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SANTÉ : Ces bonnes bactéries dont notre corps regorge

Publié le 25 mai 2022

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Elles sont partout, dans la bouche, le nez, les oreilles, les intestins, les poumons… Plus de mille espèces de ces micro-organismes ont élu domicile en nous et nous sont indispensables pour rester en bonne santé.

Notre corps abrite une communauté de minuscules organismes qui contribuent à nous maintenir en bonne santé tout au long de la vie. Quel rôle jouent ces bactéries qui se trouvent aussi bien sur la peau, sous les ongles, que dans l'oreille ou le nez ? En cas de déséquilibre de ces microbiotes de plus en plus étudiés par la science, comment réagissons-nous ? On recense plusieurs sortes de flores spécifiques aux niveaux digestif, cutané, vaginal et respiratoire où les « bonnes » bactéries forment une barrière de protection contre l'invasion des virus extérieurs. Le docteur Cassard nous en dit plus…

Dr Anne-Marie Cassard, directrice de recherches à l'Inserm et coauteure du livre “Les bactéries, des amies qui vous veulent du bien” (éd. Solar).

FD : Le fœtus est-il vierge de bactéries ?

A-MC : Dans le ventre de notre mère, nous sommes stériles. Mais il est fondamental d'appréhender comment nous allons, dès les premiers instants de la vie, c'est-à-dire dès l'accouchement, être exposés à des milliards de bactéries. Ces premiers contacts sont cruciaux car les bactéries qui nous colonisent à la naissance nous accompagnent ensuite tout au long de notre existence. Le capital bactérien acquis doit ensuite être préservé et doit fructifier pour que nous soyons en bonne santé.

FD : Comment vivre en bonne intelligence avec nos bactéries ?

A-MC : Les bactéries vivent en nous et nous vivons avec elles dans un équilibre qu'on appelle « symbiose » qui va nous permettre d'être en bonne santé. Celles logées dans l'intestin notamment vont, par exemple, nous aider à mieux digérer ; elles vont aussi fabriquer des vitamines indispensables à la coagulation du sang, à la croissance de nos cellules et vont aussi participer au développement de notre système immunitaire. Les rôles de l'intestin sont ainsi multiples : non seulement il nous sert à digérer les aliments, mais il abrite aussi ces micro-organismes qui constituent un véritable univers intérieur avec lequel nous vivons et vieillissons : le microbiote intestinal.

LE YAOURT, LE MEILLEUR DES PROBIOTIQUES

Les bactéries lactiques du yaourt ont des effets importants dans la prévention du cancer, des infections, des maladies gastro-intestinales et de l'asthme. La consommation régulière de yaourt frais est recommandée.

France Dimanche : Vous dites que notre corps est l'endroit où la densité d'être vivants est la plus élevée au monde…

Dr Anne-Marie Cassard : On sait que des milliards de bactéries peuplent notre tube digestif, par exemple. Dans un gramme de selles, c'est-à-dire même pas la taille d'un petit pois, on dénombre 100 milliards de bactéries vivantes, plus que le nombre de cellules vivantes du cerveau. Dans l'intestin, qui est l'endroit où il y a le plus d'êtres vivants par unité de surface, on compte 100 000 milliards de bactéries soit près de 1,5 kg de microbes !

FD : Où se logent les bactéries ?

A-MC : Les microbes que nous hébergeons se localisent bien évidemment entre nous et le monde extérieur. Cela implique que notre peau, nos poumons et notre tube digestif, qui va de la bouche au rectum, sont colonisés par ces bactéries. Nous avons quatre flores principales : la flore cutanée, la flore bucco-pharyngée, la flore vaginale et la flore digestive. Chacune a plusieurs habitats bien différents. Prenons l'exemple de la flore cutanée : la peau du dos, qui est plus épaisse et grasse, ne va pas convenir aux mêmes bactéries que la peau de nos aisselles, humide, ou que celle de nos doigts de pied. C'est exactement comme dans un jardin : la terre grasse d'un potager convient à certaines plantes, et la terre plus austère d'un terrain argileux à d'autres. Outre ces différentes flores, certaines sont spécifiques à nos muqueuses, car chacune d'elles abrite un écosystème microbien qui lui est propre : oculaire, nasal, vaginal… Si nous pouvons être surpris de savoir que nous vivons avec autant de microbes, nous sommes encore plus étonnés de savoir qu'ils nous sont bénéfiques.

