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Vie pratique

Se faire belle à petit prix

Publié le 26 mars 2015

En France, quelques bonnes fées de la beauté s’emploient à rendre leur éclat aux femmes en difficulté qui n’ont pas les moyens de se faire chouchouter. Comme au salon Joséphine, à Tours, l’un des rares instituts solidaires de notre pays.

Au premier coup d’œil, rien ne distingue le salon Joséphine d’un autre coiffeur. Pourtant, l’offre coupe-couleur-brushing ne coûte ici que 3 €, la manucure ou le soin du visage 1 € seulement. Ouvert à Tours en 2013 et réservé aux femmes de 16 à 60 ans en situation de précarité, cet institut est une bulle de sérénité pour des clientes que la vie n’a pas épargnées. Ici, on ne se contente pas de couper les cheveux à prix réduit, on se plie aussi en quatre pour élaguer les soucis.

« On essaie d’inverser les couleurs dans leur vie, de faire en sorte qu’il y ait plus de rose que de noir », résume la fondatrice de l’association « Joséphine pour la beauté des femmes », Lucia Iraci. Ateliers gratuits de conseil en image, de maquillage et de yoga, prêt de vêtements avant entretien d’embauche… tout est fait pour « réveiller et révéler la personnalité ». Les bénéficiaires peuvent prendre des rendez-vous beauté (en nombre limité) pendant douze mois.

“Une vraie renaissance”

Gislène, 58 ans, n'avait pas mis les pieds dans un salon de coiffure depuis deux ans faute d'argent
Gislène, 58 ans, n'avait pas mis les pieds dans un salon de coiffure depuis deux ans faute d'argent

Déjà passée entre les mains de la manucure, Gislène, 58 ans, se laisse tirer les mèches pour un balayage. En arrêt maladie prolongé à cause d’une opération malheureuse, elle n’a pas mis les pieds chez le coiffeur depuis deux ans faute de moyens. « On peut dire que je n’ai pas eu que des accidents de poussette dans la vie », plaisante-t-elle.

Margaret, une autre cliente, attend que sa couleur finisse de prendre, bercée par les quelques notes de jazz qui s’échappent d’un transistor. Cette ancienne secrétaire médicale de 43 ans a vu son destin basculer quand une maladie auto-immune l’a plongée dans le coma. « À mon réveil, je n’avais plus rien : mon mari s’était volatilisé après avoir vendu la maison et vidé mon compte en banque. Lorsque j’ai atterri en foyer d’urgence avec mes deux enfants sous le bras, j’ai perdu toute confiance en moi. Je me suis mise à fuir mon image. » Mais grâce aux séances de sophrologie dispensées au salon, cette jolie blonde s’accepte désormais chaque jour un peu plus. Bientôt, elle sera prête à travailler de nouveau.

Détendue par les doigts de fée de l'esthéticienne, Irina a retrouvé le sourire
Détendue par les doigts de fée de l'esthéticienne, Irina a retrouvé le sourire

Plus timide, Irina semble bouleversée lorsqu’elle passe la porte du salon. Intimidée par notre présence, elle se réfugie dans la cabine de l’esthéticienne, le visage fermé. Mais lorsqu’elle en ressort quarante minutes plus tard, c’est une autre femme. Détendue et souriante, l’Ukrainienne de 47 ans prendra même le temps de discuter avec nous autour d’un café.

« Ce n’est pas toujours facile : on a parfois des femmes qui arrivent en pleurs », confie Emmanuelle, la coiffeuse, qui a délaissé les salons classiques pour se lancer dans l’aventure et donner ainsi « du sens » à son métier. Sa récompense : voir certaines clientes « se métamorphoser moralement autant que physiquement » !

