivi une formation pour l'utiliser.

FD : Où les défibrillateurs sont-ils installés ?

GH : Ils sont disponibles sur la voie publique et dans un nombre croissant de lieux : les centres sportifs, les galeries commerciales, les mairies, les pharmacies, les trains, ainsi que dans de nombreuses entreprises et restaurants.

FD : Avant de l'utiliser, que faut-il faire ?

GH : Il faut tout d'abord identifier l'arrêt du cœur. Une personne en arrêt cardiaque ne respire plus (la poitrine ne se soulève plus) et ne répond plus à vos sollicitations. Elle est inconsciente. Si vous êtes témoin de cela, il faut connaître les trois gestes qui sauvent : appeler les secours, débuter immédiatement le massage cardiaque et ensuite seulement, utiliser le défi-brillateur. Dans tous les cas, osez !

FD : Dans cette situation dramatique, quelle est la chose à ne pas faire ?

GH : Le pire est assurément de ne rien faire ! Vous n'avez que quelques minutes pour agir et sauver une vie.

FD : Premièrement, il faut appeler le 15…

GH : Une fois que vous avez placé la victime dans une zone sécurisée, à l'écart de la circulation ou en dehors d'un escalier, donnez l'alerte en composant le 15 sur votre téléphone afin que le régulateur du SAMU vous guide en vous posant quelques questions (constat de ce que vous voyez, lieu où vous vous situez). Commencez immédiatement le massage du cœur de la victime, en l'allongeant sur le dos, sur une surface dure. Placez-vous sur le côté, en positionnant vos mains l'une sur l'autre sur le sternum et appuyer les bras tendus de tout votre poids pour effectuer des compressions thoraciques. Les pressions doivent être fortes, régulières : il faut enfoncer les paumes des mains de 5 cm dans la poitrine avant de relâcher complètement le thorax entre chaque compression, à raison de 100 compressions par minute.

Parole d'expert : Pr Gérard Helft Cardiologue et porte-parole de la Fédération française de cardiologie.

7 % Le taux de survie à un arrêt cardiaque si aucun geste n'est pratiqué. Il monte à 35 % si les trois gestes (appeler le 15, masser et défibriller) sont effectués correctement.

Le massage cardiaque sert à irriguer le cerveau et le défibrillateur restaure le rythme cardiaque.

FD : Quand utilise-t-on le défibrillateur ?

GH : Pendant que vous faites le massage cardiaque, demandez à quelqu'un de vous apporter le défibrillateur. Pour le démarrer, on appuie sur le bouton ON. L'appareil vous indique la marche à suivre : comment disposer les deux électrodes sur la poitrine de la victime afin d'enregistrer le rythme de son cœur. Continuez le massage cardiaque jusqu'au moment où l'appareil vous dira d'arrêter pour délivrer le choc.

FD : Jusqu'à quand pratique-t-on le massage cardiaque ?

GH : Jusqu'à l'arrivée des secours qui prendront le relais. Comme c'est fatiguant, n'hésitez pas à demander à quelqu'un présent de vous soulager en pratiquant le massage à votre place. Le massage cardiaque vise à irriguer le cerveau, tandis que le défibrillateur sert à restaurer le rythme cardiaque.

FD : Quels sont les taux de survie ?

GH : Globalement, les chiffres sont catastrophiques. Seules entre 5 et 7 % des personnes victimes d'un arrêt cardiaque s'en sortent sans séquelles. Parce que la plupart des gens ne savent pas faire de massage cardiaque et ne réagissent pas forcément de manière appropriée. Il convient d'insister sur le fait que chaque minute passée sans massage cardiaque diminue de 10 % les chances de survie. C'est-à-dire que si vous ne faites rien dans les dix minutes qui suivent la manifestation d'un arrêt du cœur, il est déjà trop tard…

FD : Chaque citoyen devrait-il être formé au massage cardiaque ?

GH : Absolument. Il existe des formations scolaires. Il est surtout très important de se former tout au long de sa vie dans un centre de formation ou d'initiation aux gestes qui sauvent (Croix-Rouge, Croix blanche, Protection civile, Union des sapeurs-pompiers, ainsi qu'à la Fédération française de cardiologie, via les Clubs cœur et santé, www.fedecardio.org). Ce qu'il faut retenir, c'est qu'on n'a pas forcément besoin d'un diplôme de secouriste pour agir. Une formation courte de deux heures suffit pour apprendre à faire un massage cardiaque efficace, capable de sauver la vie de nos proches !

Formez-vous !

Acquérir les réflexes de l'intervention d'urgence permet d'agir rapidement et avec sang-froid.

C'est simple : les gestes de la réanimation ont été simplifiés et toute personne, dès 10 ans, est en mesure de les pratiquer avec efficacité. C'est accessible : l'Initiation aux premiers secours (IPS) est une formation gratuite que de nombreux acteurs du secourisme proposent partout en France. C'est rapide : deux heures suffisent pour apprendre les bons réflexes.

J'ai passé mon brevet de secouriste

Sylvain, 38 ans, Bordeaux L'an dernier, j'ai décidé de sauter le pas et de suivre une formation de secouriste à la Croix-Rouge pour apprendre à réagir en cas d'accident d'une personne inconnue ou de l'un de mes proches. Cela m'a permis d'être capable de détecter les premiers signes de détresse vitale et d'oser agir au cas où… »

Alicia COMET

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