FD : Quelles sont les règles simples pour préserver nos flores cutanée, bucco-pharyngée et digestive ?

A-MC : Dans un corps sain, tout est en équilibre. Or on sait aujourd'hui que notre façon de vivre actuelle a tendance à déséquilibrer ces différents microbiotes. Ainsi les détergents, qui sont des produits sanitaires chimiques utilisés en cuisine ou dans les salles de bains, vont nettoyer bien sûr mais aussi éliminer les bonnes bactéries de notre peau. Même chose pour les aérosols ménagers qui peuvent être néfastes pour les tissus du nez, du pharynx, des poumons, mais aussi pour les microbiotes présents.

FD : Les antibiotiques ont alors aussi des conséquences néfastes sur notre santé ?

A-MC : Les antibiotiques, en éliminant certaines bactéries de notre flore, peuvent entraîner une « dysbiose », c'est-à-dire une perturbation du micro-biote qui peut favoriser la survenue de maladie. C'est le cas dans certaines infections urinaires. On découvre aujourd'hui que des maladies neuropsychiatriques (Alzheimer, schizophrénie, dépression) pourraient être liées à des déséquilibres du microbiote. Celui de patients dépressifs présente ainsi un excès de certaines bactéries et une carence d'autres. Mais est-ce une cause ou une conséquence de la maladie, la question n'est pas tranchée.

FD : En quoi une alimentation variée et équilibrée peut-elle nous aider ?

A-MC : Il y a beaucoup trop d'additifs dans les plats industriels tout préparés qui finissent par altérer de manière pérenne la barrière intestinale. Ceci peut faire le lit de pathologies, comme les maladies inflammatoires du tube digestif. On sait aujourd'hui également que les déséquilibres du microbiote peuvent être impliqués dans les formes d'obésité.

FD : La recherche en microbiologie s'oriente de plus en plus vers l'étude de ces microbiotes ?

A-MC : Oui, car on sait à présent que beaucoup de maladies ont en commun une perte de diversité bactérienne. C'est le cas pour l'obésité, mais aussi pour le diabète, l'anxiété, les maladies du foie ou de l'intestin, l'asthme. Au niveau de la peau par exemple, un microbiote déséquilibré peut favoriser l'eczéma. Au niveau pulmonaire, c'est la bronchite. Au niveau urinaire, ce sont les cystites. Quand les bactéries amies ne sont plus assez nombreuses pour défendre leur territoire des attaques pathogènes, c'est toute notre immunité qui en pâtit et, forcément, notre santé aussi !

LE LAIT MATERNEL, UNE BONNE SOURCE DE BACTÉRIES

On pensait que le lait maternel était stérile… En fait, il est une des sources bactériennes majeures pour l'enfant : un nouveau-né qui boit 800 ml de lait en moyenne par jour va ingérer en même temps un nombre de bactéries compris entre 100 000 et 10 millions !

Régalons nos bactéries !

TOP 6 DES ALIMENTS À PRIVILÉGIER

1. La choucroute, elle enrichit le microbiote de Lactobacillus plantarum.

2. Le kéfir, cette boisson acidulée et fermentée, est obtenue à partir d'un mélange de bactéries et de levures (en magasins bio).

3. Les laits fermentés (Activia, Actimel) sont efficaces pour activer les défenses immunitaires et le transit.

4. L'avoine est la céréale qui contient le plus de fibres qui nourrissent les bonnes bactéries.

5. La chicorée, en salade ou en boisson, elle est riche en inuline, une fibre naturelle.

6. Les herbes et les épices qui apportent, en plus des fruits et des légumes, des polyphénols.

Alicia COMET

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