3 QUESTIONS À LICIA IRACI

fondatrice des salons Joséphine
“Permettre aux femmes de se sentir dignes”

Lucia Iraci, la fondatrice des salons  Joséphine
Lucia Iraci, la fondatrice des salons Joséphine

1 - Comment les salons Joséphine sont-ils nés ?
Cela faisait longtemps que j’y pensais… Il existait des aides pour se loger, se nourrir, trouver du travail, mais rien pour prendre soin de la beauté des femmes. Je voulais aider les plus fragiles à s’en sortir en leur permettant de donner le change pour approcher plus facilement les autres. Au début, j’ai commencé par coiffer bénévolement des femmes le lundi, jour de fermeture de mon salon. Puis, en 2011, j’ai ouvert dans le quartier parisien de la Goutte-d’Or le premier salon Joséphine avant de créer, deux ans plus tard, celui de Tours, en Indre-et-Loire. Au printemps, un troisième établissement doit voir le jour, à Moulins, dans l’Allier.

2 - Combien de femmes ont déjà bénéficié de l’action de votre association ?
À peu près 5 800 depuis le début, en 2006. Des femmes en grande précarité, souvent isolées ou subissant des violences. Environ 20 % de celles que nous avons suivies en 2013 ont relevé la tête, renouant avec une recherche active d’emploi. Parmi elles, la moitié a même retrouvé du travail. C’est très encourageant !

3 - Vous teniez absolument à demander une participation, pourquoi ?
Oui, on réclame 3 € pour la coiffure et 1 € par soin. Seuls les ateliers sont gratuits. Dans le même esprit, on prête, mais on ne donne pas des vêtements. Cela permet à nos clientes de ne pas avoir le sentiment de recevoir l’aumône, d’être redevables de quelque chose. C’est important pour elles de se sentir dignes.

TEMOIGNAGES

Sirin“On se sent respectée et écoutée”
Sirin, 46 ans
« La coiffure est très importante pour les femmes : c’est la première chose qu’on remarque ! Pour trouver du travail, il faut faire bonne impression, mais le coiffeur, c’est trop cher pour moi. Quand je commence à avoir des racines blanches, je suis mal à l’aise, gênée. Ici, on s’occupe très bien de moi : j’ai l’impression d’être respectée et écoutée ! C’est merveilleux… Et, après chaque rendez-vous, je me sens tellement mieux ! »

Virginie“Une bouffée d’oxygène”
Virginie, 43 ans
« J’ai mis un certain temps avant d’oser pousser la porte du salon. J’allais très mal, je me sentais isolée, tellement à bout de souffle que je n’arrivais même plus à tenir ma maison ! J’avais si peu confiance en moi que j’arrivais à peine à bafouiller trois mots… Le salon, ça a été ma chance, une bouffée d’oxygène. J’ai compris que pour libérer le mental, il fallait d’abord s’occuper du corps. Mes enfants ont très vite vu le changement et ont eux-mêmes modifié leur comportement. Je suis reboostée et me prépare à retravailler. Et, un jour, j’aimerais être bénévole au salon pour aider à mon tour celles qui en ont besoin. »

CARNET PRATIQUE

• Les salons Joséphine
- 28 rue de la Charbonnière, 75018 Paris. Tél. : 01 42 59 43 36.
- 2 rue de la Victoire, 37000 Tours. Tél. : 02 47 42 67 17.
• Solid’Hair
- à Bagnolet (Seine-Saint-Denis), ouvert notamment aux bénéficiaires du minimum vieillesse.
Tél. : 01 43 60 58 90.
• Solid’HAIRes
- à Mainvilliers (Eure-et-Loir). Tél. : 02 37 36 35 30.
• Le salon des femmes
- à Bruxelles (Belgique). Tél. : 00 32 (0)2 646 00 16.
• Le salon de coiffure et d’esthétique du Secours populaire du Nord
- à Lille. Tél. : 03 20 34 41 41.

D’autres initiatives de ce type existent, accessibles une fois par semaine le plus souvent. Renseignez-vous auprès de votre Centre communal d’action sociale (CCAS).

Chloé Belleret

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