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SANTÉ : Bien vivre avec son diabète

Publié le 24 avril 2022

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Cette maladie touche plus de 4,5 millions de Français qui doivent apprendre à équilibrer leur alimentation et à bouger.

Pr Fabrice Bonnet Diabétologue au CHU de Rennes.

• Mieux vivre avec un diabète, éd. Marabout.

Insidieux, il est parfois là depuis quelques années avant d'être débusqué grâce à une prise de sang. Aujourd'hui, le diabète de type 2 touche 5 % de la population française, une maladie chronique en constante hausse. En cause, « les habitudes alimentaires des gens et leur mode de vie », d'après l'OMS qui lie ces chiffres à ceux du surpoids et de l'obésité. Pour faire le point sur cette pathologie, le professeur Fabrice Bonnet répond à nos questions.

France Dimanche : Quelle est la différence entre le diabète de type 1 et celui de type 2 ?

Pr Fabrice Bonnet : Le premier apparaît entre 10 et 20 ans, rarement plus tard, chez des jeunes qui ne sont pas en surpoids. Ils sont généralement fatigués et ont soif. Ils ne sécrètent plus assez d'insuline à cause d'une maladie auto-immune sous-jacente. Le second concerne 92 % des diabétiques en France, c'est celui de l'âge mûr, il touche un Français sur dix après 65 ans. Son apparition est liée au mode de vie sédentaire, au surpoids et à une résistance à l'insuline.

FD : Comment savoir si on est touché par le diabète de type 2 ?

FB : Il n'entraîne ni douleurs ni symptômes, sauf si la glycémie est vraiment très élevée, supérieure à 2,5 g/l, ce qui induit une sensation de soif et un besoin plus fréquent d'uriner. Il est possible d'avoir du diabète pendant des années, avant de s'en rendre compte. Sa découverte est liée à un bilan sanguin pour vérifier la glycémie. Il faut en faire un tous les deux ans ou plus si le taux est limite. Le traitement passe par des médicaments qui marchent très bien pour stimuler la sécrétion d'insuline par le pancréas. Seule une minorité aura besoin d'injections d'insuline par jour.

FD : Quelle est la meilleure alimentation à adopter ?

FB : Le régime méditerranéen, qui présente de vrais résultats sur le diabète. C'est le modèle de l'alimentation équilibrée, saine et diversifiée. Tout le monde devrait l'appliquer, car il préserve aussi des risques cardiovasculaires. Il est caractérisé par une consommation élevée de fruits et de légumes, de céréales complètes, de fibres, d'huile d'olive, de poisson et une consommation plus modérée de viande, de produits laitiers et d'alcool.

FD : Le régime cétogène est-il une bonne idée ?

FB : Si l'idée paraît intéressante, car il faut effectivement réduire l'apport en sucres, c'est, là, poussé à l'extrême. Ce régime demande de limiter les glucides à 20 g par jour, ce qui représente moins de 2 % des apports caloriques quotidiens, c'est bien trop restrictif et peut provoquer des troubles digestifs. De plus, il préconise un apport en lipides de 80 %, ce qui n'est pas bon, pour les artères notamment.

FD : Le stress et les difficultés de la vie jouent-ils un rôle ?

FB : Nos émotions peuvent augmenter la sécrétion des hormones. Le stress, un deuil, un divorce peuvent effectivement jouer un rôle important dans les variations de la glycémie.

FD : L'activité physique a-t-elle un effet sur l'équilibre glycémique ?

FB : Oui, les études démontrent qu'elle l'améliore, y compris sans forcément une perte de poids. L'effet est lié à une meilleure utilisation du glucose par les muscles et l'organisme. Des séances de trente minutes de marche rapide, de vélo ou de natation au moins trois fois par semaine sont recommandées, mais tendre vers 10 000 pas par jour a déjà un effet bénéfique. Il faut une activité tous les jours, mais pas forcément très longue.

Faire 10 000 pas par jour a un effet bénéfique sur la glycémie, rappelle le professeur Fabrice Bonnet.

