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SANTÉ : Les troubles digestifs ne sont pas une fatalité !

Publié le 7 avril 2022

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Lourdeurs, ballonnements, constipation… Découvrez les solutions d'un spécialiste.

Avec ses 40 000 milliards de bactéries et ses 200 millions de neurones, notre intestin est considéré comme notre deuxième cerveau, lui qui entretient un lien direct avec celui du crâne, via le nerf vague. Il est aussi le siège d'un microbiote dont les recherches démontrent de plus en plus l'importance. Un domaine qui passionne le docteur William Berrebi, gastro-entérologue, auteur du livre Médecine microbiotique (éd. Marabout) et du podcast natif Merci Docteur ! (Spotify, Apple et Google Podcasts), qui a accepté de faire le point sur ces sujets.

“Je suis enfin soulagée”, Patricia, 62 ans, Le Pecq

J'étais encore commerçante quand j'ai connu mes premiers épisodes de ballonnements, de douleurs abdominales et de diarrhée alternant avec de la constipation. C'était très gênant, y compris dans ma vie de couple. Après avoir pris un temps des médicaments conseillés par mon médecin, j'ai consulté un gastro-entérologue qui a compris que je souffrais du syndrome des intestins irritables. Depuis, je prends des probiotiques et ça fonctionne ! »

Parole d' expert: 

Dr William Berrebi Gastro-entérologue : Médecine microbiotique, votre nouvelle ordonnance pour être en bonne santé, éd. Marabout.

France Dimanche : Que faire face à une sensation de lourdeur et de digestion difficile ?

Dr W. Berrebi : Si c'est lié à un repas abondant riche en graisses et en alcool, il est intéressant de prendre le jus d'un demi-citron dans un verre, car l'acide citrique qu'il contient est un puissant accélérateur de la vidange gastrique. On peut aussi utiliser de l'huile essentielle de menthe poivrée [lire encadré page suivante, ndlr]. Si un phénomène de somnolence suit régulièrement les repas, je conseille de prendre un café avant de passer à table.

FD : Motif fréquent de consultation, que peut-on dire du syndrome de l'intestin irritable ?

WB : Il se déclare généralement entre 25 et 40 ans et touche 10 à 15 % de la population française, ce qui est considérable. On retrouve un microbiote intestinal déséquilibré (dysbiose) qui peut être secondaire à des prises répétées d'antibiotiques ou d'une infection sévère, type turista. Le patient ressent des douleurs abdominales depuis plus de six mois, plusieurs jours par semaine, le plus souvent soulagées par les selles (ou plus rarement aggravées par la selle). Il a également de la diarrhée, de la constipation, voire l'alternance des deux. Il peut aussi ressentir des ballonnements et des flatulences.

FD : Quelles répercussions sur la vie des patients ?

WB : Douloureux, ces symptômes mettent aussi les personnes dans des situations inconfortables d'un point de vue personnel et professionnel. L'excès de flatulences et les ballonnements s'expliquent par une fermentation des aliments, par les bactéries intestinales et il en résulte des gaz. Toutes les personnes ballonnées n'ont pas un côlon irritable. Un accompagnement par un gastroentérologue permet, grâce à des régimes séquentiels, d'identifier s'il y a une intolérance au fructose, aux produits laitiers ou au gluten, de manière à connaître la quantité qui peut être quotidiennement ingérée sans gêne. Cette étape préalable est importante pour poser un diagnostic avec précision.

Le syndrome de l'intestin irritable touche 10 à 15 % de la population française.

FD : Que penser des tests sanguins dits « d'allergies alimentaires » qui promettent d'identifier la cause des symptômes digestifs ?

WB : Ils sont chers, ne sont pas remboursés et ne sont absolument pas fiables. Ils ne font que déceler que vous avez bien mangé l'aliment ou les aliments en question ! Ces tests sont une supercherie et sont déconseillés par la Haute Autorité de santé. Aujourd'hui, aucun test ni sanguin, ni dans les selles, ni respiratoire ne permet de diagnostiquer le syndrome du côlon irritable.

FD : Vous déclarez que les découvertes qui concernent le microbiote intestinal vont changer la médecine. De quelle façon ?

WB : On est au tout début de la révolution médicale du XXIe siècle et l'équilibration du microbiote intestinal est la nouvelle manière de prévenir et de soigner les maladies. Lorsque le microbiote intestinal est déréglé, le dialogue entre le cerveau et les intestins est perturbé. Chez une personne anxieuse, le cerveau aura tendance à aggraver les douleurs. En utilisant les bons probiotiques, on rééquilibre le microbiote intestinal et on améliore le dialogue entre ces deux organes et, par voie de conséquence, les symptômes digestifs. Je conseille d'en prendre au moins pendant un ou deux mois, et sinon de changer de souche s'il n'y a pas d'amélioration.

Lorsque le microbiote intestinal est déréglé, le dialogue entre le cerveau et les intestins est perturbé.

FD : Quels sont les cas où il faudrait prendre des probiotiques ?

WB : En cas de turista (gastro-entérite aiguë qui survient chez les personnes voyageant dans les pays tropicaux), de prise d'antibiotiques (en prévention) ou de certains médicaments (anti-inflammatoires, antidépresseurs…). Les probiotiques sont très importants dans le traitement de l'intestin irritable. Aujourd'hui, les indications des probiotiques s'élargissent : obésité, maladie du foie gras, infections gynécologiques ou encore troubles de l'humeur,et on n'est qu'au début de nos recherches…

Les remèdes à tester

• Contre la constipation

Ajoutez du psyllium blond dans le yaourt ou les céréales du petit déjeuner, ou sous forme de sachets pharmaceutiques. Évitez les laxatifs irritants riches en dérivés hydroxyanthracéniques présents dans les plantes comme le séné, la bourdaine, la cascara et le tamarin. Ils nécessitent d'augmenter toujours les doses et finissent par paralyser le côlon.

• Mangez 30 g de fibres par jour

Une pomme, une figue, une poire, 200 g de haricots verts, 200 g de carottes et 100 g de pain semi-complet. Et si votre intestin a tendance à ballonner : une poire, une orange, une banane, 100 g de blanc de poireau, 100 g de courgettes épluchées et sans les graines, 100 g de pain de seigle.

• Contre les douleurs abdominales et les ballonnements

L'huile essentielle de menthe poivrée (1 goutte trois fois par jour) ou en gélules (Colpermin® : 1 à 2 gélules trois fois par jour).

• Trois séances de 45 minutes par semaine

de marche rapide, de vélo (y compris d'appartement), de natation ou de jogging sont aussi conseillées par le Dr William Berrebi pour les bienfaits sur la santé et la réduction du stress.

• Les probiotiques constituent un traitement efficace

Vérifiez sur la boîte la quantité de bactéries (les gélules sont dosées à un milliard de bactéries au moins) et les souches qui doivent être mentionnées. Pour le syndrome du côlon irritable, cherchez Lactobacillus plantarum 299V ou Bifidobacterium longum 35626, par exemple, qui ont fait leurs preuves.

L'hypnose : 81% d'amélioration après cinq ans

Selon une récente étude, c'est une méthode qui réussit aux patients souffrant du syndrome de côlon irritable. Et après quelques séances, vous pouvez même être autonome dans votre pratique (autohypnose). Les thérapies comportementales apportent également un réel bénéfi ce.

Julie BOUCHER

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