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SANTÉ : L'anxiété ne vous gâchera plus la vie !

Publié le 22 juillet 2022

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Et si vous utilisiez ce “superpouvoir” pour mieux vous connaître ? Essayer, c'est déjà prendre soin de soi…

Parole d' expert : Wendy Suzuki, Neuroscientifique et chercheuse à l'université de New York, spécialiste du cerveau. Votre anxiété est un super pouvoir, éd. Marabout.

Avec son grand sourire, sa bonne humeur communicative et son prix du chercheur en neurosciences le plus brillant de sa génération, on a du mal à imaginer Wendy Suzuki, victime d'anxiété. Pourtant, elle l'affirme : elle est comme tout le monde ! Dans son livre Votre anxiété est un super pouvoir, coécrit avec Billie Fitzpatrick (éd. Marabout), elle explique ce qui se joue dans le cerveau et offre des conseils et des tests pour transformer en force ce qui peut paraître comme une faiblesse.

France Dimanche : Pourquoi avoir décidé de travailler sur ce sujet ?

Wendy Suzuki : Avant la pandémie, j'avais déjà constaté que mes étudiants à l'université de New York étaient très anxieux et je voulais comprendre quelles étaient les conséquences sur le cerveau. Puis pendant la période Covid et après le décès de mon frère, je me suis rendu compte que j'étais moi-même bien plus anxieuse que ce que je pensais et que j'aimais le cacher aux autres, comme tout le monde.

FD : Quels sont les effets de l'anxiété ?

WS : La peur et l'envie de fuir, qui nous viennent directement de l'évolution humaine et qui nous servaient à nous protéger. Le système sympathique, le cœur, la respiration, le système digestif et musculaire, tout s'emballe, comme si l'on était face à un lion. Dans le cerveau, ce sont des connexions qui disparaissent au niveau de l'hippocampe, qui régit la mémoire et l'imagination, mais aussi au niveau du cortex préfrontal, qui gère notre capacité d'attention. Si la situation persiste, les cellules de l'hypothalamus qui régule les fonctions vitales peuvent être détruites.

FD : Et vous, qu'avez-vous fait pour améliorer votre situation ?

WS : Pendant la pandémie, j'ai bonifié mon sommeil. Avant je dormais 6 à 7 heures, mais j'ai réalisé qu'il m'en fal-lait 8 pour me sentir au mieux. Je me suis mise à la méditation du thé et au sport. Je suis célibataire et j'ai constaté que les déjeuners et les dîners avec mes amis étaient très importants. Même quand on est occupé comme je le suis. Ce ne sont pas des choses très compliquées mais elles permettent vraiment de se sentir mieux.

FD : Étonnamment, vous affirmez que nous avons besoin des émotions négatives comme des positives…

WS : Oui, et c'est une découverte importante pour moi. Toutes sont là pour nous garder en vie. Nous avons besoin des émotions positives pour faire face aux plus difficiles. Ces dernières sont des signaux d'alerte qui nous poussent à nous demander : « Qu'est-ce qui est derrière ? » Derrière, justement, se trouvent souvent des choses qui nous tiennent à cœur. Quand un travail me cause de l'anxiété, c'est parce que je veux bien faire. Derrière ma tristesse, j'ai aussi découvert qu'il y avait de l'amour.

Derrière la crainte se cachent souvent des choses qui nous tiennent à cœur.

FD : Mais comment comprendre ce qui se cache derrière ?

WS : D'abord, en recourant à tous les outils qui vous conviennent pour faire diminuer votre niveau d'anxiété. Il est plus facile d'identifier le signal quand on n'est plus dans l'alarme. Souvent, ce sont d'anciennes peurs qui resurgissent. On peut aussi en parler à ses amis, demander de l'aide. C'est à la fois simple et compliqué quand on a l'impression de ne pas être à la hauteur. Et ça l'est d'autant plus lorsque la situation ne posait pas de problème auparavant. Mais il faut essayer.

FD : Comment l'activité physique bénéficie-t-elle au cerveau ?