FD : Quels sont les risques du diabète ?

FB : Les complications sont liées à l'hyperglycémie qui abîme les tissus en particulier au niveau des yeux et des reins. Le diabète favorise également la survenue d'un AVC ou d'un infarctus, surtout s'il y a d'autres facteurs associés comme l'hypertension ou le tabagisme. Prendre un traitement contre le diabète ne doit pas être envisagé comme une défaite ou une punition et, toujours en association avec des mesures diététiques et d'hygiène, il permet de vivre très bien.

UN GRAND PLAN DIABÈTE ?

C'est ce que la Fédération française des diabétiques a présenté aux candidats à l'élection présidentielle. Ce plan sur 5 ans tient en six engagements qui permettront d'insister sur le volet de la prévention pour repousser les maladies chroniques, de développer des programmes d'accompagnement et d'améliorer le suivi des patients. Encore quelques semaines pour savoir si ces recommandations seront prises en compte…

Avez-vous pris tous vos rendez-vous ?

Le diabète peut entraîner des complications parfois graves. La solution ? Consulter.

1. Un ophtalmologiste qui fera un examen du fond de l'œil pour un diagnostic précoce de la rétinopathie diabétique. Celle-ci peut se traiter par laser. Si elle n'est pas prise à temps, elle risque d'évoluer jusqu'à la cécité.

La cataracte peut aussi survenir plus tôt et le glaucome est plus fréquent. Consultez tous les deux ans en surveillance, et de façon plus rapprochée s'il y a des lésions.

2. Un cardiologue, car le risque d'infarctus du myocarde ou d'AVC est environ 2,5 fois plus important. Au programme : test d'effort et écho-doppler des artères.

3. Un dentiste, car les patients diabétiques ont trois fois plus de risque de développer des problèmes dentaires que les autres. Surveillez vos gencives, elles sont plus sensibles aux infections bactériennes (gingivite, parodontite) qui peuvent aller jusqu'au déchaussement. Consultez au moins une fois par an.

4. Surveillez la moindre plaie, car votre sensibilité peut être diminuée (neuropathie diabétique) et celle-ci pourrait s'aggraver sans que vous vous en rendiez compte, surtout s'il s'agit des pieds.

“Le plus important est d'apprendre à lire les étiquettes”

Annabelle Schachmes Il y a plusieurs années, les résultats de mes analyses laissaient largement présager ce qui allait arriver, mais j'ai laissé courir sans m'en occuper », raconte Annabelle Schachmes dans son livre Diabète et coups de fourchette (éd. Leduc) qui regroupe 60 recettes. À cette époque, la photographe culinaire buvait chaque jour une grande quantité d'eau et se sentait très irritable. C'est grâce à une prise de sang qu'elle apprend qu'elle est diabétique avec un taux qui lui fit frôler le coma.

Depuis, elle a pris conscience des sucres cachés dans son alimentation et elle les limite en misant notamment sur les fibres qui ralentissent l'absorption du sucre. Elle qui n'a jamais aimé le sport a choisi de marcher tous les jours à un rythme soutenu et n'hésite pas à descendre trois ou quatre stations de métro plus tôt.

Pour se faire plaisir

1. Au rayon des confitures Cherchez celles qui ne possèdent justement pas cette appellation, car elles possèdent moins, voire pas de sucre du tout, et seulement des fruits.

2. Au rayon des pâtes Choisissez celles complètes ou semi-complètes. Vous pouvez aussi essayer celles aux légumes et légumineuses, ainsi que celles de konjac (plante asiatique riche en fibres rassasiantes).

3. Au rayon des boissons Vérifiez les étiquettes pour éviter le surdosage de sucre, y compris du côté des eaux aromatisées où se croisent le pire comme le meilleur.

4. Au rayon gourmandises Direction l'étal des fruits secs : noix, amandes, noisettes, elles permettront de patienter jusqu'au prochain repas.

Julie BOUCHER

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