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Les derniers secrets du Titanic !

Publié le 7 mai 2022

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Le 15 avril 1912, le paquebot sombrait au large de Terre-Neuve, dans l'Atlantique Nord. Paul-Henri Nargeolet, directeur du programme de recherches sous-marines et explorateur subaquatique, revient sur ses plongées vers l'épave du mythique paquebot.

Au début, le drame. Puis débute la légende du mythique paquebot, qui devient source de convoitises pour tous les chasseurs d'épaves. Longtemps, on a dit que ses coffres renfermaient des millions de dollars en or, en bijoux, et en devises. Les « vautours » ne manqueront pas de chercher des années durant…

De 1977 à 1985, les expéditions se multiplient, sans résultats probants. Le Titanic semble décidé à ne rien lâcher de ses secrets. Deux ans plus tard, Paul-Henri Nargeolet parvient à localiser ce qu'il reste de l'emblématique bateau : « Je n'ai rien d'un mystique, mais j'ai été saisi d'un sentiment étrange en regardant l'endroit où la catastrophe s'est jouée. J'ai ressenti la même émotion en découvrant l'épave. On comprend pourquoi le Titanic est devenu un mythe. Bien plus que la perte d'un paquebot prestigieux, ce sont les circonstances du drame qui ont frappé l'imagination : la croisière de rêve, la collision stupide avec un iceberg, le naufrage par mer d'huile, loin de l'imagerie des navires coulés par des vagues déchaînées, le nombre des victimes et surtout leur qualité. Le Titanic embarquait les plus grandes stars de l'époque, qui étaient alors les milliardaires et non les vedettes de cinéma. »

Mais la mort se joue des origines sociales, de ceux qui ont les moyens de participer au voyage inaugural du plus somptueux paquebot du monde et des centaines de migrants logés sur les ponts inférieurs. Titanic devient alors un nom gravé en lettres de glace dans la mémoire collective…

Pour les trouver, il faut descendre à 3 800 mètres de fond en sous-marin de poche.

Des collectionneurs vont jusqu'à dépenser des fortunes pour ces raretés.

À bord du Nautile, sous-marin de poche réputé pour gagner les basses profondeurs – la carcasse et son contenu gisent depuis lors par 3 800 mètres de fond –, les équipes continuent d'aborder le sanctuaire qui cache toujours des trésors : « La seule méthode pour recueillir des objets consiste à les saisir avec les bras manipulateurs télécommandés par le pilote et à les déposer dans des paniers, avant de les remonter », nous explique Paul-Henri Nargeolet.

Ce sont des milliers d'objets en plus ou moins bon état qui ont refait surface au cours de la trentaine de plongées effectuées. Photographies d'ultimes instants de vie, cette tasse en porcelaine dans laquelle une comtesse savoura son dernier café, ou cette chope à bière, réservée aux passagers des ponts inférieurs…

Certains collectionneurs dépensent des fortunes pour ces objets portant le sceau maudit du Titanic. Paul-Henri Nargeolet met bien en garde contre les escroqueries : « Toute vaisselle estampillée Titanic est un faux grossier car, par mesure d'économie, la porcelaine ou faïence de bord, commune à tous les paquebots de la compagnie, était simplement frappée de l'inscription White Star Line, surmontée du drapeau rouge à l'étoile blanche. » En 1996, le président américain Bill Clinton envoie un télégramme de félicitations à Paul-Henri Nargeolet, bientôt contacté aussi par la reine d'Angleterre Elizabeth II, « femme dynamique, malicieuse, qui m'a ainsi demandé : “Maman avait oublié un collier sur la table de nuit de sa cabine. Ça vous ennuierait de le récupérer ?” » Humour anglais…

La dernière exploration visant à mettre au jour les vestiges du célèbre navire date de l'an passé. En juillet 2021, la société OceanGate Expeditions a réalisé une expédition avec le Titan, petit sous-marin en carbone et titane pouvant transporter cinq personnes : « Cette récente plongée en Titan sur l'épave du Titanic est l'une des plongées les plus mémorables que j'ai jamais effectuées », souligne Paul Henri Nargeolet. Entre autres objectifs : exhumer d'autres pièces qui subsistent malgré les outrages de la mer et du temps. Des cruches et des verres, des montres et mêmes des sacs à main au cuir demeuré presque intact car il avait été traité chimiquement.

Le navire n'en finit pas d'intriguer. « Tant que les vestiges du Titanic mobiliseront des centaines de milliers de passionnés, tant que le paquebot continuera de vivre en faisant entendre ses sifflets, je saurai que nous avons raison de nous battre pour récupérer un maximum d'objets : ils sont la mémoire historique du paquebot. Le Titanic ne refera jamais surface, même si les légendes sont belles, la réalité est plus puissante que la fiction », affirme Paul-Henri Nargeolet.

• Dans les profondeurs du Titanic, de Paul-Henri Nargeolet, éd. Harper Collins.

Nicolas GAUTHIER

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