WS : Le lien entre les deux est très important. À chaque fois qu'on bouge, on donne l'équivalent d'un bain moussant à notre cerveau, grâce à la sécrétion de substances neurochimiques telle la sérotonine, hormone du bonheur. L'activité physique est le facteur le plus important pour aider à la croissance de nouveaux neurones dans l'hippocampe, quel que soit son âge. Et c'est justement la zone la plus sensible et la première attaquée par la démence.

SOS : QUE FAIRE EN CAS DE CRISE ?

D'abord, acceptez de vous sentir mal et évitez tout jugement moral. Pour vous calmer, vous pouvez pratiquer un exercice de respiration (sur 4 temps pendant 5 minutes, par exemple), imaginer quelque chose de drôle à propos de la situation qui vous intimide, vous concentrer sur vos forces intérieures pour vous coacher, respirer une huile essentielle antistress (orange douce, petit grain bigaradier) ou stimulante (menthe poivrée). N'hésitez pas à en parler aux personnes à vos côtés ! Après-coup, visualiser l'aspect positif de cet épisode que vous avez surmonté. Ainsi vous renforcez encore vos capacités pour la prochaine fois en développant de la résilience.

21 % c'est la part des Français de 18 à 65 ans qui présenteront un trouble anxieux à un moment ou un autre de leur vie, d'après l'Inserm.

On compte 1,5 femme atteinte pour un homme. La vulnérabilité aux troubles anxieux résulte toujours de l'interaction de facteurs génétiques, environnementaux, psychologiques et/ou développementaux. Des formes plus handicapantes que l'anxiété quotidienne ou passagère évoquée par Wendy Suzuki. En cas de doute, parlez-en avec votre médecin.

Faire preuve de compassion et d'altruisme aide à diminuer l'anxiété.

FD : Pour vous, ce qui doit changer, c'est notre état d'esprit ?

WS : Oui, il faut se concentrer sur le positif, mettre en avant et célébrer toutes nos réussites, aussi petites soient-elles : réussir à prendre le métro tous les jours, surmonter une situation difficile, affronter une discussion houleuse… Nous devons regarder le verre à moitié plein. Et même quand il est quasi vide, il faut se féliciter des quelques gouttes d'eau qu'il contient.

FD : La bonne nouvelle, c'est que notre cerveau évolue continuellement ?

WS : Nos activités, notre comportement et notre état d'esprit le modifient tout au long de notre vie, c'est ce qu'on appelle la plasticité. Les situations difficiles, de stress ou d'anxiété ont un impact négatif, à l'inverse de celui de l'exercice physique, de la lecture et de l'apprentissage.

FD : Vous allez jusqu'à parler d'anxiété positive, n'est-ce pas exagéré ?

WS : Non, car elle peut nous permettre de nous connaître, de nous transformer et de découvrir d'autres superpouvoirs comme celui de l'empathie : reconnaître chez l'autre les mêmes signes que l'on ressent, lui dire quelque chose de gentil, l'encourager… Faire preuve de compassion et d'altruisme est la plus simple des façons de faire baisser l'anxiété des autres… en même temps que la sienne.

Sept façons de baisser son stress quotidien

1. Dormir suffisamment, car le manque de sommeil affaiblit le système immunitaire et la réaction au stress.

2. Se bouger (ménage, jardin, sport) pour sécréter des endorphines, hormones du bien-être.

3. Voir du monde, discuter permet de réduire l'anxiété et les symptômes de la dépression.

4. Passer du temps dans la nature a montré les effets positifs sur les plans physique, physiologique et mental.

5. Se relaxer et s'écouter… Différents types de méditation existent : guidée par une voix, seule en se centrant sur ses ressentis, en marchant, en buvant un thé (la préférée de notre expert). Essayer, c'est déjà prendre soin de soi !

6. Repousser ses limites… Découvrir un nouvel endroit, tester le vélo ou la trottinette électrique, la peinture ou le collage, tenter pour la première fois une recette de cake à partager…

7. Travailler son imagination… En visualisant une issue positive à un problème donné, l'inquiétude diminue et la capacité à prendre du recul augmente.

par Julie BOUCHER

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